31/08/2007

Genève manquerait-elle d'ambition ?

La Confédération a bon dos lorsqu’il s’agit de sabrer la formation des maîtres. Un peu comme avec la loi sur le chômage où le gouvernement genevois a laissé croire que les emplois temporaires allaient de toute façon devenir illégaux en Suisse. Nous savons maintenant, grâce à un arrêt du Tribunal fédéral, que ce n’est pas vrai et que rien n’empêche notre canton de continuer à les proposer. Et d’ainsi permettre à environ 35% des personnes concernées de se réinsérer professionnellement.

Pour la formation des enseignants primaires, le département de l’instruction publique (DIP) procède de la même manière en prétendant que nous ne saurions nous distinguer du reste du pays. En effet, la conférence suisse des directeurs de l’instruction publique (CDIP) estime que le baccalauréat (bachelor) est un titre suffisant pour enseigner au primaire. Grand bien lui fasse ! Le réveil sera douloureux au milieu d’une Europe qui demande depuis longtemps un niveau bac+5 pour les maîtres en charge d’enfants de 4 à 12 ans. Mais cette régression prévue n’a rien d’obligatoire.

L’association professionnelle, la SPG, combattra donc l’argument spécieux du DIP qui prévoit une formation réduite pour le primaire au niveau baccalauréat (3 ans) en prétextant s’aligner sur les normes minimalistes suisses alors que l’exception de la licence mention enseignement (LME – 4 ans) prévaut depuis 11 ans à Genève et n’a jamais empêché, comme on essaie de le faire croire maintenant si le titre requis devenait la maîtrise (master en 4 ans et demi), d’engager des détenteurs de brevets ou diplômes des hautes écoles pédagogiques (HEP) d’autres cantons.

La population n’a aucune raison de se laisser berner de la sorte et les citoyens devraient attendre de la part des dirigeants un peu plus d’ambition pour que Genève ne dilapide pas les formidables ressources en formation dont elle dispose et n’ait pas à rougir dans quelques années de sa petitesse de vue.

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30/08/2007

La formation des enseignants n’est pas proportionnelle à la taille des élèves !

Les membres de la Société pédagogique genevoise (SPG) demandent une formation initiale au niveau de la maîtrise, telle que prévue dans le processus de Bologne. Quatre ans et demi de formation, ce n'est pas trop pour l'espace essentiel et difficile de l’enseignement enfantin, primaire et spécialisé. En effet, le métier se complexifie, le nombre de disciplines à enseigner augmente, l'autonomie partielle des établissements scolaires est appelée à se développer, les contacts avec les parents vont s'intensifier ; les élèves ont droit à des enseignants performants pour leur assurer l'acquisition des connaissances de base. C’est pourquoi la SPG continue à défendre le principe d'une formation à l'Université.

Il faut dire que depuis 1930, à Genève, la formation des enseignants comporte, du moins partiellement, un volet universitaire. Actuellement, le titre requis pour enseigner au primaire est la licence mention enseignement (LME), mise en route en 1996 et obtenue en quatre ans. Il n'est plus temps de revenir en arrière sur ce principe, mais de regarder en avant pour améliorer la formation initiale des enseignants primaires. Par ailleurs, la tendance à rallonger les études et à les mener à l'Université est une pratique européenne. Ainsi, il n'est pas pensable que Genève, qui a toujours été un moteur dans ce domaine, notamment pour les autres cantons romands, reste à la traîne.

Nous affirmons que la formation est au cœur des défis qui s’ouvrent au monde occidental et singulièrement à notre pays dans un contexte de compétition internationale du savoir et qu’ainsi on ne peut que défendre une formation des enseignants la plus élevée possible. Si l’on reconnaît la tâche primordiale des enseignants de l’école enfantine et primaire en ce qui concerne la socialisation et l’entrée dans les apprentissages (et notamment celui de la lecture), on ne peut que proposer une formation pour ces degrés à la hauteur de leurs responsabilités. Si l’on prône le développement du partenariat avec les familles, on ne peut que défendre la reconnaissance de la qualité professionnelle de l’ensemble des enseignants par un niveau de formation au moins à hauteur de celui des parents d’élèves.

