04/03/2012

Le mercredi matin n’est pas un trou à boucher

nonaumercredi.jpgC’est un peu l’histoire du type qui tourne autour d’un réverbère. C’est la nuit, un passant s’inquiète. « J’ai perdu mes clés. » L’autre propose son aide et après avoir longtemps scruté le sol en vain, s’étonne quand même. « Mais enfin, où les avez-vous perdues exactement ? – Là-bas, de l’autre côté de la rue. – Vous vous fichez de moi, pourquoi chercher ici alors ? – Qu’est-ce que vous voulez, ici, c’est tellement mieux éclairé ! »

A Genève, on voudrait rajouter des heures au primaire. Or, s’il fallait vraiment trouver un déficit de temps d’enseignement sur la scolarité obligatoire c’est du côté du Cycle d’orientation (CO) qu'il faudrait regarder et corriger (en admettant qu’on veuille absolument que nos élèves soient ceux qui passent le plus de temps à l’école, et dépasser le Valais qui est le seul canton romand à nous devancer d’une courte tête). Au CO, le département de l’instruction publique (DIP) a réussi à faire injecter plus de 30 millions : 10 millions au minimum par degré pour engager des profs supplémentaires, sans augmenter d’une seule minute le temps d’enseignement. Au primaire, c’est le contraire. Augmentation massive des heures sur 4 degrés (5-6-7-8) sans aucun poste supplémentaire pour y faire baisser les effectifs de classe et améliorer les conditions d’enseignement.

Le Rapport sur l’éducation en Suisse 2010 (p. 72) avait déjà montré que l’enseignement secondaire 1 à Genève était celui qui avait le moins d’heures du pays (seul Nidwald faisait moins bien) et celui pour lequel l’Etat dépensait le plus. J’avais d’ailleurs écrit en mai 2010 une lettre fort claire à ce propos au parlement genevois (voir extrait ci-dessous). Le DIP avait quand même, au tout début de la pré-consultation, confirmé que le CO était concerné par la problématique de l’horaire scolaire en lien avec les objectifs du plan d’études romand (PER). Avant de se rétracter et d’avoir cette phrase merveilleuse : il faudrait certes rajouter des heures au CO mais ce n’est pas possible car il travaille déjà le mercredi matin, ce qui n’est pas le cas du primaire… Et comment font les autres cantons qui passent à 33 périodes hebdomadaires au CO ? Conclusion : le primaire n’a pas besoin d’heures en plus car il en a déjà suffisamment (cf. tableau du SER), et ce n’est pas parce qu’il y a un trou horaire disponible qu’il faut le combler…

Extrait de la lettre du 17 mai 2010 adressée aux députés :
1. Temps d’enseignement
Primaire: Genève (GE) est très proche de la moyenne suisse ; 12 cantons ont moins d’heures d’enseignement que notre canton (JU-TG-SH-BE-ZH-NW-UR-ZG-LU-SO-AG-BS).
Secondaire 1: Le CO genevois est avant-dernier ; seul un canton (NW) compte moins d’heures que GE.
2. Dépenses publiques par élève
Primaire: GE est à la traîne (antépénultième, seuls le TI et le VS font moins bien) ; 23 cantons consacrent donc davantage de ressources que GE au primaire !
Secondaire 1: Le CO genevois dépasse de plus de 5'000.- CHF le coût moyen de l’élève en Suisse ; GE est le canton qui dépense le plus pour le secondaire 1.

12:30 Publié dans Ecole genevoise | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook

Commentaires

Et oui, quand on prend le temps d'approfondir, les chiffres parlent d'eux-mêmes.
Ce qui est vraiment choquant est la désinformation de Monsieur C.Beer.
Je crains que son égo ait pris le dessus sur ses connaissances de la pédagogie enfantine et des chiffres liés à l'école en Suisse.

