16/06/2007

Niveler la formation des maîtres par le bas?

Chaque citoyen, du moins je l’espère, souhaite l’élévation du niveau général d’acquisition des connaissances et des compétences des élèves. Or, que s’apprête à faire notre gouvernement ? La réponse laisse pantois : le département de l’instruction publique (DIP) est décidé à diminuer la formation initiale des maîtres ! Au prétexte de l’harmonisation suisse, Genève ne craint pas d’envisager de niveler par le bas la formation des enseignants du primaire.

 

Actuellement, depuis 1996, le titre requis pour enseigner aux élèves de 4 à 12 ans, durant les huit années de l’école primaire, est une licence universitaire, obtenue en quatre ans d’études (60% de cours - 40% de stages dans les classes). Demain, le DIP entend demander la reconnaissance de la formation au niveau bachelor seulement, soit l’équivalent de trois ans d’études. Couper d’un an la formation des maîtres alors que l’école doit répondre à des demandes et attentes toujours plus grandes est une absurdité. Dix disciplines sont déjà enseignées par les maîtres généralistes du primaire, et il faudra bientôt rajouter l’anglais.

 

Lorsque l’on sait que les premières années sont d’une importance capitale pour le développement d’un enfant et conditionnent fortement son avenir, sa formation future, sa capacité à apprendre ainsi que le rapport aux savoirs qu’il entretiendra sa vie durant, il paraît impensable que l’on ne cherche pas à mettre devant les élèves des maîtres munis d’un degré de formation et d’expertise le plus élevé possible. Puisque la mise en conformité des universités suisses avec les accords de Bologne nous est imposée de la façon la plus antidémocratique qui soit (jamais aucun parlement n’a été consulté, sans même parler du peuple) alors il faut proposer une formation au niveau master (4 ans et demi-5 ans), au minimum, pour l’ensemble de la scolarité obligatoire.

 

Peut-on décemment d’une part pleurnicher sur les résultats décevants de la Suisse et de Genève aux tests PISA, réclamer l’éradication de l’échec scolaire, s’indigner du fait que trop d’élèves n’atteignent pas un niveau leur permettant de se débrouiller véritablement dans notre société et, d’autre part, sabrer la formation des enseignants ? La réponse est non, il ne devrait pas être question de s’aligner sur un standard minimal et contesté. Cette incohérence qui se prépare doit donc être combattue : l’association professionnelle et syndicale s’y emploie et appelle les citoyens à soutenir avec elle la revendication d’une formation élevée et exigeante pour les enseignants primaires.

 

15:18 Publié dans Ecole genevoise | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook

Commentaires

Encore une fois la SPG a tout faux !
La formation des enseignants a été mise en place dès 1996 (à la place des études pédagogiques). Fort curieusement, on tentait de généraliser, pratiquement en même temps, cette trop fameuse Rénovation refusée massivement par le peuple. Beaucoup trop axée sur les théories de cette réforme, à l’évidence cette formation ne remplit pas sa mission. Actuellement, les jeunes étudiants LME (licence mention enseignement) se retrouvent totalement démunis une fois dans leur classe !
Sur une formation de 4 ans, les étudiants passent en tout et pour tout 6 semaines en responsabilité complète. Soit seulement 7% de leur temps de formation à exercer les gestes professionnels. Le problème fondamental de cette formation des enseignants primaires est la prépondérance de la formation académique sur la formation professionnelle. Constat : la priorité de la LME n’est manifestement pas de former des professionnels.

Il faut en changer et pour cela il ne suffit pas de changer l’étiquette ( la FAPSE deviendrait IUFE et resterait de la responsabilité de l’université) mais le contenu. Tous les cantons suisses ont opté pour une formation plus proche du terrain, aboutissant à un bachelor (en accord avec le processus de Bologne) reconnu au plan national: une HEP (haute école professionnelle). Pourquoi Genève devrait-elle encore se démarquer, d’autant plus à l’heure de l’harmonisation scolaire en Suisse ? Ce dont les futurs enseignants ont besoin, c’est d’une formation professionnelle centrée en priorité sur la pratique et les gestes professionnels. Une HEP, plus spécifiquement ciblée est plus indiquée pour répondre aux besoins de la formation des enseignants primaires.
André Duval

