31/08/2008

L'autorité en question

« L’école primaire complète l’action éducative des parents » (règlement C1 10.21, art. 1, al. 3) ; voilà qui est clair et ne devrait pas laisser place aux divagations sur la mission de l’école où, selon certains, il faudrait enseigner et non éduquer. Mais cette collaboration avec la famille ne se décrète pas et se renvoyer la balle sur la responsabilité supposée de l’une ou l’autre partie des carences éducatives n’améliorerait pas la situation. L’école ne peut assumer à elle seule l’éducation des élèves mais doit affirmer ce rôle primordial. Pour les élèves, le bon prof est celui qui sait bien expliquer et qui se montre juste envers eux. Un enseignant compétent qui exerce avec autorité sans en abuser, qui se fait respecter et respecte ses élèves et qui a aussi le pouvoir, conféré par la reconnaissance de son autorité, de leur faire comprendre les lois qui régissent notre monde, voire de les leur imposer, de leur expliquer la nécessité de les respecter et l’obligation de sanctionner les écarts. Vaste programme, auquel les profs auraient renoncé !? Assurément non, mais si l’école est décriée, aussi sur ce plan-là, ce n’est ni un hasard ni totalement injustifié. L’autorité est fondée sur trois dimensions principales : la tradition, les valeurs et la menace de la sanction. Trois points qui font étrangement écho aux discours des anti-pédagogues, empreints de nostalgie (la tradition), qui déplorent la perte de repères (les valeurs) et prônent les notes (la sanction). Les détracteurs de l’école ont beau jeu de dénoncer la prétendue « démission » des enseignants en tablant sur la confusion d’aspects et de sentiments différents. L’autorité est d’abord une position éthique qui permet d’exercer le pouvoir, en évitant la dérive violente de l’autoritarisme, et sa fonction est de proscrire, de dire non, de prescrire des valeurs et aussi d’autoriser, de dire oui. Elle reste paradoxale car elle doit gérer le conflit autant qu’elle le génère. Mais il est aussi vrai que l’autorité n’est jamais autant interrogée que quand elle dysfonctionne. C’est apparemment le cas aujourd’hui, alors saisissons l’occasion de ces critiques et essayons de trouver ensemble quelques réponses ! Rendez-vous aux Assises romandes de l’éducation le 27 septembre. L’autorité dans et à l’école : « Cadrer pour éduquer » ; inscriptions en ligne : http://www.le-ser.ch/ser/even/08_assises_accueil.html

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25/08/2008

Interroger le cadre scolaire

Les enseignants et les éducateurs savent bien que les élèves dont ils ont la charge ont besoin de cadre. Une nécessité vitale pour se construire et qui se vérifie par le fait que ce cadre est souvent attaqué. En effet, pratiquement tout élève, une fois ou l’autre, suivant ses difficultés aussi, testera, contestera, parfois avec une rare ténacité, la solidité et la cohérence des règles qui lui sont imposées. Pour lui permettre de grandir, d’entrer dans les apprentissages, de simplement exister, les réponses des adultes à l’enfant ne devront pas être floues ou s’apparenter à des aveux de faiblesse. Ce travail constant de rappel et de redéfinition du cadre, sans abdication aucune, fait partie du métier, représente la condition sine qua non pour que les élèves retirent quelque chose de l’école. Les enseignants l’auraient-ils oublié ? Je ne le crois pas. D’abord parce qu’il faudrait être assez naïf pour considérer le corps enseignant comme une bande composée en majorité de soixante-huitards (attardés) qui s’obstinent à s’interdire d’interdire… Ensuite, parce que la remise en question de l’école n’est pas réservée à quelques turbulents, facilement repérables par ailleurs. Je veux dire par là que lorsqu’on parle de difficultés d’apprentissage, expression à la limite du pléonasme, chaque élève, à quelques exceptions près, est concerné. Car apprendre n’est pas aisé, demande des efforts et ne va pas de soi. Ainsi, il est normal de résister, de se montrer certaines fois récalcitrant, bref, de remettre en cause celui qui vous contraint à dévoiler vos lacunes pour mieux les combler. Bien sûr, il ne faut pas faire d’amalgame et confondre ce qui relève d’un processus normal d’apprentissage et des relations maître-élèves avec un comportement difficile, « hors-la-loi », d’un élève qui met, lui, l’institution, les autres et soi-même en danger. Toutefois, l’école semble bien en proie à une augmentation de cas d’élèves, toujours plus jeunes, qui déstabilisent le système. Les Assises romandes de l’éducation débattront de ce problème le 27 septembre. Inscrivez-vous !

L’autorité dans et à l’école : « Cadrer pour éduquer » ; inscriptions en ligne : http://www.le-ser.ch/ser/even/08_assises_accueil.html

 

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24/08/2008

Vivace, la culture de l'échec...

