08/03/2018

La droite se moque des jeunes

Cinécivic pigeon.PNGLe PLR, le MCG et l’UDC se sont acharnés pour saboter la loi sur l’enfance et la jeunesse. Le texte avait pourtant occupé la commission de l’enseignement durant 22 séances, occasionné 18 auditions, et recueilli in fine l’unanimité. Mais, en plénière le 1er mars, la droite, à quatre reprises, a demandé le renvoi du projet de loi en commission. Cette manœuvre dilatoire a raté. Toutefois, par esprit de revanche, le MCG, avec l’appui du PLR et de l’UDC, a réussi à faire supprimer le conseil de la jeunesse.

La participation des enfants et des jeunes mise à mal

Le canton avait besoin d’une nouvelle loi sur l’enfance et la jeunesse et il l’a. En effet, l’ancienne loi était obsolète et une refonte totale s’imposait. Une des missions du DIP concerne l’accompagnement et la protection des enfants et des mineurs et il était nécessaire d’ancrer dans une base légale des prestations qui sont délivrées par exemple par l’Office de l’enfance et de la jeunesse (OEJ) et par l’Office médico-pédagogique (OMP). La loi voulait aussi encourager les activités permettant l’apprentissage de l’indépendance, de l’autonomie et de la responsabilité afin que les enfants et le les jeunes puissent s’intégrer socialement, culturellement et civiquement. Une des nouveautés proposées, au chapitre « encouragement », était donc ce conseil de la jeunesse, qui a été rejeté sans vrai motif si ce n’est celui de mettre son empreinte sur une loi en la dégradant.

Un organe représentatif de la diversité et des besoins des jeunes n’existe pas

L’UDC avait déjà sévi en ridiculisant la nouvelle LIP avec l’introduction d’un article obligeant les directeurs/trices d’école à enseigner. Aujourd’hui, c’est le MCG qui prend la relève et s’assied sur l’avis des jeunes. En effet, tant le Parlement des jeunes Genevois (PLJ) que le groupe de liaison genevois des associations de jeunesse (GLAJ) soutenaient la création d’un conseil de la jeunesse. Il aurait permis aux jeunes du canton d’être représentés véritablement et de faire entendre leurs voix sur des sujets ou propositions qui leur tiennent à cœur, en interpellant directement le Grand Conseil ou le Conseil d’Etat, ou les exécutifs communaux. En aucune manière cette nouvelle instance participative aurait fait doublon avec celles qui existent. Au contraire, elle venait combler un manque. Biffer le conseil de la jeunesse, que le département de l’instruction publique (DIP) souhaitait mettre en place à l’instar de ce qui existe dans les autres cantons romands, est injustifiable. Mais ce rejet révèle quand même la crainte irrationnelle des partis de droite de voir ces jeunes se faire instrumentaliser par les partis de gauche. La peur d’une politisation d’une partie de la jeunesse relève cependant de fantasmes tels que l’idée que tous les enseignants voteraient à gauche ou que le DIP serait forcément du même bord…

Il faudra revenir à la charge…

Au final, la loi a été acceptée par 74 voix contre 2 et 9 abstentions. L’essentiel reste sûrement de pouvoir disposer d’une loi sur l’enfance et la jeunesse réactualisée, et donc d’avoir pu éviter qu’elle soit renvoyée aux calendes grecques. Mais à l’heure où des efforts sont faits pour encourager la participation des jeunes, par exemple en les incitant à utiliser leur droit de vote (CinéCivic), il est lamentable que le coup de force de la droite porte sur celles et ceux qui, justement ne peuvent pas toujours donner leur avis. La nouvelle loi, qui remplace celle de 1958, devra donc être bientôt modifiée… par le prochain parlement.

 

19:07 Publié dans Ecole et société, Education, Formation, Politique | Lien permanent | Commentaires (14) | |  Facebook

Commentaires

Dites-nous, finalement ces directeurs, ils enseignent ou pas ?

Écrit par : Pierre Jenni | 08/03/2018

Avec l'introduction des directeurs (Dir-E) en 2008, nombre d'entre eux enseignaient volontairement, parce qu'ils assuraient une hiérarchie de proximité et avaient à cœur de garder une activité concrète en lien avec la réalité du terrain. Depuis que leur nombre a été réduit drastiquement et qu'ils doivent gérer des établissements de la taille de cycles d'orientation (700 élèves sur 3 sites par exemple), les Dir-E n'ont plus le temps de s'investir correctement dans une activité d'enseignement. La modification de la LIP était donc ridicule, outre le fait qu'elle n'avait rien à faire là. Alors, bien sûr, formellement, pour respecter la loi, chaque Dir-E peut indiquer dans son horaire une période hebdomadaire d'enseignement... qui sautera chaque fois qu'il sera appelé à une tâche plus prioritaire... Tout cela n'a donc aucun sens, n'apporte aucune plus-value, etc.

Écrit par : Olivier Baud | 08/03/2018

Voulez-vous que je vous parle des non sens de la Lex Uber qui a mis toutes les entreprises de taxis de la place en situation de dépôt de bilan ?
J'aimerais avoir le pouvoir d'un haut fonctionnaire d'Etat qui peut simplement contourner une obligation légale sans être inquiété.

