30/10/2008

Libre choix de l’école et chèque scolaire

En tant que canton urbain, au territoire exigu, Genève peut parier que, même si les parents pouvaient choisir l’établissement scolaire pour leurs enfants, les élèves, du primaire en tout cas, dans leur immense majorité, continueraient à fréquenter l’école la plus proche de leur domicile. Le danger réside bien plus dans l’absurde idée de concurrence qui obligerait les établissements à un travail promotionnel probablement aussi vain, contre-productif, que déconnecté de la réalité – pour ne pas dire mensonger. Choisir ses vacances sur internet peut déjà donner lieu à quelques désillusions cruelles… Mais prévoir que les écoles racolent par le biais de leurs sites en vantant leurs qualités fait frémir. Le palmarès des écoles – sur quels critères ? – ne peut que se révéler néfaste, à moins que l’on pense que tromper sciemment la population soit une nécessité. L’imagination suffit dans ce domaine et il est amusant de voir qu’autant des élèves que des profs du post-obligatoire font des pieds et des mains pour se retrouver au collège Calvin, comme si le prestige du bâtiment lié à son histoire assurait un meilleur enseignement… Le chèque scolaire, lui, ajouterait une difficulté si on le conçoit en même temps que le libre choix. En effet, cette modalité qui consisterait à reverser aux familles le montant de leurs impôts qui aurait été dévolu au budget de l’instruction publique, renforce la conviction que des choix doivent être opérés, que les bons parents s’y attelleront, et l’ouverture sur les écoles privées multipliera les possibilités offertes. Mais un autre écueil guette l’école publique et la cohésion sociale avec les bons d’éducation, celui d’une instruction assurée entièrement par la famille, phénomène déjà observable aux Etats-Unis…

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29/10/2008

L'école privée gagne du terrain...

L’école publique continue à être critiquée, quelles que soient les innovations ou les régressions voulues ou subies. Et, entre les attaques ciblées et les initiatives populaires, entre ceux qui prétendent vouloir la sauver et les autres qui souhaitent sa mort, il n’est pas toujours aisé d’imaginer de quoi demain sera fait et ce qu’il restera du métier d’enseignant. Avec environ 14% d’élèves dans le privé (SRED, 2008), Genève se démarque des autres cantons romands qui connaissent des pourcentages bien plus bas. Ce taux, bien qu’inférieur à la France voisine par exemple, augmente chaque année et les écoles privées ne se gênent pas d’annoncer qu’elles doivent refuser du monde. Nous savons que le statut de ville internationale n’explique pas à lui seul cet état de fait car les établissements privés genevois ne reçoivent pas que des enfants de fonctionnaires internationaux. Il est aussi patent maintenant que le cliché des familles aisées qui seraient les seules à pouvoir se passer de l’école publique est révolu. Des parents avec des revenus modestes inscrivent de plus en plus leurs enfants dans des écoles privées, au prix d’un effort important, et cette tendance ne doit pas être négligée. L’institution scolaire, en tant que service public, est mise en danger si elle n’est plus capable de drainer un pourcentage suffisant d’élèves, une masse critique garante d’une certaine cohésion sociale. Les raisons de cette désaffectation de l’école publique sont nombreuses et variées : cela va des carences supposées ou réelles du système éducatif à la recherche de pédagogies alternatives, en passant par des motifs religieux ou culturels et la crainte des violences scolaires ou du formatage étatique des têtes blondes… Il est clair également que le parent, phénomène de société, adopte davantage que par le passé un comportement de consommateur. Dès lors, la question n’est pas seulement d’analyser ces changements sociétaux mais de savoir comment résister – et jusqu’où faut-il aller pour ne pas tomber dans une attitude par trop défensive ? – face aux encouragements à délaisser ou à dénigrer l’école publique.

 

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24/08/2008

Vivace, la culture de l'échec...