Écrit par : Lulu Berlue | 04/03/2012

Ce qui est étonnant, c'est que le DIP croie que l'école publique doit détenir le monopole de l'enseignement de nos enfants. Il doit donner certes une base mais la vie et les événements de l'existence forment aussi énormément la jeunesse. L'instruction au-delà de l'école publique apporte des éléments que les conditions de celle-ci ne peuvent pas procurer.
Pour les enfants non scolaires, ce n'est pas l'école qui donne confiance aux enfants; ils la trouveront dans certaines activités extrascolaires.
Il faut aussi tenir compte que certaines activités professionnelles se développent mieux dans des lieux d'enseignements ad hoc. Par conséquent, l'école - avec les devoirs - doit laisser un espace correct pour des potentiels qu'elle ne couvre pas.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 04/03/2012

"Ce qui est étonnant, c'est que le DIP croie que l'école publique doit détenir le monopole de l'enseignement de nos enfants."

Exactement! C'est aux parents de décider de l'éducation de leurs enfants, et une formation équilibrée passe aussi par les choix parentaux. Le sport à l'école, ce sont des clopinettes si les après-midi ne sont pas libérés comme en Finlande. Un jour entier au milieu de la semaine n'est pas de trop pour organiser la vie des enfants. Le résultat va-t-il dépendre du rapport entre les parents qui prennent en charge l'éducation de leurs enfants et ceux qui ont besoin d'une garderie?

Écrit par : Johann | 04/03/2012

Il me semble que vous accommodez les chiffres comme il vous sied. Les chiffres du SRED son bien différents:

http://www.ge.ch/recherche-education/doc/publications/notesinfo/notes-sred-49.pdf

Vous citez le SER, dont le SPG est la seule membre sur Genève. De plus, les données se trouvent sur le site du non au mercredi matin, les incluant dans des tableaux sans des données qui pourraient nous permettre de comparer.
En outre, les chiffres du SER ont un parti pris intéressant: prendre en compte le temps d'accueil (facultatif) dans le calcul du temps scolaire, comparer les deux premières années enfantines alors que les données sont incomparables intercantonalement (IRDP, statistiques romandes, et SRED refusent de le faire car statistiquement c'est discutable), supprimer les heures de religions (on aime ou on n'aime pas mais ces heures sont là).
Alors dire que le primaire a suffisamment d'heures en comparaison suisse repose sur des affirmations quelque peu cavalières.
Finalement, vous déclenchez des contre-feux sur le secondaire, car vous savez que les gens peuvent très bien voir les avantages du mercredi matin. Plus de moyens humains (180 postes d'enseignants), financiers (20 millions de plus pour l'école), et de temps (mercredi matin)pour l'école, c'est une réalité. Je respecte votre position mais je crois que vous vous trompez de combat. Je crois comme vous en l'école républicaine, je crois en nos enseignant-e-s, donc je dirai OUI au mercredi matin. Refuser tout cela en vue d'un hypothétique plan B qui n'est pas faisable à l'heure actuelle est bien téméraire.

Écrit par : Mercredi Matin | 05/03/2012

L'IRDP ne fait que reprendre les chiffres fournis par les départements de la Suisse romande et du Tessin ; il ne les cautionne pas. Chaque département peut avoir sa propre manière de calculer. L'école est obligatoire à 4 ans maintenant, c'est un des seul véritables effets d'Harmos ; pourquoi ne faudrait-il pas en tenir compte ? Le SRED dépend du DIP genevois. Seul le SER qui regroupe toutes les associations romandes représentatives de l'enseignement primaire est à même d'avoir une vue objective de l'ensemble. Le rapport sur l'éducation en Suisse 2010 qui tire certaines de ses sources de l'OFS n'est pas négligeable non plus... Etc.
Je ne suis pas fataliste et ne comprendrai jamais qu'un chef de département dise qu'il n'a pas de plan B. Si le référendum l'emporte, il y aura des solutions. Mais c'est vrai que de toute façon, même si la loi passe, Charles Beer ne sera plus vraiment là pour la faire appliquer...

Écrit par : Olivier Baud | 05/03/2012

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