Salaires « hors classes »... mais pas hors canton : une double iniquité

money-hand_2018.jpgLe Conseil d’Etat conserve la possibilité d’accorder à quelques fonctionnaires de son choix un traitement « hors classes », soit un salaire dont il fixe lui-même le montant ! La majorité de droite du Grand Conseil a refusé le 17 janvier 2020 d’abroger cette disposition prévue par la loi… et l’a assortie de l’obligation de résider dans le canton pour pouvoir en bénéficier. Deux décisions hautement contestables, aux motivations en quelque sorte opposées, mais à corriger !

La grille salariale des fonctionnaires est publique. Le parlement en est le garant, et il ne devrait pas y avoir d’exceptions. En effet, une administration saine, exempte de corruption, ne peut pas laisser planer le doute sur la réelle rétribution des agent.es du service public. Que le Conseil d’Etat, en tant qu’employeur, conserve un blanc-seing pour rétribuer des personnes qui auraient des qualités exceptionnelles, ne semble pas admissible dans notre République. Si cette méthode apparaît davantage digne d’une république bananière, il faut rappeler qu’elle représente une manière de contourner la suppression du 14ème salaire pour les hauts cadres, obtenue il y a quelques années.

Le maintien de l’article 3 (traitements « hors classes ») dans la loi sur les traitements du personnel de l’Etat (B 5 15) consacre une forme d’inégalité de traitement, promeut un salaire au mérite déguisé, tout en instaurant une idée de possible corruption ou déloyauté chez les personnes susceptibles de recevoir un traitement supérieur à celui auquel elles ont droit. En effet, si le Conseil d’Etat justifie de recourir à cette disposition en raison d’un marché concurrentiel, c’est bien que, selon lui, la tentation d’aller voir dans le privé existe, afin de recevoir un salaire plus haut. Si le seul moyen de retenir ces fonctionnaires est l’appât du gain, cela s’accorde mal avec le devoir et les sens du service public attendus de la part du personnel de l’Etat.

Quant à l’obligation de résider dans le canton pour bénéficier de ce traitement augmenté, demandée par le MCG mais soutenue par la droite, elle serait illégale. Cela se vérifiera rapidement. Le seul avantage de cette disposition absurde, si on veut rire jaune, serait de constater qu’elle empêcherait peut-être, sait-on jamais, l’octroi d’un salaire hors grille salariale à quiconque, si tant est que les personnes pressenties n’habitaient pas Genève… A Céligny oui, mais pas à Mies… Paradoxalement, une insanité rendrait une iniquité impossible à réaliser…

Quoi qu’il en soit, et si ces péripéties ne sont pas très glorieuses pour notre parlement, cette obstination à vouloir payer toujours davantage les hauts cadres, à creuser l’écart avec les bas salaires représente encore du plomb dans l’aile du projet SCORE qui prétend rénover le système de rémunération au sein de l’Etat. A croire que le gouvernement n’a pas de vraie volonté de faire aboutir un projet vieux de plus de 10 ans… ou manque un peu de clairvoyance en défendant l’insoutenable !

Commentaires

  • Pas de problème si la démonstration est faite que Genève en est mieux gouvernée (au sens large).

  • - "Le maintien de l’article 3 (traitements « hors classes ») dans la loi sur les traitements du personnel de l’Etat (B 5 15) consacre une forme d’inégalité de traitement"

    Si la parole des "en classes" est d'argent, le silence des "hors classes" est d'or.

    Ou rêveriez vous de la situation inverse, où ... le silence des "en classes" est d'argent, et la parole des "hors classes" est d'or, où les "hors classes" disposent des moyens pour s'assurer du silence des "en classes" ?

    Comment s'assure-t-on ... légalement ... du silence des "en classes" ou des "hors classes", Monsieur Baud ?

    En fait, vous semblez confondre le coût de "l'inégalité de traitement", et le coût de l'absence d'égalité de traitement des "hauts cadres".

    Qu'est-ce qui vous fait croire que le coût d'une égalité des traitements des "hauts cadres" serait moins élevé que le coût de "l'inégalité de traitement" des "hauts cadres" ?

    Ou dit autrement, quelle assurance ont les hauts cadres de ne pas devoir payer des frais d'avocats lorsque des députés francs-tireurs, voire des partis, sont déterminés à les faire parler ?


    - "cette obstination à vouloir payer toujours davantage les hauts cadres"

    Ne confondriez vous pas par hasard "hors classes" et "hauts cadres", Monsieur Baud ?

  • Encore une Genferei supplémentaire...

    Soit le parlement réintroduit l'obligation de domicile, mais pour toute la fonction publique, soit elle laisse les gens s'installer où ils le souhaitent. Bon, loger tout ce monde ça va être difficile...

    Finalement, il est souhaité de "fidéliser" des "hauts-cadres", car c'est d'eux dont il est question réellement, mais... franchement, on ne rentre pas à l'État pour le pognon! on doit avoir un minimum de sens du service public et de vocation d'être au service de la collectivité.

    Si ce n'est que l'argent qui les motivent et bien laissez-les partir dans le privé, il y aura toujours des personnes compétentes pour les remplacer... Ne pas oublier le vieil adage "les cimetières sont pleins de gens irremplaçables".

    Bref, bel édito qui laisse songeur sur le rapport amour-haine de nos édiles avec ses fonctionnaires.

Les commentaires sont fermés.