Écrit par : Pierre Jenni | 08/03/2018

Votre commentaire n'avait pas vraiment de rapport avec mon billet. Je vous ai néanmoins répondu aimablement et honnêtement. Si maintenant vous nourrissez des idées de vengeance à l'égard des fonctionnaires - alors qu'en tant que membre du comité du Cartel intersyndical j'ai soutenu votre mouvement et les revendications des taxis en général - je trouve cela regrettable. Je crois aussi que vous vous fourvoyez. Les Dir-E n'ont rien aucune raison d'être inquiétés : ils s'acquittent de leur tâche au plus près des intérêts de l'Etat et des usagers, et c'est tout à leur honneur. J'espère que le jour où ils feront grève pour dénoncer leurs conditions de travail, vous les soutiendrez...

Écrit par : Olivier Baud | 08/03/2018

Je peine à voir quels mots pourraient suggérer que je "nourris des idées de vengeance" à l'égard de quiconque. J'observe simplement que certains peuvent désobéir impunément.

Écrit par : Pierre Jenni | 08/03/2018

Les Dir-E ne désobéissent pas. Ils respectent la loi, c'est ce que je vous ai répondu en premier lieu. Mais que dit la loi C 1 10 (LIP), justement, à l'article 59 incriminé ? "Les directeurs d’établissement consacrent une partie de leur temps de travail à l’enseignement." Une partie de leur temps... Et c'est ce qu'ils font ! Je dis simplement que cela ne sert à rien... Au jeu des questions, personne ne m'a jamais répondu à cette interrogation simple : pourquoi les directeurs du primaire devraient-ils enseigner et pas leurs collègues du CO ? Il est vrai que la réponse et aussi assez simple : il n'existe aucune raison... Pour aller plus loin, lisez l'exposé des motifs de mon projet de loi 11965 (lien : http://ge.ch/grandconseil/data/texte/PL11965.pdf ), refusé bien entendu par la droite...

Écrit par : Olivier Baud | 08/03/2018

En enseignant une partie de son temps à condition de ne pas se moquer du monde et que cette partie en soit une... se retrouver sur le terrain plutôt qu'en trifouillant milliers de notices administratives n'est-ce pas indispensable

(de même que les conseillers communaux qui se contentent de survoler les divers préavis qui leur arrivent sont absolument "hors de la plaque" concernant les citoyens)

Sans vocation qu'apporte un enseignant appelé à devenir directeur d'établissement?

Du MLF, autrefois, nous entendîmes un prof affirmer sans le moindre problème que pour "gagner ma merde"... j'enseigne mais les jeunes j'en ai rien à f..."!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 08/03/2018

Au slogan simpliste "ne laisse pas les vieux flinguer ton avenir", j'ai envie de répondre "décide do ton avenir, ne laisse pas l'état le faire pour toi"

Écrit par : Eastwood | 09/03/2018

"Au slogan simpliste "ne laisse pas les vieux flinguer ton avenir", j'ai envie de répondre "décide do ton avenir, ne laisse pas l'état le faire pour toi""

Un degré de plus dans le simplisme en somme.

Écrit par : Gag | 09/03/2018

@gag

Libre a vous de penser que décider soi même de son avenir est du simplisme. Disons plutôt que c'est une hérésie pour tous ceux qui sont a gauche du PDC.

Écrit par : Eastwood | 09/03/2018

Désolé Olivier, mais tu sais très bien que, non, la plupart des directeurs ne respectent toujours pas la loi et ceci avec la bénédiction de Madame Anne Emery Torracinta.
Ceci est intolérable. Que la loi nous plaise ou pas, quelqu’en soient les raisons, chacun est tenu de la respecter. Et pour le Conseil d’Etat de la faire respecter! En l’occurence, l’attitude de AET est inadmissible.

Écrit par : Duval | 09/03/2018

Je n'ai peut-être pas bien compris les propos de Monsieur Baud, mais il m'avait semblé qu'il suggérait que les directeurs n'avaient tout simplement pas le temps d'enseigner et qu'ils étaient légitimés à violer la loi.

Mon propos consiste à relever le fait que certains semblent pouvoir faire ce que bon leur semble par rapport à la loi, les responsables en premier comme AET qui a bien dû se résigner à entrer en matière contre son gré.

Nous, les taxis, n'avons aucun moyen de résister. Et de toute façon, notre cause n'intéresse pour ainsi dire personne. Jusqu'au jour où nous découvrirons que les taxis ne furent que les premiers d'une longue série de disruptions. Je l'observe avec la presse qui a une grande visibilité et qui s'offusque de son sort. Elle n'a pourtant pas daigné lever un sourcil lorsque nous avons vainement tenté d'expliquer ce que nous subissions.

Écrit par : Pierre Jenni | 09/03/2018

La gauche aussi se moque des jeunes et des autres aussi d'ailleurs!

Écrit par : Dominique Degoumois | 11/03/2018

Enseigner c'est résister! OUI! Mais étudier c'est aussi résister!

Écrit par : Dominique Degoumois | 11/03/2018

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