Écrit par : Duval | 18/06/2007

Ce qui me laisse, moi, pantois, c'est de savoir que Genève est le canton de Suisse qui dispose des maîtres les mieux formés mais a les élèves au niveau le plus bas.
Pourquoi crier sur le gouvernement ? Les lacunes sont dans la formation dispensée pas les pédadogues de la FPSE qui n'ont jamais mis les pieds dans une classe, et le nivellement par le bas se fait depuis plusieurs années déjà avec le moult soutien de la SPG: on appelle cela la rénovation.
Alors personnellement, trois ou quatre ans de formation, de toutes façons, qu'est-ce que cela changera ? Pour que les pédagogues continuent à former des illetrés... Ah oui, au moins cela coûtera moins cher à l'Etat, ce qui n'est pas un mal.

Écrit par : BER | 18/06/2007

Finalement, l'endoctrinement et la Rénovation semblent être le mal qui ronge notre école. Bien sûr, pour affronter la réalité de la société d'aujourd'hui la recette semble être très simple. Véritable "Betty Bossi" de la pédagogie, l'ARLE refait surface au gré de chaque nouvelle annonce de changement ou de réflexion avec les mêmes ingrédients:
- une formation initiale de 3 ans, (sans trop de réflexion, le pédagogisme guette...),
- pas de formation continue, (on peut très bien enseigner 30 ans sans perfectionnement! )
- une certitude au quotidien que tout ce que l'on fait est parfait et durera les 40 ans de carrière,
- la conviction que noter permet de progresser,
- une dose de redoublement. Quand il faut, mais plutôt régulièrement (comme toutes les recherches le montrent, c'est bien connu...)
- et, surtout, un sens inné de l'enseignement, parfait par l'entraînement de gestes professionnels répétés en dehors de toute analyse des pratiques ou didactique; en laissant de côté des chercheurs de renom qui sont heureusement lu par d'autres...(mais qui risquent de vous entraîner dans la doctrine de l'affreuse rénovation...c'est vrai...)

Mais, au bout du compte, il y a quand même un petit doute qui surgit... Et si, s'impliquer, lire, se former et s'engager était plus porteur auprès des élèves que croire en soi, décrier et dénigrer sans cesse.
Les regrets de ce que l'on a vécu (pour les retraités) et le matraquage perpétuel de l'ordre d'enseignement supérieur sur celui qui lui est inférieur (l'éternelle question, mais qu'ont-ils bien pu faire en 2P, 6e, ou en 9e ?) sont des thématiques, connues. Passez à autres choses et profitez pleinement de vos retraites. Merci pour les élèves.



Écrit par : 24% | 19/06/2007

Encore une fois, l'Arle, par la voix de son président, ne dit les choses qu'à moitié. La formation intiale des enseignants actuelle a bien plus de stages que nous n'en avions aux études pédagogiques (ancienne formation initiale). Il est vrai que tous les stages ne sont pas des stages en pleine responsabilité de la classe, mais certains sont plus encadrés et accompagnés par les collègues chevronnés. Cela dit, ce n'est pas en demandant une formation initiale qui propose des recettes toutes faites à appliquer telles quelles en classe que l'on répondra aux défis que l'école doit relever aujourd'hui, c'est-à-dire l'instruction des élèves, leur intégration dans la société et dans le monde socioprofessionnel. Nous l'avons fait à plusieurs reprises, mais je le répète une fois de plus, parce que l'Arle ne semble pas le comprendre, la société a changé radicalement en quelques années. Les élèves que nous avons dans nos classes actuellement à 4 ans, nous ne savons quel sera leur monde quand il sortiront de l'école obligatoire. Il faut sans cesse réinventer l'école qui leur permettra de s'intégrer dans ce monde qui n'existe pas encore.

Écrit par : Vité | 20/06/2007

C’est bien ce que je dis ! Tout faux !
Mais…wouaaaa attention, le « courageux masqué » est de retour….il est vrai qu’il a de l’humour, il signe tout de même 24% ….
Quant à Monsieur Vité qui lui a au moins l’honnêteté de signer son message, il ne doit pas bien connaître le sujet. Je lui conseille vivement de bien lire le rapport que l’Arle sort tout prochainement sur cette « formation des enseignants ». Il pourra ainsi se rendre à l’évidence et constater la véracité de mes propos.
André Duval

Écrit par : Duval | 20/06/2007

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