13/03/2013

Vers la mort des camps de ski

La volonté du DIP de privatiser le service de location de skis est scandaleuse. Ces économies de raclures de fart ne soulèvent hélas pas le même émoi que lorsque la suppression du SRED a été envisagée par des députés de la commission des finances. Pourtant, c’est clairement la fin des camps de ski qui est programmée avec une telle décision. Actuellement, les élèves peuvent louer un équipement complet pour 26 francs (12 francs les skis et bâtons, 12 francs les chaussures et 2 francs le casque). Demain, si le DIP trouve repreneur (il faut souhaiter que non), les prix grimperont en flèche.

Or, il faut savoir que pour organiser son camp de ski, l’enseignant primaire ne peut demander que 180 francs aux parents. Mais les coûts sont déjà bien plus importants : 135 francs pour l’hébergement et la nourriture, 90 francs en moyenne pour l’abonnement de ski, soit 225 francs au total. Ce qui fait que le prof doit déjà « trouver » les 45 francs manquants par élève. La location vient en sus et comme l’immense majorité des élèves loue ses skis, c’est en fait 206 francs que les parents doivent débourser (180 + 26). 2012 camp de ski Morgins 210 (Petit).JPGMême si la somme peut paraître modeste pour une semaine de ski en chalet à la montagne, nombre de parents expriment leurs difficultés à sortir cette somme et font une demande d’aide financière, accordée en général à hauteur de 75 francs. Dans ce contexte, il n’est pas toujours évident pour les enseignants de récolter les sommes dues. Quand le prix de la location aura explosé, il y a fort à parier que parents et enseignants renonceront de plus en plus souvent  aux camps de ski.

Pour un canton comme Genève, encourager l’organisation d’une semaine de sports d’hiver pour les classes primaires, loin du smog, devrait être une priorité. La découverte de la montagne en hiver et l’apprentissage d’un sport où tous les élèves progressent de manière impressionnante en 5 jours constituent un programme essentiel dont chaque enfant devrait pouvoir bénéficier durant son parcours scolaire. Il est du devoir du département de l’instruction publique, de la culture et du sport (DIP) de promouvoir ces camps. S’il réalise l’externalisation du service de location de skis, il les tuera.

15:38 Publié dans Ecole et société, Ecole genevoise | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook

Commentaires

Si l'enseignement se veut public il doit être républicain, c'est à dire comporter une part de solidarité.

Les camps de ski comme toutes les manifestations qui permettent un important brassage social, pépinière de démocrates à venir, ne doit pas être entravé par des questions bassement matérielles.

Il est juste de solliciter un peu plus les parents aux revenus les plus importants pour, par solidarité, co-financer ceux qui sont défavorisés.

Il est aussi envisageable que l'Etat subventionne les parents les moins argentés et pas du tout ceux qui ont des niveaux de revenus supérieurs.

La mesure que vous dénoncez, à juste titre, va totalement à l'encontre du concept d'apprentissage du contrat social dès le plus jeune âge.

Cette décision ne fait que refléter l'état d'esprit de certains cadres ou dirigeants politiques du DIP, et de ses satellites, qui se revendiquent de gauche mais dont les actions démontrent qu'au mieux ils sont à gauche du PDC mais autant à droite que le PLR sur les questions de cohésion sociale.

Je suis suffisamment opposé à vous sur d'autres plans pour ne pas être suspecté de vous flagorner ici.

républicainement vôtre,
Patrick Dimier

Écrit par : Patrick Dimier | 13/03/2013

Défendre les camps de ski est une noble et juste cause !Bravo !
S’initier au ski est, non seulement, précieux pour le développement des enfants, mais encore ce sport joue un rôle important dans le tourisme et l’économique suisse.
Evidemment, il n’est pas sûr que le magistrat en charge de l’éducation soit très sensible aux questions financières et même à l’épanouissement des enfants…
Donc, vous avez raison, il faut passer au crible tous les éléments. Maintenant, pour les élèves très nécessiteux des mesures pourraient être prises pour maintenir les camps de ski.
Quant à la fermeture du SRED (Service de recherche en éducation, envisagée par mesure d’économie, j’ai écrit un billet sous :
http://micheleroullet.blog.tdg.ch/archive/2013/03/06/monsieur-beer-defend-le-sred.html

