30/06/2007

Un corps enseignant doué de raison

Le cortège des promotions, pardon de la fête des écoles, semble incontournable en Ville de Genève. Il constitue même un attrait digne de figurer sur le site de l’office du tourisme. Après le boycott remarqué des décorations en 2004, l’orage diluvien de 2005, l’annulation du cortège en 2006 malgré le temps magnifique, l’édition 2007 était celle de tous les risques tant les mécontentements pouvaient provenir de toutes parts. La question des notes et des moyennes paraissait même une aimable plaisanterie en comparaison. Mais tout s’est déroulé au mieux.

 

Sur le thème « la pluie et le beau temps », les élèves ont défilé dans la bonne humeur ce mercredi 27 juin 2007. Quelques gouttes d’eau, quelques rayons de soleil, la météo s’est voulue clémente et a mis tout le monde d’accord. Des décorations de circonstance, légères, des habillements prêts à essuyer une petite intempérie : le cortège retrouvait une mesure digne et festive. Fini le temps des enfants qui croulent sous des déguisements dantesques, des tonnes de cartons qui s’avachissent à la moindre averse, des couleurs qui se diluent sous la pluie ; oubliée l’époque des élèves exténués à force de porter des accessoires décoratifs à bout de bras, suffocant sous la canicule et les épaisseurs des costumes. Même les permanentes des maîtresses montraient une certaine retenue… C’était donc possible.

 

Il faut dire que le magistrat responsable de la fête a eu l’excellente idée de tenir compte de l’avis des enseignants. En effet, ce sont eux qui ont suggéré le thème du cortège. Des enseignants écoutés et le résultat suit. Voilà qui paraît incroyable. Faut-il y voir un signe ? Si, pour une question aussi cruciale que le cortège des écoles enfantines et primaires, le corps enseignant est consulté et fait preuve d’une réflexion sensée, alors peut-être que demain il sera entendu lorsqu’il parlera de choses aussi anecdotiques que l’évaluation des élèves, la formation initiale des maîtres, les moyens nécessaires pour l’éducation, etc. On ne vit pas de regrets mais plutôt d’espoir… et d’une bonne dose d’utopie aussi !

 

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22/06/2007

CO : le parlement fait son mea maxima culpa… qui y croit ?

Le parlement a rejeté, le 15 juin 2007, les deux initiatives (IN 134 et 138) dites sur le cycle d’orientation (CO) à la quasi unanimité. En fait, l’exercice ne consistait pas à dénoncer ou vanter, selon où l’on se situe, les incohérences d’un projet hyper sélectif d’une part et les avantages de propositions concrètes pour réduire l’échec scolaire d’autre part mais plutôt à assurer, la main sur le cœur, que, promis, juré, les deux contre-projets allaient être concoctés dans l’harmonie la plus absolue.

 

Moment touchant s’il en est lors de cette séance du Grand Conseil, et qui aurait pu émouvoir quelque touriste naïf égaré dans la tribune. Certes, les déclarations d’intentions des députés sur leur bonne volonté à travailler ensemble pourraient être rassurantes. Mais c’est un peu vite oublier que ce devrait être la règle dans toute commission parlementaire. Lors de la précédente initiative sur les notes à l’école, il faut s’en souvenir, ce principe a été foulé aux pieds. Des commissaires se sont présentés poings liés aux séances, empêchés de débattre car leurs partis avaient signé un accord qui leur interdisait toute marge de manœuvre. Ainsi, le compromis du Conseil d’Etat auquel adhéraient les parents et les enseignants a été jeté à la poubelle sans même être lu.

 

Aujourd’hui le parlement semble mesurer l’image catastrophique qu’il a donnée, il y a un peu plus d’un an, en méprisant de la sorte l’esprit des institutions. Les députés jurent mais peut-être un peu tard, qu’on ne les y prendra plus. Alors qu’il eût été relativement facile de se mettre d’accord hier sur un simple et unique objet, voilà qu’on imagine maintenant qu’un consensus est possible sur deux projets diamétralement opposés, chacun d’une certaine complexité pour ne pas dire d’une complication extrême en ce qui concerne l’IN 134. L’avenir du CO est dans la tourmente et il est difficile de croire qu’il pourra en sortir sans dommage. Mais la question serait plutôt de savoir si le cycle a un avenir tout court. Car s’il s’agit de revenir aux trois sections qui existaient il y a quarante ans, autant l’enterrer tout de suite.

 

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16/06/2007

Niveler la formation des maîtres par le bas?

