13/11/2011

IouuUFffffE!

Des profs du primaire qui formeraient les futurs enseignants secondaires ? Vous n’y pensez pas ! Que pourraient bien apprendre les instits aux Maîtres ? Il est vrai que l’IUFE (institut universitaire de formation des enseignants) peine à convaincre mais il ne tomberait pas si bas. Il ne faut pas mélanger les serviettes et les torchons. Pourtant, des étudiants, sondés par leur association professionnelle, ont cru déceler des contenus de cours inadéquats en rapport avec le fait que certains formateurs n’étaient pas de vrais enseignants secondaires (« Dans le questionnaire, on mentionne aussi que 10 à 15% des cours ne sont pas adéquats. On se demande notamment pourquoi certains professeurs issus du primaire forment de futurs enseignants destinés au secondaire. » TG du 12 nov. 2011).

Heureusement, le directeur de l’IUFE, Bernard Schneuwly, dément. Ouf ! IUFE ! Youpi ! On respire. On sent qu’on a frôlé le pire. La main gauche peut continuer à ignorer ce que fait la droite. Le CO forme en trois ans les élèves, les prépare brillamment aux tests PISA (destinés aux élèves de 15 ans, faut-il le rappeler) et tout va pour le mieux, non ? En quoi d’ailleurs les huit années qui précèdent joueraient-elles un rôle ? La cohérence du cursus de l’élève durant les onze années de l’école obligatoire, vantée depuis des lustres, doit relever du fantasme…

Toutefois, avec une certaine malice et lucidité, M. Schneuwly relève « qu’avec le nouveau plan d’études romand (PER), il n’est pas absurde que les enseignants du secondaire connaissent ce qui se fait avant. » On aura compris que ce n’était pas le cas auparavant, alors que rien ne l’empêchait. Le PER, introduit à la rentrée 2011, et qui concerne les 11 premières années d’école, fera-t-il finalement évoluer les mentalités et arrivera-t-il à faire en sorte que l’intérêt des élèves soit pris en compte ?

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05/11/2011

Noter les profs ?

L’évaluation des professeurs par leurs étudiants, aussi inefficace et peu suivie d’effets soit-elle, est régulièrement relancée. Déjà plus ou moins obligatoire dans certaines universités et autres HES, elle vient d’être imposée à Genève (voir Le Courrrier du 4 nov. 2011 : Tous les enseignements de l’UNIGE seront passés au crible). La scolarité obligatoire est-elle à l’abri de cette tendance ?
Vous êtes-vous déjà préoccupé de vérifier si le questionnaire que vous avez rempli à la fin de votre séjour était pris en considération par la direction de l’hôtel ? Probablement pas ; cet exercice vous avait distrait en vacances, donné l’impression fugace que votre avis comptait et que vos suggestions allaient améliorer le sort des touristes suivants. Vous vous êtes acquitté de cette petite tâche bénévolement, sans attendre le moindre remerciement. D’ailleurs, ça tombe bien, parce que jamais aucun retour, malgré l’adresse courriel que vous aviez fournie, ne vous a été fait… Il en va ainsi sûrement de même pour les étudiants qui retournent leurs fiches complétées à la fin des cours et ne voient jamais le moindre changement, ni ne sont informés d’une velléité de procéder à un quelconque ajustement.
Vers le salaire au mérite ?
Certains profs, ainsi que le contenu de leur enseignement, semblent immuables… Tant mieux ou tant pis, c’est selon, mais si l’opinion des enseignés importe en fin de compte si peu, autant abandonner une pratique vaine. C’est toutefois plutôt au contraire que nous assistons. Il faut dire que l’insistance pour systématiser l’évaluation des profs par leurs étudiants, et prendre véritablement en compte des résultats, peut avoir pour principale motivation l’instauration d’une forme de salaire au mérite. Ainsi, en France, la ministre de l’enseignement supérieur de l’époque, Valérie Pécresse, ne s’inquiétait pas de savoir pourquoi cette évaluation, pourtant obligatoire depuis 1997 (réforme Bayrou), n’était pas appliquée, mais revenait il y a trois ans à la charge car elle estimait que, notamment sur la base des appréciations des étudiants, il revenait à l’université non seulement d’établir une grille de critères pour le traitement salarial mais aussi « d’avoir un conseil d’administration stratège et de définir sa politique de primes » (Le Figaro, 22 oct. 2008). L’iniquité d’un système de rémunération individualisé, qui varie en fonction de la qualité supposée des prestations fournies, est patente mais il faudrait, pour appliquer cette méthode contestée, rajouter une modalité contestable. Peut-on réellement faire dépendre le salaire ou la carrière d’un professeur de la note attribuée par un étudiant plus ou moins bien luné ? Cette dérive inquiétante constituerait par ailleurs un drôle d’aveu de faiblesse de la part de l’institution qui reconnaîtrait son incapacité à évaluer les personnes qu’elle engage et entendrait laisser aux « clients » le soin de gérer en partie l’avenir du personnel.
Perdre sa vie à la noter, à comparer…
Il est certes difficile d’imaginer que des élèves mineurs, qu’ils aient quatre ou quinze ans, puissent noter leurs maîtres. Sauf à vouloir démontrer l’absurdité de la frénésie autour des notes – rien de plus facile que d’attribuer des points aux joueurs d’une équipe de foot à l’issue d’un match, d’évaluer un vin, de noter des pots de yoghourt, de comparer le jambon cru espagnol et italien, de classer un produit quelconque, une voiture, un ordinateur par rapport à ses concurrents, etc. et qu’importe l’échelle utilisée, sur 10, 20 ou 100, le consommateur lambda, aussi peu averti soit-il, la comprendra immédiatement – l’école publique n’a pas grand-chose à gagner en cédant à cette supercherie qui consiste à occuper la population entière en lui faisant croire qu’elle participe alors qu’elle subit pour l’essentiel. Cependant, dans une société telle que la nôtre où la consommation est reine, il n’est pas étonnant que le pendant des choix presque illimités (il suffit de songer à l’offre pléthorique pour un objet aussi banal qu’un téléphone, par exemple) soit le besoin presque compulsif de connaître le degré de satisfaction des consommateurs. Mais si les lois du marché et de la concurrence arrivent assez subtilement à autant tenir compte des goûts des personnes qu’à les dicter – ce qui n’est guère rassurant à contempler le monde actuel – il n’y a aucune raison pour que cette mainmise de l’économie dégouline sur le secteur de la formation.

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