01/05/2010

Il faut éviter la "secondarisation" de l'école primaire

Les spécificités propres à l’enseignement primaire sont-elles vouées à disparaître ? Méconnues, oubliées, moquées, minimisées ou ignorées, elles sont en tous les cas malmenées dans le contexte évolutif de l’école genevoise.
Le concept de progression et de cohérence tout au long de la scolarité obligatoire est mis en avant depuis longtemps et constitue une priorité. Porteur d’un réel espoir, traduit d’une certaine manière avec le plan d’harmonisation scolaire suisse (HarmoS) qui adopte une nouvelle numérotation des degrés de 1 à 11, censé se concrétiser avec le plan d’études romand (PER), il bute en fait méchamment sur les représentations des uns et des autres, et en particulier sur celles des autorités. Dès 2000, le programme de suivi des acquis des élèves (PISA) a focalisé l’attention sur les résultats obtenus par les jeunes de 15 ans. La plupart des débats qui ont suivi, même quand ils avaient trait à l’enseignement primaire, ne parlaient en fait que des compétences et connaissances, acquises ou pas, au sortir de l’école obligatoire. Quelle que soit la véracité des propos – se résumant souvent, hélas, aux sempiternels lieux communs sur la baisse de niveau –, les discours ont démontré une vraie ignorance du travail effectué auprès des élèves de 4 à 12 ans. Aujourd’hui, la situation n’est pas meilleure, mais elle représente un danger accru au vu des projets en cours.
Le changement de l’horaire de l’écolier, projeté pour 2011, est révélateur de la peine qu’ont les décideurs à appréhender la réalité du premier niveau d’enseignement. Le terme de « période d’enseignement », pratiquement jamais utilisé auparavant, est devenu soudain la norme. Il faudrait avoir tel nombre de périodes de 45 minutes de telle discipline pour réaliser les objectifs futurs du PER.
Actuellement, il faut le répéter, la grille horaire est indicative. Il n’y a pas de découpage strict préétabli et les élèves n’interrompent pas leur activité au bout de trois quarts d’heure pour changer de classe. L’enseignant, professionnel responsable, doit trouver les moyens, en prenant en compte l’hétérogénéité de la classe et le contexte local, de conduire tous ses élèves à l’atteinte des objectifs d’apprentissage.
Demain, s’il y a des maîtres spécialistes (MS) pour enseigner l’anglais, voire l’allemand (en plus des MS éducation physique, arts visuels et éducation musicale), si le temps passé à l’école par l’élève est supérieur à celui de son enseignant, il y a fort à parier que la grille horaire sera figée et que cette rigidité bridera à la fois la créativité et la différenciation pédagogiques. La notion d’enseignant généraliste s’évanouira, un métier s’éteindra, et les profs se croiseront dans l’école sans se connaître. La division du travail rendra davantage nécessaire l’élaboration de projets, engendrera la multiplication des réunions, des séances de suivi collégial, etc. pour tenter de sauver un semblant de cohérence… Un investissement lourd de conséquences, coûteux – il faudra à l’évidence diminuer la charge d’enseignement, déployer davantage de dispositifs d’appuis – et dont il n’est pas prouvé que les retombées seront bénéfiques.

19:29 Publié dans Ecole genevoise | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Facebook

Commentaires

Bonsoir,
Nous sommes plusieurs mamans a avoir beaucoup de mal à admettre les arguments avancés pour passer en force une augmentation de l'horaire scolaire.

Tout d'abord, le Conseiller d'état (Charles Beer) ne semble pas au courant des pratiques PAR TRANCHE D'AGE dans les autres cantons: à Berne, les élèves de 2P ont 20 périodes par semaine, certaines en demi-groupe, et ont quand même la musique, la rythmique et la gym.

20 périodes.....alors que on veut en mettre 32 à Genève dès la 1P!

Soit les méthodes employées à Genève sont tellement inefficaces qu'il faut 35 % de temps en plus à un écolier genevois de 1P pour apprendre les basics, soit les petits genevois sont particulièrement bouchés, à la limite de mettre la moitié des enfants en spécialisé....

Je penche bien sûr pour la première hypothèse!

Question à 2 balles, quand même: pourquoi ne pas donner les moyens réclamés depuis des lustres par les écoles (plus de moyens, d'appui, moins d'élèves par classe, possibilité de travailler en demi-groupe) et refaire une évaluation dans 2-3 ans, avant de rallonger l'horaire de l'écolier?

Et puis, Harmos, on nous le sert à toutes les sauces, mais apparemment ça a bien peu à voir avec une harmonisation des pratiques scolaires en Suisse. C'est un fourre-tout pratique pour faire passer une énième restructuration de l'école primaire (qui chaque fois coûte au contribuable)

Pouvez-vous nous dire ce qu'il en est de la situation des directeurs? Certaines personnes soutiennent qu'ils sont "illégaux" car pas votés par le conseil d'état.

Merci

Écrit par : Lulu | 01/05/2010

Je suis père d'une fille de 9 ans fréquentant les bancs de l'école primaire genevoise.

Je suis très satisfait de voir ma fille progresser, encadrée par de vrais professionnels responsables qui ne mettent pas la clé dans la porte à 16h00, qui ne comptent pas leur énergie et leur temps, contrairement au mythe très populaire. Dans mon réseau de connaissances, j'ai très souvent rencontré des parents satisfaits, que ce soit sur la rive gauche ou droite.