En conclusion, considérant que chaque enseignant de l’école obligatoire est responsable à la même hauteur des tâches d’instruction et d’éducation, même si elles peuvent être déclinées de manière différenciée au primaire ou au secondaire, la SPG, dans la lignée du syndicat des enseignants romands (SER), revendique un parcours de formation universitaire et de même volume pour l’ensemble des enseignants de l’école obligatoire, différencié dans son contenu, que l’on se dirige vers l’enseignement au primaire ou au secondaire.

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Clause PERil ?

A chaque rentrée ses nouveautés, effets d’annonce obligent. Ainsi, ironie du sort, grâce aux pourfendeurs des innovations, l’école primaire genevoise découvre un nouveau livret scolaire, une quatrième, voire une cinquième version pour certains élèves. Mais, pour faire bon poids et céder aux exigences des détracteurs de l’école genevoise, un plan d’études annuel est balancé au corps enseignant. Le classeur des objectifs d’apprentissage en vigueur de puis l’an 2000 serait-il bon à jeter aux orties ? Bien sûr que non. Mais le département préfère s’aplatir et pense contenter tout le monde en faisant procéder à un tiré à part du plan d’études (issu lui-même du GRAP*) contenu dans le classeur. Il berne ainsi ceux qui s’obstinent à voir dans les objectifs d’apprentissage un dangereux support de la rénovation et méprise les professionnels qui planifient leurs tâches depuis longtemps, sans avoir besoin d’un énième document pour leur dire comment procéder. Oh, bien sûr, tout le monde sait que dans ce bas monde tout est perfectible et d’aucuns trouveront des améliorations sensibles dans ce « tiré à part ». Mais le problème n’est pas entièrement là.

En effet, si l’association professionnelle, la SPG, a contesté la parution de ce plan d’études, c’est non seulement à cause de la tromperie qui caractérise cette démarche mais surtout parce que la perspective de la mise en place du plan d’études romand (PER) était toute proche. Le PER constitue une réelle avancée et répond à la revendication du syndicat des enseignants romands (SER) de ne pas s’arrêter à un plan cadre destiné aux seuls concepteurs de programmes. En effet, si cette dernière option avait été retenue, elle aurait conduit à une déclinaison des objectifs différente dans chaque canton, avec pour conséquence un changement quasi nul de la situation actuelle. Cet écueil semble donc évité. L’inquiétude provient maintenant du fait que le PER était annoncé pour la rentrée 2008 (même si en fait il était prévu dans un premier temps pour 2007…) mais qu’aux dernières nouvelles son introduction ne serait pas possible avant 2009. Tous les prétextes sont bons pour justifier ce report. En gros, c’est la faute à pas de chance et aux Vaudois qui ont tardé à rejoindre dans leurs travaux les six autres cantons romands… Quelle clause d’urgence faudrait-il invoquer pour éviter que cette pirouette supplémentaire ne vienne compromettre – laisser en plan ! – un projet garant d’un début de cohérence de l’école romande ?

De régressions en reculades, l’école, romande ou genevoise tout court, piétine et s’embourbe. Au lieu d’écouter les professionnels, les décideurs préfèrent déverser des discours lénifiants, assurant que tout est certes bien compliqué mais que l’évolution promise va se mettre en place tout doucement, comme par magie, demain ou après-demain, si ce n’est plus tard…

* Groupe romand pour l’aménagement des programmes, version genevoise de 1989  

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26/08/2007

Des notes... et pas de chiottes!

Un retour des notes et des WC fermés par mesure d’économie : voilà en résumé ce qui est censé caractériser la rentrée scolaire 2007. Une information éculée et tronquée d’une part puisque cela fait une année que nous savons que ce sont les moyennes qui sont rétablies de la 3ème à la 6ème primaire et, d’autre part, un scoop au niveau des égouts. Et dire que l’on nous annonçait que le débat sur l’école pouvait enfin avoir lieu et s’élever, maintenant que les rénovateurs étaient matés ; nous voilà servis.

 

Les aspects et les enjeux intéressants de la formation sont ignorés car le débat sur l’école, trop compliqué peut-être, n’intéresse pas vraiment. Il aura fallu une initiative populiste sur les notes* pour que soudain des voix déplorent, souvent hypocritement, le manque d’attention et de moyens accordés à l’éducation. Mais la votation est passée et le soufflé est retombé, sans effet durable.