Chaque citoyen, du moins je l’espère, souhaite l’élévation du niveau général d’acquisition des connaissances et des compétences des élèves. Or, que s’apprête à faire notre gouvernement ? La réponse laisse pantois : le département de l’instruction publique (DIP) est décidé à diminuer la formation initiale des maîtres ! Au prétexte de l’harmonisation suisse, Genève ne craint pas d’envisager de niveler par le bas la formation des enseignants du primaire.

 

Actuellement, depuis 1996, le titre requis pour enseigner aux élèves de 4 à 12 ans, durant les huit années de l’école primaire, est une licence universitaire, obtenue en quatre ans d’études (60% de cours - 40% de stages dans les classes). Demain, le DIP entend demander la reconnaissance de la formation au niveau bachelor seulement, soit l’équivalent de trois ans d’études. Couper d’un an la formation des maîtres alors que l’école doit répondre à des demandes et attentes toujours plus grandes est une absurdité. Dix disciplines sont déjà enseignées par les maîtres généralistes du primaire, et il faudra bientôt rajouter l’anglais.

 

Lorsque l’on sait que les premières années sont d’une importance capitale pour le développement d’un enfant et conditionnent fortement son avenir, sa formation future, sa capacité à apprendre ainsi que le rapport aux savoirs qu’il entretiendra sa vie durant, il paraît impensable que l’on ne cherche pas à mettre devant les élèves des maîtres munis d’un degré de formation et d’expertise le plus élevé possible. Puisque la mise en conformité des universités suisses avec les accords de Bologne nous est imposée de la façon la plus antidémocratique qui soit (jamais aucun parlement n’a été consulté, sans même parler du peuple) alors il faut proposer une formation au niveau master (4 ans et demi-5 ans), au minimum, pour l’ensemble de la scolarité obligatoire.

 

Peut-on décemment d’une part pleurnicher sur les résultats décevants de la Suisse et de Genève aux tests PISA, réclamer l’éradication de l’échec scolaire, s’indigner du fait que trop d’élèves n’atteignent pas un niveau leur permettant de se débrouiller véritablement dans notre société et, d’autre part, sabrer la formation des enseignants ? La réponse est non, il ne devrait pas être question de s’aligner sur un standard minimal et contesté. Cette incohérence qui se prépare doit donc être combattue : l’association professionnelle et syndicale s’y emploie et appelle les citoyens à soutenir avec elle la revendication d’une formation élevée et exigeante pour les enseignants primaires.

 

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11/06/2007

C'est pas moi qui l'ai dit...

Mme Muriel Joyeux, retraitée de l’enseignement primaire depuis quelques années et membre du comité de l’Arle, a assisté au 3ème rendez-vous de l’instruction publique, le 22 mai dernier. Elle y a peu goûté. Moi également, mais pas exactement pour les mêmes raisons. Dans un courrier des lecteurs paru dans la Tribune de Genève le 2 juin, elle reproche le sectarisme de l’assemblée et elle nomme aussitôt « gourou » l’invité, M. Jacques Cornet en l’occurrence, car il est difficilement supportable de voir les piteuses idées de l’Arle battues en brèche. Bien sûr, elle suggère que le public a été « discrètement rameuté par des cellules militantes ». Et parle ensuite d’« une poignée d’endoctrinés » car elle n’en est pas à une contradiction près. Pitoyable défense qui montre en fait à quel point cette association qui prétend vouloir refaire l’école s’applique à ignorer les avis éclairés. Il est tellement plus facile de se réfugier derrière le verdict populaire ! Mais très dur aussi d’entendre, par la voix de sommités du monde de l’éducation, venus exprès dans notre pays, affirmer, comme M. Nico Hirtt le 27 avril, que « le peuple s’est trompé ou a été trompé le 24 septembre 2006 ». Ce n’est donc pas moi qui l’ai dit ! Mais Mme Joyeux n’en a cure ; ça lui aurait fait tellement plaisir si c’était moi qui avais prononcé ces mots. Alors elle m’accuse dans la foulée d’avoir incité mes collègues enseignants (par ailleurs peu présents ce soir-là dans la salle, ne lui en déplaise) à « contourner la votation populaire ». Attaque gratuite, emblématique à nouveau de l’épuisement du discours de ceux qui, au lendemain d’une victoire acquise d’avance, ne savent plus quoi dire.

 

Les citoyens qui voudront se rendre compte par eux-mêmes de la fausseté de cette dernière assertion et de la vacuité des propos de l’Arle, invitée aux deux premiers rendez-vous, n’ont qu’à visionner et écouter ces débats sur le site du DIP. www.geneve.ch/dip/rendezvous/default.asp

 

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