« Les notes ne changent rien » lit-on dans la Tribune du 23 août. Selon les chiffres du département de l’instruction publique, le retour des notes en 2007 (réintroduction des moyennes en fait) n’a pas engendré davantage d’échecs et « seul » un 2% des élèves de sixième primaire (6P) double. Mais il existe d’autres chiffres, soigneusement occultés. En effet, au 1er trimestre de l’année scolaire 2007-08 (novembre), avec le tout nouveau livret scolaire, 8% des élèves de 6P n’étaient pas promus au CO. Au 2ème trimestre (février), il n’y en avait plus que 5%... et en juin, à la fin de l’année, ô merveille, on retombait sur ce fameux 2%, politiquement acceptable semble-t-il. Il faut aussi savoir que le pourcentage d’élèves de 6P qui ne passent pas au cycle d’orientation (CO) n’a jamais fléchi, durant les treize dernières années, mais n’a non plus jamais atteint les 2%. En effet, la moyenne des redoublements de 6P, entre 1995 et 2007, se situe à 1,2%, et le plus haut chiffre est 1,7% (en 2004). Il y a donc bien une augmentation, même si elle est faible, du nombre d’élèves empêchés d’entrer au CO. Ces chiffres donneront lieu à diverses interprétations et il faudra vérifier si la dernière année du primaire devient réellement plus sélective. Mais une chose semble sûre : notes ou pas, rénovation ou pas, l’échec scolaire reste, inexorablement, ancré dans les mentalités. Autant un nombre trop important d’élèves laissés sur le bord de la route est inacceptable – et les enseignants et les autorités prennent des mesures, parfois discutables, pour éviter cet écueil –  autant réduire significativement l’échec scolaire, voire le supprimer, semble inimaginable, pour ne pas dire louche. Ainsi, sans vraiment le dire, le taux d’échec est quasiment fixé à l’avance, même si le département n’a pas le cynisme de le déterminer officiellement, et les réformes, quelles qu’elles soient, mais trop éphémères sans doute quand elles entendent s’y attaquer, n’y changent rien.

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17/08/2008

Cadrer pour éduquer

Comment gérer les élèves qui sont à la merci du «pulsionnel et de la sauvagerie» ? Ces enfants et ces jeunes meurtris par la vie, hostiles à l’école, attachés à la facilité, ennemis du moindre effort, dédaignant ostensiblement les savoirs et ne partageant apparemment aucune des valeurs véhiculées par l’école ?

Le syndicat des enseignants romands (SER) organise tous les deux ans les Assises romandes de l’éducation. Le prochain rendez-vous a lieu le samedi 27 septembre à Lausanne (Dorigny).

Cette année, les Assises ont pour thème: Cadrer pour éduquer

Cette manifestation est ouverte à toutes et à tous. Une occasion de débattre ensemble de l’école, non ? Alors, bienvenue aux Assises !

(On peut s'inscrire en ligne: http://www.le-ser.ch/ser/even/inscription_assises08.php)

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08/08/2008

Théâtre sans cabots...

Les molosses sont interdits à Genève en vertu de la loi, et sur scène aussi, apparemment. Le Courrier du 7 août nous apprend ainsi que la pièce « Inferno » devra supprimer l’ouverture de son spectacle prévue avec des chiens d’attaque. Voilà une conséquence assez inattendue de l’acceptation récente par le peuple de l’initiative « pour l’interdiction des chiens dangereux ». Si cette loi est passée si facilement, ce n’est pas par phobie ou délire sécuritaire mais bien parce qu’il n’était plus possible de rester bras ballants devant les accidents qui se multipliaient et dont les enfants étaient les principales victimes. Quel rapport toutefois avec une pièce de théâtre ?

Si j’élevais un tigre dans mon appartement et que je l’emmenais promener au parc, cela créerait à coup sûr un certain émoi et on me confisquerait vite fait le fauve. Mais le cirque Knie est-il pour autant empêché de produire ses numéros avec lions, panthères et autres animaux féroces ? Si seulement, penseront certains… Mais la question n’est pas là.

Des dérogations sont prévues et il n’a jamais été envisagé par les personnes qui soutenaient l’initiative contre les molosses que la loi servirait à censurer un spectacle. Les acteurs n’auront-ils plus le droit d’allumer une cigarette sur scène au prétexte que la fumée est interdite dans les lieux publics ? Nulle loi n’est parfaite mais essayons si possible d’éviter de les rendre absurdes par excès de rigidité.

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07/08/2008

Rentrée 2008: c'est mal barré...

L’introduction au primaire de directions d’école, nouveauté de la rentrée 2008, ne convainc pas tout le monde. A commencer par la direction générale qui multiplie les directives par peur du pouvoir qui lui échappe. Tous les enseignants viennent ainsi de recevoir une missive du service des ressources humaines leur signifiant que « les séances de rentrée auront lieu dans tous les établissements le vendredi 22 août 2008, le matin ». Cette décision unilatérale, certes anecdotique – et qui ne sera pas respectée partout – est révélatrice des angoisses du centre, censément concerné lui aussi par la réforme, mais qui a en fait le plus de mal à se remettre en question. La crainte de la perte de contrôle et les fantasmes de la maîtrise absolue du système créent depuis longtemps des dysfonctionnements et ne semblent pas prêts de s’arrêter. Pourtant, les maîtres mots, à l’origine du nouveau fonctionnement du primaire, étaient bien « décentralisation », « déhiérarchisation » et « autonomie partielle ». Mais aujourd’hui, la direction générale éprouve le besoin de fixer la date de rencontre du corps enseignant, qui se réunit avant l’accueil des élèves, comme s’il y avait une quelconque importance à rassembler les profs au même moment dans tout le canton. Jusqu’à présent les équipes fixaient elles-mêmes le jour qui leur convenait le mieux dans la semaine qui précédait la rentrée scolaire, et personne ne trouvait rien à y redire. Assister à un tel resserrement avant même que l’école ait recommencé n’est pas de bon augure. Peut-être que la direction générale serait rassurée si bientôt tous les élèves du canton récitaient la même leçon à la même heure… De régressions en régressions l’école aura de la peine à évoluer. Et les directeurs des 91 établissements primaires auront des difficultés à justifier leur rôle s’ils se font sans arrêt contrarier par leur hiérarchie et dicter des futilités. Allez, il leur reste quand même, pour l’instant et pour bien débuter dans leur fonction, la grande responsabilité de fixer l’heure et la durée de la pause de la séance du 22 août – en concertation avec l’équipe, cela va de soi ! Mais espérons qu’on leur aura donné l’ordre d’amener les croissants, des fois que ces cadres supérieurs n’y auraient pas pensé tout seuls…

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