Une nouvelle initiative populaire intitulée « Pour le maintien des chiottes à l’école secondaire » connaîtrait à coup sûr un franc succès… et permettrait peut-être d’attirer à nouveau l’attention de la population sur les vrais défis auxquels l’enseignement genevois est confronté.

 

 * « Pour le maintien des notes à l’école primaire »

 

 

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08/08/2007

Hôpital, école, même combat !

L’hôpital universitaire de Genève (HUG) est celui qui répond le moins aux attentes des patients, le dernier au classement des hôpitaux de notre pays selon le résultat de l’enquête Comparis ? Pas de problème, c’est que les genevois sont de foutus râleurs, c’est bien connu, jamais contents, toujours la gueule ouverte, les amygdales bronzées, etc.

 

Les genevois sont mécontents de leur école ? Mais bon sang, ce que nous avons pu manquer de répartie, tout de même ! Une votation perdue sur un pareil malentendu ? Il était évident que tout allait pour le mieux et que seule l’incurable insatisfaction des habitants du canton du bout du lac pouvait expliquer ce haro sur l’éducation…

 

Mais nous n’avons pas eu recours à ce subterfuge. Peut-être aurait-il fallu que Bernard Gruson, l’actuel directeur des HUG, soit à la tête de l’instruction publique. Avec lui, inutile d’évoquer un quelconque manque de moyens, de mesures d’économie iniques, de baisse de prestations, d’un plan Victoria aberrant. Non ! C’est juste que les genevois sont trop exigeants. Faudrait peut-être les délocaliser en bloc, qu’ils aillent voir ailleurs et ravalent leur culot.

 

M. Gruson peut postuler pour le futur poste de directeur de la scolarité obligatoire : tout sera beaucoup plus simple avec lui et Genève rentrera enfin dans le rang.

 

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04/08/2007

Parents désorientés, direction timorée, enseignants dénigrés

Des parents qui lancent une pétition pour s’opposer aux doubles degrés de leur école (une classe composée d’élèves de 5ème et de 6ème primaire par exemple) et d’autres qui s’offusquent que le maître principal, occupé à des tâches administratives le jour de la rentrée, ne puisse accueillir ses élèves ce jour-là. L’inadéquation de ces deux démarches entreprises par les parents est flagrante. Si elles ne sont pas uniques, pas nombreuses non plus en fait, elles causent un tort considérable. Mais ce sont ces deux événements qui ont été médiatisés en juillet. Certes, la période estivale est peu favorable pour relater un sujet intéressant sur l’école… Il serait toutefois assez aisé et tentant d’analyser le désarroi grandissant de certains parents. De saisir l’occasion de le mettre en parallèle avec les incertitudes liées à une société de plus en plus individualiste et compétitive, de relever le paradoxe que cela représente lorsque l’on sait les projets directement liés aux relations famille-école qui sont en cours (la mise en place de conseils d’établissement notamment) et le fait que jamais l’information à destination des parents n’a été si abondante et de qualité qu’aujourd’hui. Je pense cependant que le plus important est de ne pas se laisser décourager par des dérapages isolés qui occultent l’excellent travail que l’école primaire genevoise entretient au quotidien avec les familles. Il ne s’agit pas de minimiser les peurs légitimes de parents qui ne s’expriment pas toujours de manière heureuse mais, tout en les prenant en compte, il faut résister à toute velléité de repli. Je suis persuadé que l’école de demain ne pourra se construire qu’avec les parents et que ce travail de relation, inhérent à la fonction enseignante, doit prendre de l’ampleur et une certaine hauteur. Mais en attendant, le plus désorientant justement, pour les enseignants, est de constater que la direction se répand en justifications mais s’abstient de dénoncer l’aberration de certaines revendications émises par les parents. Lorsque ces derniers se fourvoient ou font preuve d’ingérence, il faut le signifier clairement. C’est le meilleur service qu’on peut leur rendre, ainsi qu’à leurs enfants. Justifier avec complaisance les pratiques des professionnels de l’éducation dénigre considérablement le corps enseignant et n’améliorera en rien l’école, bien au contraire.

 

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