07/04/2007

La lettre et l'esprit de l'article 4*

La modification de la loi sur l’instruction publique (LIP), suite à la votation du 24 septembre 2006, prendra effet à la rentrée 2007. Ce nouvel article 27, qui réorganise l’école primaire en degrés et instaure une promotion annuelle des élèves, balaie des décennies d’efforts du corps enseignant. Il s’agit certes de faire respecter une volonté populaire. Qui ne demandait sûrement rien d’autre qu’un gain de qualité de l’école. Mais quand on sait que cette modification de la loi ne correspond pas aux inspirations des enseignants primaires – ni même à celles de la direction – et qu’elle a été rejetée par une majorité de parents, j’estime légitime d’évoquer de quelle manière il faut, non la contourner, mais l’intégrer sans que son caractère délétère ne pourrisse l’ensemble de l’instruction publique. Pour que la sélection ne redevienne pas précoce, que l’égalité de chance de réussite scolaire ne soit pas une expression creuse, je suis persuadé que, plus que jamais, parents et enseignants doivent tirer à la même corde et se comprendre. Il faut donc se garder de toute stratégie de renoncement et de fatalisme, comme nous y invitent ceux qui combattent les réformes. Oui, presque tous les enfants peuvent acquérir durant leur scolarité obligatoire les connaissances et compétences de base. Oui, l’école aurait besoin de davantage de moyens pour mieux encadrer les élèves. Non, les travaux notés à répétition et les moyennes ne réduiront pas l’échec scolaire. Non, le code de déontologie des professionnels de l’éducation ne les autorise pas, au prétexte de moyens insuffisants, à ne pas honorer entièrement leur mission. C’est pourquoi j’espère que demain il n’y aura pas d’enseignants qui se cacheront derrière les notes qu’ils donneront à leurs élèves, pour éviter d’expliquer leurs pratiques, ni de parents qui ne viendront voir le prof seulement quand leur enfant sera en difficulté, pour contester le résultat de telle épreuve par exemple. Il me semble primordial de préserver le dialogue famille-école que nous avons réussi à mettre en place aujourd’hui, et qui ne se cantonne pas à des chiffres dans un livret… Il faut s’employer à ce que cet acquis de la rénovation ne soit pas galvaudé. Si la petite modification de l’article 27 est contrariante, elle ne peut faire oublier les vrais objectifs de l’école publique, définis à l’article 4 de la LIP. Et il serait peut-être temps que nous nous activions, tous, parents, enseignants et politiques, afin que cet article soit respecté et appliqué… à la lettre et dans son esprit. Cela représente sûrement une condition préalable pour que l’école de demain, à moyen terme, réalise l’évolution dont elle a besoin. Car la paix scolaire, nécessaire pour avancer, ne doit pas être construite sur le monceau d’hypocrisies actuel. * www.geneve.ch/legislation/rsg/f/rsg_c1_10.html

Art. 4            Objectifs de l'école publique

L'enseignement public a pour but, dans le respect de la personnalité de chacun :

            a) de donner à chaque élève le moyen d'acquérir les meilleures connaissances dans la perspective de ses activités futures et de chercher à susciter chez lui le désir permanent d'apprendre et de se former ;

            b) d'aider chaque élève à développer de manière équilibrée sa personnalité, sa créativité ainsi que ses aptitudes intellectuelles, manuelles, physiques et artistiques ;

            c) de veiller à respecter, dans la mesure des conditions requises, les choix de formation des élèves ;

            d) de préparer chacun à participer à la vie sociale, culturelle, civique, politique et économique du pays, en affermissant le sens des responsabilités, la faculté de discernement et l'indépendance de jugement ;

            e) de rendre chaque élève progressivement conscient de son appartenance au monde qui l'entoure, en éveillant en lui le respect d'autrui, l'esprit de solidarité et de coopération et l'attachement aux objectifs du développement durable ;

            f) de tendre à corriger les inégalités de chance de réussite scolaire des élèves dès les premiers degrés de l'école.

 

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