Par contre, ce qui ne va pas à Genève, ce sont ceux qui dirigent l'école genevoise et qui en tentant soi-disant de l'améliorer la déstructurent. C'est de pire en pire... On ne donne pas les moyens aux enseignants de réussir, au contraire, on leur met encore plus de poids sur les épaules. Après, on leur jette la pierre, ce sont les responsables...

Je suis étonné de voir aucun parent réagir au sein de l'école de ma fille par rapport à ce qui se trame en vue de la rentrée 2011. L'association des parents d'élèves (désertée, il faut le dire) se dit n'être pas assez informée. L'information n'est pas très claire de toutes façons, personne n'étant capable d'expliquer comment tout ça va s'articuler. A mourir de rire. Comme d'habitude, les politicards nous prennent pour des veaux, nous jettent de la poudre aux yeux. Rien ne sera prêt à temps, tout va s'improviser sur le tas.

Je n'envie pas la position des enseignants et suis soulagé quant à moi d'avoir embrassé une profession libérale, car ça devient le goulag !

Je pense retirer ma fille de l'enseignement public si le nouvel horaire est adopté à la rentrée 2011. Ras la patate.

Écrit par : Papa d'une fille fréquentant l'école primaire genevoise | 02/05/2010

Eh, oui….il y a bien longtemps que je le dis…voilà comment on détruit le beau métier d’instituteur….et au détriment des élèves :

http://etsionenparlait.blog.tdg.ch/archive/2009/04/17/instituteur-une-profession-en-voie-de-disparition.html

http://etsionenparlait.blog.tdg.ch/archive/2010/03/04/les-carottes-sont-cuites-quel-gachis.html

Et pour répondre à Lulu, au sujet des directeurs d’établissement :

http://etsionenparlait.blog.tdg.ch/archive/2010/03/23/poker-menteur-au-dip.html

Écrit par : André Duval | 02/05/2010

mais la secondarisation de l'école primaire c'est pas ce que dénonce Duval ?
y a rien de plus beau qu'un lieu commun : "Les extrêmes se rejoignent".
Suis personnellement contre le mercredi matin supplémentaire...... et voterai en conséquence au GC (à moins qu'il ne n'agisse que d'une affaire réglementaire et pas d'un PL LPAC)
p.losio

Écrit par : pierre losio | 02/05/2010

Tout à fait cher rocker! Et je parie que d'ici peu de temps, les candidats à l'enseignement primaire se feront rares. Ils renonceront à se lancer dans ce que devient ce métier,privé de tout ce qui faisait sa beauté. A ce stade, autant pour eux aller enseigner au secondaire!

Écrit par : Duval | 02/05/2010

Les candidats genevois se feront rares, c'est certain... Alors, ils prendront des frontaliers qui seront heureux de faire ce boulot. Ils gagneront plus du double, si ce n'est pas plus.

Il faudra faire des formations continues pour leur apprendre le "cé qué l'aino" et les bases de la culture genevoise. Rires !

Écrit par : graber | 03/05/2010

Il n'y a pas de pénurie d'enseignants à Genève dans l'enseignement primaire, au contraire. Probablement grâce à une formation universitaire en quatre ans, dont la valeur est reconnue et qui va perdurer, et à la revalorisation salariale obtenue par le syndicat en 2007.

Écrit par : Olivier Baud | 04/05/2010

Bonsoir Monsieur Baud,

Alors pourquoi est-ce que le DIP engage chaque année des suppléants (et ceci depuis plusieurs années) puisqu'il n'y a pas de pénurie ?

Cordialement,

Jean-Jacques

Écrit par : JJ Mercx | 04/05/2010

Si pénurie il n'y a pas acuellement (hum), elle ne saurait tarder...la profession d'instituteur est en pleine mutation (malheureusement) et perd tout ce qui faisait sa beauté, le statut de généraliste (est-ce là "une formation universitaire en quatre ans, dont la valeur est reconnue"?). Les étudiants s'en rendront bientôt compte et en tireront les conséquences. Si les enseignants primaires ne sont plus que des profs de français, de math et d'allemand, à quoi bon opter pour le primaire....plutôt aller au cycle.

Écrit par : duval | 05/05/2010

Ne nous plaignons pas trop de notre école genevoise! Elle loin de "valoir" l'espagnole...

Déclaration de Mme Marie Jesús Montero, Responsable du département de la Santé au gouvernement de l'Andalousie:
"La sexualité n'est pas seulement la pénétration par le vagin, l'anus ou la bouche. C'est la capacité de jouir de notre corps, du corps de l'autre personne, du même sexe ou d'un sexe différent ... "

Ainsi, cette dame déclare l'orgasme obligatoire pour les gamines; en outre, une grosse somme est dépensée pour la levée topographique de la carte du clitoris (sic); dans les plans d'étude de l'école primaire, les Ateliers de Masturbation; et dans l'Éducation pour la Citoyenneté, l'apologie de l'homosexualité. Et dans le programme de l'Égalité, en disant que c'est égal d'entrer par derrière comme par-devant, avec un mâle ou avec une femelle indifféremment.

Écrit par : Hakim | 05/05/2010

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