« Les notes ne changent rien » lit-on dans la Tribune du 23 août. Selon les chiffres du département de l’instruction publique, le retour des notes en 2007 (réintroduction des moyennes en fait) n’a pas engendré davantage d’échecs et « seul » un 2% des élèves de sixième primaire (6P) double. Mais il existe d’autres chiffres, soigneusement occultés. En effet, au 1er trimestre de l’année scolaire 2007-08 (novembre), avec le tout nouveau livret scolaire, 8% des élèves de 6P n’étaient pas promus au CO. Au 2ème trimestre (février), il n’y en avait plus que 5%... et en juin, à la fin de l’année, ô merveille, on retombait sur ce fameux 2%, politiquement acceptable semble-t-il. Il faut aussi savoir que le pourcentage d’élèves de 6P qui ne passent pas au cycle d’orientation (CO) n’a jamais fléchi, durant les treize dernières années, mais n’a non plus jamais atteint les 2%. En effet, la moyenne des redoublements de 6P, entre 1995 et 2007, se situe à 1,2%, et le plus haut chiffre est 1,7% (en 2004). Il y a donc bien une augmentation, même si elle est faible, du nombre d’élèves empêchés d’entrer au CO. Ces chiffres donneront lieu à diverses interprétations et il faudra vérifier si la dernière année du primaire devient réellement plus sélective. Mais une chose semble sûre : notes ou pas, rénovation ou pas, l’échec scolaire reste, inexorablement, ancré dans les mentalités. Autant un nombre trop important d’élèves laissés sur le bord de la route est inacceptable – et les enseignants et les autorités prennent des mesures, parfois discutables, pour éviter cet écueil –  autant réduire significativement l’échec scolaire, voire le supprimer, semble inimaginable, pour ne pas dire louche. Ainsi, sans vraiment le dire, le taux d’échec est quasiment fixé à l’avance, même si le département n’a pas le cynisme de le déterminer officiellement, et les réformes, quelles qu’elles soient, mais trop éphémères sans doute quand elles entendent s’y attaquer, n’y changent rien.

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07/08/2008

Rentrée 2008: c'est mal barré...

L’introduction au primaire de directions d’école, nouveauté de la rentrée 2008, ne convainc pas tout le monde. A commencer par la direction générale qui multiplie les directives par peur du pouvoir qui lui échappe. Tous les enseignants viennent ainsi de recevoir une missive du service des ressources humaines leur signifiant que « les séances de rentrée auront lieu dans tous les établissements le vendredi 22 août 2008, le matin ». Cette décision unilatérale, certes anecdotique – et qui ne sera pas respectée partout – est révélatrice des angoisses du centre, censément concerné lui aussi par la réforme, mais qui a en fait le plus de mal à se remettre en question. La crainte de la perte de contrôle et les fantasmes de la maîtrise absolue du système créent depuis longtemps des dysfonctionnements et ne semblent pas prêts de s’arrêter. Pourtant, les maîtres mots, à l’origine du nouveau fonctionnement du primaire, étaient bien « décentralisation », « déhiérarchisation » et « autonomie partielle ». Mais aujourd’hui, la direction générale éprouve le besoin de fixer la date de rencontre du corps enseignant, qui se réunit avant l’accueil des élèves, comme s’il y avait une quelconque importance à rassembler les profs au même moment dans tout le canton. Jusqu’à présent les équipes fixaient elles-mêmes le jour qui leur convenait le mieux dans la semaine qui précédait la rentrée scolaire, et personne ne trouvait rien à y redire. Assister à un tel resserrement avant même que l’école ait recommencé n’est pas de bon augure. Peut-être que la direction générale serait rassurée si bientôt tous les élèves du canton récitaient la même leçon à la même heure… De régressions en régressions l’école aura de la peine à évoluer. Et les directeurs des 91 établissements primaires auront des difficultés à justifier leur rôle s’ils se font sans arrêt contrarier par leur hiérarchie et dicter des futilités. Allez, il leur reste quand même, pour l’instant et pour bien débuter dans leur fonction, la grande responsabilité de fixer l’heure et la durée de la pause de la séance du 22 août – en concertation avec l’équipe, cela va de soi ! Mais espérons qu’on leur aura donné l’ordre d’amener les croissants, des fois que ces cadres supérieurs n’y auraient pas pensé tout seuls…

