30/09/2007

La semaine de 50 heures

Les pleines pages vantant l’initiative radicale « Accueil continu des élèves » se succèdent dans le GHI. Mais peu de place est faite ailleurs aux débats ou critiques. Peut-être parce que tout le monde est d’accord – ou presque – sur le fait qu’un encadrement de qualité après les cours pour un élève de la scolarité obligatoire vaut mieux qu’un abandon devant la télévision avec des nourritures hautement caloriques à portée de main. Le problème n’est donc pas véritablement là.

Lorsqu’on parle de mettre les enfants de 4 à 15 ans 10 heures et demi durant, cinq jours sur cinq, dans des structures scolaires ou parascolaires, on double simplement l’horaire hebdomadaire normalement consacré à l’école. Pour un enfant de 4 ans, cette surcharge – la semaine de 50 heures, quand même ! – n’est pas anodine. On peut même imaginer que bientôt ce sera l’inverse : ce sera au monde professionnel de se calquer sur celui de l’éducation… Les parents désœuvrés sans leurs rejetons, demanderont à davantage travailler…

 

Trêve de plaisanterie ; aujourd’hui, pour un travail égal, lorsqu’un homme touche 50 francs, une femme n’en reçoit que 39. Cette différence est énorme et pour ainsi dire inconcevable dans notre pays depuis le temps que l’égalité est prônée et qu’une loi (1996) la rend obligatoire. Les mentalités et les habitudes changent très lentement, il faut l’admettre, et annoncer avec un sourire plein de bonnes intentions que si les enfants sont pris en charge à midi et à quatre heures, davantage de femmes chercheront un emploi, cela revient à favoriser une certaine exploitation. Ou, en tout cas, à prendre le risque de freiner, stopper, voire annihiler les maigres progrès constatés en matière d’égalité. Une chose est sûre, c’est que si l’économie dispose d’un plus large éventail d’une main d’œuvre bon marché, cela ne favorisera pas les conditions de travail, salariales en particulier, de l’ensemble des travailleuses et des travailleurs. Il est donc impératif de d’abord réaliser une vraie égalité hommes-femmes avant de vouloir mettre le plus grand nombre sur le marché du travail.

 

L’initiative radicale entend aussi faire l’apologie du travail à plein temps. Il faudrait en effet que les deux parents soient occupés la journée pour que leur enfant ait droit aux activités parascolaires. Cette condition s’accorde mal avec la soi-disant volonté de lutter contre les inégalités et de favoriser l’intégration. La contradiction est évidente, puisqu’il s’agit en fait d’exclusion, révélatrice aussi des véritables intentions, et constitue, outre les risques liés à une exploitation accrue des femmes, le principal défaut du texte.

 

Il est aussi assez gênant de constater que le coût de ces nouvelles structures, du personnel qualifié pour encadrer les élèves, etc. est plus ou moins éludé par les initiants. Pourtant, la proposition vise à occuper quelque 48'000 élèves 25 heures par semaine… Les montants alloués à l’instruction publique ne sont pas vraiment à la hausse et ceux qui viennent avec des idées à première vue généreuses sont en l’occurrence les mêmes qui sabrent dans les budgets de l’éducation.

 

Enfin, sans tomber dans des clichés naïfs, il est quand même avéré que ce n’est pas en séparant au maximum les parents de leur progéniture que l’éducation des enfants trouve sa forme optimale ! Ça se saurait. Et d’ici que le couplet sur la démission des parents soit entonné à pleins poumons… par le même parti, aidé par la presse gratuite à grand tirage qui est de connivence, il n’y a qu’un pas. Une chanson ultra rabâchée, en continu, et pas près de s’arrêter, hélas.

 

Incohérences, décalages entre volontés affichées et conséquences réelles ; promotion d’une société soumise aux diktats de l’économie et des patrons ; visions pédagogiques réductrices ; prise en compte partielle des besoins des familles ; qualité de vie familiale dégradée, etc. : la formation et l’éducation des élèves méritent mieux !

 

19:48 Publié dans Ecole et société | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

Commentaires

Il reste néanmoins que le problème existe : que fait-on pour les enfants qui sont livrés à eux-même, à la loi de la rue, quand ils ne sont pas à l’école ?
Alors au lieu de se perdre dans des élucubrations, de se contenter de « démolir » cette initiative, qui n’est qu’une proposition, sans être la panacée (y a-t-il une solution parfaite ?), mais qui a le mérite d’obliger les politiques à enfin se bouger….Monsieur Baud, soyez positif, faites donc une autre proposition ! Concoctez-nous un contreprojet ou une autre initiative….bref….que proposez-vous concrètement pour solutionner le mieux possible ce problème ? Je me réjouis de vous lire.
André Duval

Écrit par : Duval André | 01/10/2007

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