10/01/2016

L’élève primaire ne vaut pas cher…

dessin-danger-fermeture.jpgL’élève au primaire ne coûte en moyenne que le 63% d’un élève du cycle d’orientation (CO). Cette différence, calculée sur les douze dernières années, s’explique en partie par le fait que les enseignants du CO sont mieux payés (classe 20) que leurs collègues du primaire et ont un temps d’enseignement inférieur. Un temps plein au CO correspond à 22 périodes d’enseignement de 45 minutes (= 16h30) contre 28,9 périodes au primaire (= 21h40). Les instituteurs étaient en classe salariale 16 jusqu’à la rentrée scolaire 2007. A partir de cette date, ils ont été réévalués et sont passés en classe 18.

C’est là qu’il y a quelque chose d’étrange. Car si la différence de coût entre l’élève du primaire et du CO se réduit naturellement en 2007 et 2008 (coût à 70% et 68%), grâce à la revalorisation salariale dont bénéficient les maîtres, on s’aperçoit que tout revient « à la normale » dès 2009 (l’élève primaire ne vaut à nouveau plus que 60% de l’élève du CO). Comme si un phénomène inexplicable veillait à maintenir cette différence, même si un paramètre d’importance tel que celui des salaires est modifié. Les élèves auraient-ils finalement payé la revalorisation de leurs profs ?

Autre constat étonnant : à la rentrée 2014, le mercredi matin d’école a été ajouté au primaire, impliquant l’engagement de quelque 120 postes supplémentaires (et donc un coût nouveau conséquent). Or, la différence du coût de l’élève entre 2013 et 2014 se monte à… 1 franc ! Même si ces postes nouveaux ne sont comptabilisés que de septembre à décembre 2014 (4 mois, soit un tiers de l’année quand même), il est plutôt bizarre que cela n’apparaisse pas du tout dans le résultat. C’est un peu comme si cette introduction du mercredi matin s’était faite à coût constant, occasionnant donc de sérieuses économies ailleurs, sans que l’on sache vraiment où les coupes ont été réalisées. Sûrement pas que sur les gommes et les crayons…

Dernier constat : entre 2003 et 2014, le coût de l’élève primaire a augmenté de 1835 francs ; celui du CO de près du double. Les écarts auraient-ils tendance à se creuser, contre toute logique ?

Coût de l’élève au primaire (EP) et au CO, en francs

Année

EP

CO

EP/CO en %

2003

13941

22174

63 %

2004

13739

21708

63 %

2005

13389

21540

62 %

2006

13708

21118

65 %

2007

14806

21104

70 %

2008

15064

22224

68 %

2009

15432

25594

60 %

2010

15404

25266

61 %

2011

15718

25783

61 %

2012

15928

25834

62 %

2013

15775

26369

60 %

2014

15776

25687

61 %

Dif. 12 ans

+ 1835

+ 3513

52 %

Moyenne

14890

23700

63 %

 (source : dossiers de presse rentrées scolaires 2004-2015 – DIP)

 

19:23 Publié dans Ecole genevoise | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

03/01/2016

Obliger les directeurs à enseigner est absurde

direction1.jpgLes directeurs d’établissement (Dir-E) de l’enseignement primaire devront-ils consacrer une partie de leur temps à enseigner dès janvier 2016 ? Si la nouvelle loi sur l’instruction publique (LIP) est censée entrer en vigueur au début de cette nouvelle année, nous verrons bien si la seule modification obtenue par la majorité du Grand Conseil – après des mois de travaux en commission – se traduira de manière concrète. Sur la forme, les directeurs ont raison de faire recours, car cet ajout d’un nouvel article dans la loi modifie leur cahier des charges sans qu’il y ait eu de vraie consultation, sans avoir suivi la voie habituelle, et contre l’avis de l’employeur (le Conseil d’Etat). Sur le fond, la modification est plutôt floue : « Les directeurs d’établissement consacrent une partie de leur temps de travail à l’enseignement. » (art. 59). Combien de temps ? À enseigner qui ? Etc. On le voit, cette injonction peut être interprétée très diversement et sera difficile à réglementer. Elle apparaît ainsi comme un prétexte pour les pourfendeurs de l’école publique qui, jamais satisfaits, pourront poursuivre demain leur combat en dénonçant l’inaction du DIP qui n’appliquerait pas les décisions.

Mais, ce qui est étrange, c’est de découvrir le plaidoyer de Marco Polli (journal Le Courrier du 30 décembre 2015) en faveur des « tâches d’assistance pédagogique » que devraient dispenser les Dir-E. Ce retraité de l’enseignement post-obligatoire (PO) soutient que « l’obligation d’assurer un peu d’enseignement (…) n’est pas du tout absurde en soi ». Il donne ensuite l’exemple de directeurs du secondaire qui « assurent de leur propre initiative » quelques heures d’enseignement. Je ne sais pas si cette réalité du siècle passé, du temps où M. Polli était actif, se vérifie toujours. Mais cela démontre surtout que s’il y a quelque chose d’absurde, c’est de rendre cette tâche obligatoire. Probablement que si les directeurs du secondaire se voyaient imposer des tâches d’enseignement, ils réagiraient comme leurs collègues du primaire.

Pour ma part, je n’ai jamais constaté d’opposition à ce qu’un directeur, qu’il soit du primaire ou du secondaire, assume des activités d’enseignement. Mais cela ne peut être imposé. Et il faut que les conditions le permettent. Personnellement, lorsque j’ai repris l’enseignement en 2010, le Dir-E de mon école prenait en charge un atelier de sciences, apportant bien sûr son expérience, mais autorisant aussi, en tant que force supplémentaire, une meilleure répartition des élèves, davantage de groupes, et donc un travail plus efficace avec des effectifs moindres. Et tout le monde en tirait bénéfice. Aujourd’hui cela n’est plus possible. L’établissement, à l’instar de beaucoup d’autres, compte désormais près de 700 élèves (il a plus que doublé), a atteint la taille d’un cycle d’orientation (CO), mais les postes administratifs restent portion congrue – rien de comparable avec un CO. De cela, bien sûr, M. Polli ne touche mot. Que les directions d’établissements primaires aient été drastiquement réduites, qu’elles soient passées, en huit ans, de 94 à 58, n’entre pas en ligne de compte. A sa décharge, depuis le temps qu’il est éloigné de l’école, il est tout à fait possible qu’il l’ignore. Il confond par ailleurs allégrement les « entretiens de service » et ceux « d’évaluation et de développement du personnel », deux types d’entretiens opposés par essence et qui, contrairement à ce qu’il allègue, sont parfaitement définis. Bref, si l’ancien président du syndicat du PO n’aligne pas que des âneries dans son billet, force est de constater que son propos, celui d’un enseignant retraité du secondaire II qui, selon toute vraisemblance, méconnaît l’école genevoise actuelle, se révèle très approximatif. Et ne peut que fausser le débat que M. Polli appelle pourtant de ses vœux.

15:51 Publié dans Ecole genevoise | Lien permanent | Commentaires (20) | |  Facebook