09/07/2007

Fausse gratuité

Demandez à des jeunes ce qui est gratuit aujourd’hui. Peu donneront l’éducation en réponse. Certes, cela ne veut pas dire qu’il y a trente ou quarante ans, à cette même question, nous aurions su mettre en avant cet avantage. Mais nous n’étions pas, alors, envahis comme de nos jours par des offres continuelles qui galvaudent la notion de gratuité, principe qui doit, malgré tout, être compris comme la nécessité d’offrir à tous des prestations sans discrimination financière ou autre. Appels téléphoniques illimités, abonnements de portables qui ne coûtent rien, quotidiens gratuits qui pullulent, etc. la liste serait longue. Notre époque a inventé la gratuité illusoire qui ne poursuit pas d’autre but que d’accroître et de conditionner nos réflexes de consommateurs. Toute idée de générosité est éradiquée – n’a même pas effleuré l’esprit des entreprises – puisque seule la rentabilité compte. Réflexion sûrement un peu naïve dans un monde complaisamment décrit comme compétitif. Et qui n’a pas franchement de rapport avec l’école estimeront quelques-uns. Espérons-le. A l’heure où les taxes universitaires, au prétexte de la mise en place de Bologne, prennent l’ascenseur, où les bourses sont menacées, où le post-obligatoire est en passe d’être raboté pour des motifs économiques, où l’on prône le retour de la rigueur et de l’autorité, ce serait faire preuve d’angélisme, dans cette période de régression, de ne pas craindre qu’il soit tentant pour une certaine frange de vouloir réintroduire une participation des familles au motif de revaloriser l’éducation. Oh, cela ne se fera pas du jour au lendemain, bien entendu, quelques allusions, de petites suggestions d’abord : il serait aisé d’instiller dans les esprits que pour ré-institutionnaliser l’école, que la confiance avec le système scolaire soit restaurée, un financement par les parents, même symbolique, soit rétabli. Paranoïa ? Encore une fois, souhaitons-le. Il n’empêche que quand la gratuité est entendue comme profit et manipulation, qu’elle s’insère dans notre mode de vie, nous déresponsabilise et détruit le lien social, nous sommes bien obligés de nous interroger sur la compréhension que peuvent en avoir nos élèves et leur parents.

 

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07/07/2007

7 d'un coup !

Charles Beer, tel le valeureux petit tailleur, abat non des mouches mais des cartes qui peuvent, ou plutôt qui auraient dû, surprendre. Pour les cinq nouvelles écoles entrant dans le réseau d’enseignement prioritaire (REP), cinq directeurs sont désignés. Et dans le même temps sont nommés deux inspecteurs nouveaux pour remplacer leurs collègues à la retraite. Sept hommes d’un coup, sept nouveaux cadres pour l’enseignement primaire. Lorsque l’on sait la forte féminisation du primaire – corps enseignant à 90% féminin – ces désignations exclusivement masculines interrogent. Car des enseignantes ont bel et bien fait acte de candidature. Etaient-elles réellement moins compétentes ou la procédure de recrutement favoriserait-elle les hommes ? Question ouverte et sans réponse vu le peu de transparence sur les épreuves imposées qu’ont subies les candidat-e-s. L’association professionnelle et syndicale a écrit au chef du département et demandé des explications ; elle entend aussi bien négocier à l’avenir les modalités de recrutement des futur-e-s directrices et directeurs. Mais le plus étonnant dans cet épisode, qui date tout de même du 20 juin, reste la quasi absence d’autre réaction suite à la désignation de sept hommes par le Conseil d’Etat. Le politique et le monde associatif ne dédaignent en principe pas les débats sur la parité, et là, rien ? En ce jour appelé « 07.07.07 » et qui affole la presse pipeule, il valait peut-être la peine de signaler ce fait surprenant et qui n’a rien à voir avec un conte.

 

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02/07/2007

Tolérance zéro

« Aime la Suisse ou quitte-la ». Si l’union démocratique du centre (UDC) n’a pas encore plagié ce slogan sarkozyen, elle s’applique, dans ses propositions, à le mettre en pratique.

Xénophobie banalisée

Les responsables de l’UDC jonglent avec les discours sécuritaires et xénophobes. Ce parti veut ainsi lancer une initiative qui demandera de retirer la nationalité suisse aux criminels étrangers. Il s’en prend particulièrement aux jeunes et n’a pas de mots assez durs pour les dénigrer. Christoph Blocher dénonce tant qu’il peut la soi-disant augmentation de la violence, ne craint pas de désigner les jeunes issus de l’immigration et pointe ceux qui sont originaires des Balkans. Ueli Maurer parle de « brutalité multiculturelle », de « barbarie » et Yvan Perrin prône une naturalisation à l’essai. En clair, l’UDC n’a qu’une solution pour tous les maux de la société : renvoyer tous les étrangers qui ne sont pas « propres en ordre ». Et s’emploie donc à peindre le diable sur la muraille, à créer un climat d’insécurité qui sert son programme aux relents xénophobes. Les enseignants, eux, sont réellement aux prises avec des élèves d’origines différentes, reconnaissent cette richesse, et ne sauraient tolérer ces appels à dresser les uns contre les autres. Car l’école est bien concernée, à plus d’un titre.

Au revoir, les enfants ?

Au prétexte de lutter contre la violence et les incivilités, l’UDC revient à la charge avec l’idée d’envoyer des patrouilles de police dans les préaux d’écoles. Ce parti voudrait aussi contraindre les enseignants à dénoncer les infractions des élèves. Répression au lieu d’éducation, dans le but avoué d’expulser tous les membres des familles de mineurs étrangers délinquants. Qui serait assez naïf pour croire que cet odieux chantage puisse en quoi que ce soit favoriser leur intégration ? Hélas, il faut bien admettre que l’UDC recueille des applaudissements en plaidant pour une tolérance zéro face à une violence qui serait, selon elle, le fait d’une immigration massive. Certes, ce n’est pas demain que des enseignants-collabos joueront les délateurs. Mais si nous ne voulons pas que d’autres livrent nos élèves aux convoyeurs de charters, c’est aujourd’hui qu’il faut affirmer notre propre « tolérance zéro » à l’égard des initiatives haineuses qui ternissent ce qui reste de l’image d’une Suisse terre d’accueil.

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