16/02/2008

Les notes tues

L’école sans notes ne convainquait pas la population, le retour des « fausses » notes fâchait les anti-pédagogues, la maintien des notes, les « vraies », finalement, devait contenter tout le monde (ou au moins la majorité qui avait voté dans ce sens). Le nouveau système d’évaluation des élèves du primaire est donc entré en vigueur à la rentrée 2007. Quel bilan peut-on en tirer 6 mois après son introduction ? Comment les élèves, les enseignants et les parents ont-ils vécu ce changement inédit, avec moyennes trimestrielles à la demi bonne ? Apparemment la question n’intéresse plus personne et le département semble adopter le dicton « pour vivre heureux vivons cachés ». Les résultats des élèves sont tus ; les notes restent secrètes. S'il est cocasse d'observer les auto-congratulations prématurées de ceux qui pensent avoir remis l'école dans le droit chemin et s’attaquent au cycle d’orientation avec la même inconscience, il est anormal, à la veille des résultats du deuxième trimestre, de ne disposer d'aucune analyse sérieuse des conséquences de la mise en place du nouveau livret scolaire. Pourtant, une telle révolution dans les pratiques d'évaluation ne peut s'instaurer sans disparités. Il y a donc, avant de juger de la pertinence des modalités arrêtées, un travail urgent à mener pour se rendre compte, au moyen de données fiables, si les élèves, d'un bout à l'autre du canton, sont soumis à un traitement égal. Cela devrait permettre de corriger les dérives. Mais personne ne saurait se satisfaire d'envisager des mesures pour harmoniser et stabiliser le système sans se préoccuper du fond, à savoir si l'évaluation reste quand même, malgré sa forme inique, au service des apprentissages ou si le contraire, le retournement de situation craint, s'est opéré. L'autre vraie question est de savoir si l'équité de traitement des élèves peut être garantie, à court terme. Afin d'évaluer le nouveau système, la direction de l’enseignement primaire s'est contentée de demander à tous les inspecteurs de récolter dans chaque classe deux dossiers d'évaluation : celui d'un élève avec difficultés et celui d'un autre n’en rencontrant pas. Une manière de bien renforcer la culture de l'échec. Et les grilles qu'ils doivent ensuite remplir laissent pantois : calculer le pourcentage des livrets signés par les parents, vérifier si les enseignants mettent bien les croix dans les cases (et non à côté !)… Voilà les indicateurs auxquels il faut s'attendre. Il y a un fort risque que l'inanité des informations statistiques qui seront données, tard de surcroît, soit camouflée par des discours vantant un bilan globalement positif, tandis que les élèves trinquent. Alors que la note 4 correspond à la norme de réussite, combien d'élèves se trouvent avec un résultat inférieur en français ou en mathématiques au premier trimestre ? Que vaut un système scolaire si la majorité des élèves passe dans le degré suivant par dérogation ? La direction n'entend pas à l'heure actuelle publier de données précises, malgré le fait qu'elles soient en sa possession (tous les résultats notés du premier trimestre des quelque 16'500 élèves de la 3P à la 6P lui ont été remis). Elle préfère ne voir dans cette opération qu'un contrôle administratif ! Et estime judicieux de celer le maigre quantitatif en promettant du qualitatif demain. Pendant ce temps, avec la quasi-disparition du jugement professionnel, les notes couperet tombent. Les parents s'inquiètent, les enseignants croulent sous la tâche et les élèves subissent. Combien se trouvent déjà sur le tapis roulant les menant à l'abattoir ?

 

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04/02/2008

Demain, sans les chiens dangereux

Notre société serait-elle devenue si sûre qu’il nous faille inventer nous-mêmes des dangers que nous avons mis des générations à écarter ? Si, de temps à autre, un touriste se fait bouffer par un lion en pleine Afrique, ce n’est pas une raison pour demander l’extermination du panthera leo. Mais pourquoi tolérerait-on que nos enfants soient victimes de bêtes féroces, artificiellement créées ? Ce qui est particulièrement choquant, c’est que, pour ne surtout pas blesser les propriétaires de chiens, les conseils pour éviter de se faire boulotter sont donnés d’abord aux victimes potentielles, les enfants. A eux de faire attention, d’avoir l’attitude correcte ! Au lendemain du drame d’Oberglatt, fin 2005, où un enfant de six ans avait été tué par des chiens sur le chemin de l’école, les journaux s’en étaient d’ailleurs donné à cœur joie : faites le poireau, ne courrez pas, baissez la tête, ne répondez pas, couchez-vous à terre, le molosse finira bien par se lasser. Situation surréaliste ; et même le département de l’instruction publique s’y met, lui qui encourage le programme de prévention « Truff le chien » dans les écoles où un animateur déguisé en clebs se met à quatre pattes et aboie. On croit rêver, également lorsqu’on entend un avocat de la place nous parler de son association « Pro Dog ». Pro Juventute devrait sérieusement songer soit à se rebaptiser soit à mettre la clé sous le paillasson, car, pour finir, qui s’en préoccupe de la jeunesse ? Les rayons d’alimentation pour animaux regorgent de produits, prennent toujours plus de place. A l’heure où 48'000 personnes meurent chaque jour dans le monde pour cause de malnutrition (d’autres estimations sont plus pessimistes), nos sociétés occidentales continuent à nourrir ces bouches canines ou félines inutiles. A en croire les médias, le propriétaire des pitbulls assassins de Zurich, indifférent à l’écolier mort qui gisait, pleurait sur la valeur perdue de ses chiens. Au Cambodge, une fille de dix ans est vendue 40 dollars ; si le père arrive à se débarrasser de trois de ses filles, il peut s’acheter avec les 120 dollars reçus un berger allemand… Voilà le monde irresponsable dans sa triste réalité, dans laquelle nous vivons et que nous ne pouvons ignorer. Un choix de société doit être fait. Entre la faim, la maltraitance et les exactions de toutes sortes dans le monde, il ne suffit pas de renoncer aux « animaux de compagnie » pour que ces problèmes soient vraiment atténués. Mais il est indécent d’accorder toujours davantage d’importance à cette gent animale-là, au mépris – et donc au détriment – des hommes, femmes et enfants de cette planète. Les bébés et les écoliers sont les principales victimes des chiens d’attaque. OUI le 24 février à l’initiative 137 demandant l’interdiction des races de chiens dangereux.

 

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