Écrit par : Michèle Roullet | 13/03/2013

Comme vous y allez !
Donc, si je vous ai bien compris, la suppression d'un service interne de location de skis engendrerait la suppression des camps ?!
A mon avis c'est un raccourci un peu facile.
En premier lieu je suis sidéré d'apprendre que l'Etat propose un tel service.
ça doit être un sacré souk avec du matériel vieux comme Mathusalem, des godasses bourrées de mildew et des fixations grippées.
Qui vous dit qu'un service externalisé ne permet pas au contraire des économies pour un matériel de pointe qui optimisera la jouissance et donc l'engouement des élèves pour ce sport ?
Le DiP peut obtenir des forfaits importants auprès des prestataires par le volume.
Et puis, si tout le monde défend son pré carré, et bien les pauvres commissaires aux finances ne trouveront plus où raboter. Et raboter il faudra, que vous le vouliez ou non.

Écrit par : Pierre Jenni | 13/03/2013

@Pierre Jenni : vous vous trompez sur toute la ligne. Le matériel proposé est moderne, récent et d'excellente qualité. L'atelier est bien équipé et le personnel très compétent. Si un privé reprend ce service il n'aura pas d'autre choix que d'augmenter drastiquement les prix ou de ne pas renouveler ni entretenir le matériel. Et comme de moins en moins de classes seront intéressées, il pourra fermer assez vite. La seule chance pour le maintien des camps de ski, c'est qu'effectivement personne ne soit intéressé à reprendre ce service.

Écrit par : Olivier Baud | 14/03/2013

Bon, très honnêtement je ne me rends pas compte de l'ampleur et de l'importance de ce service.
Je trace des pistes, pose des questions.
Mais si effectivement ce service propose du matériel moderne, récent et d'excellente qualité pour un potentiel de 700'000 élèves dans le canton alors je n'ose pas imaginer combien ça coûte et le gaspillage que ça doit représenter.
Peut-être serait-ce une bonne idée d'en dire un peu plus pour qu'on puisse s'exprimer en connaissance de cause. Qu'en pensez-vous ?

Écrit par : Pierre Jenni | 14/03/2013

Et voila, lorsqu'un service public propose un service à un prix modeste aux citoyens, il s'agit de gaspillage.

Quand le logement genevois disfonctionne et conduit à ponctionner une part de revenu toujours plus grand de tous les habitants, il s'agit d'une économie de marché efficace.

Ai-je bien appris ma leçon ? Puis-je devenir membre du PLR ?

Écrit par : Djinus | 14/03/2013

@P. Jenni : Il n'y a pas 700 000 élèves dans le canton mais plutôt 70 000 (33 000 au primaire, 13 000 au CO et 23 000 dans les filières du PO + les élèves de l'enseignement spécialisé). Au primaire, seules les classes des degrés 6, 7 et 8P sont concernées par les camps de ski, soit environ 600 classes ou 13 000 élèves. Toutes les classes ne partent pas en camp et celles qui organisent un séjour de 5 jours ne font pas toutes un camp de ski. Il faut demander au SLJ les statistiques. Quoi qu'il en soit, l'Etat devrait investir dans ces classes multicolores - par exemple en devenant propriétaire de chalets, comme le font certaines communes genevoises - mais c'est plutôt le contraire qui se passe ces dernières années. L'organisation d'un camp est une tâche lourde, un investissement important en temps, une responsabilité hors du commun, mais nombre d'enseignant-e-s le font encore volontiers, sans compter leurs heures. Il ne faudrait toutefois pas, pour le bien des élèves, que les tracasseries, les complications hélas croissantes finissent par décourager tout le monde.

Écrit par : Olivier Baud | 15/03/2013

Le ski est un sport cher. Quelle famille peut se permettre de payer une location d'une semaine à la montagne en période hivernale, un abonnement par personne et la location du matériel ? C'est pourtant ce que propose actuellement l'école primaire à nos enfants pour une somme de 200 francs. Sauvegardons ce dernier espace afin de pouvoir initier des enfants qui n'en auraient pas l'occasion autrement.
Si je skie à l'heure actuelle, c'est grâce aux camps de ski que j'ai pu vivre. Et je souhaite ce plaisir à la nouvelle génération.

Christophe Blandin
www.ame-ge.ch

Écrit par : Christophe Blandin | 21/03/2013

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