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29/06/2008

Maîtres adjoints au primaire : une polémique inutile et dangereuse

Les enseignants doivent pouvoir se consacrer à l’enseignement et à leurs élèves. Le directeur d’établissement, à la rentrée prochaine, devra les décharger de tout ce qui les empêcherait d’assumer cette mission. Mais un directeur du primaire aura parfois à gérer un établissement de la taille d’un cycle d’orientation (plus de 600 élèves) formé de quatre écoles séparées. Il sera aussi appelé fréquemment à quitter son lieu de travail (séances avec le département, formation de cadre, réunions avec la commune, etc.). Désigner un maître adjoint par bâtiment est une mesure sensée. Il ne s’agit pas de créer un échelon supplémentaire ni de sortir les enseignants de leurs classes mais simplement de reconnaître qu’un travail important, hors enseignement, est indispensable au bon fonctionnement du système et ne peut être garanti par le seul directeur ni être effectué bénévolement par le corps enseignant. Les cris d’orfraie poussés par certains devant les maigres ressources dégagées pour cette fonction provisoire (elle sera évaluée au bout d’un an) relèvent de la mauvaise foi ou d’une méconnaissance profonde du primaire et du nouveau fonctionnement prévu. 1,4 million pour payer des heures supplémentaires et quelques bouts de postes représente le strict minimum pour démarrer. Cette goutte d’huile dans les rouages permettra peut-être à l’école de se désensabler peu à peu. Mais si le mépris et la mesquinerie l’emportent une fois encore quand il est question du primaire, il y a fort à parier que les dysfonctionnements d’aujourd’hui perdureront et aggraveront le manque de confiance envers l’institution.

 

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08/06/2008

Remballe l’hétérogénéité dans ton short, camarade !

Deux initiatives sur le cycle d'orientation (CO) et un contre-projet : le débat sur les trois degrés de la fin de la scolarité obligatoire semble soudain compliqué. Le sort du primaire était facile à régler – le jargon des pédagogues n'était qu'un ramassis d'inepties à ignorer sans discussion – mais pour le CO, va falloir la jouer finement. Foin du simplisme consacré le 24 septembre 2006 et place aux hautes stratégies pour assurer la formation des jeunes. Toutefois, le journaliste indépendant Pascal Décaillet, dans la Tribune de Genève du 5 juin, avertit : « attention à l'excès de complexité » ! Il est vrai que la veille, il recevait sur le plateau de son émission un invité quasi permanent, Jean Romain. Ce dernier venait avec une requête d'une audace folle : autoriser l'hétérogénéité en 7ème année lors des cours de gym. Une idée stupéfiante d’originalité, téméraire, qui revient, en quelque sorte, à promouvoir une hétérogénéité à plusieurs niveaux. Mais qui plonge irrémédiablement le citoyen dans des abîmes de réflexions d'où il ne pourra à l'évidence sortir indemne. Faut-il prendre le risque extrême de mélanger les faibles et les forts aux cours d'éducation physique ? Les complexions délicates ne risquent-elles pas de tirer vers le bas les vigoureuses ? Les élèves malingres ne vont-ils pas freiner les plus robustes dans leurs efforts ? Ceux qui ne comprennent pas les règles du jeu n'empêcheront-ils pas le déroulement des matchs ? N'y a-t-il pas à craindre des retenues de short déloyales par des condisciples chétifs lors du traditionnel cross ? Etc. Le prof de philo du post-obligatoire, grandiose dès qu'il s'agit de vomir sur l'instruction publique, reçoit une mauvaise note pour son intrépide proposition. En effet, l'animateur de la TV locale conteste a posteriori la légitimité de cette intervention intempestive. Ouf ! Dire que sans cela le peuple aurait pu s'égarer, mal saisir l'enjeu, voire se tromper sur la votation à venir ! La compréhensibilité du système scolaire est sauve ; l'école a eu chaud.

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27/04/2008

La classe de trop… et les classes en moins !

Le Conseil d’Etat a accordé la classe salariale 24 aux futurs directeurs d’établissements du primaire. Cette annonce a provoqué un fort mécontentement auprès du corps enseignant. Il faut dire qu’il avait toujours été question au préalable de la classe 23. Octroyer ce bonus maintenant, alors que ces personnes ne sont même pas entrées en fonction, relève d’une rare maladresse. En effet, cette décision, avant tout politique, vise à caresser dans le sens du poil les futurs cadres supérieurs et à leur faire croire qu’ils auront une position égale à leurs collègues du secondaire. Mais, dans ce cas-là, pourquoi ne pas les mettre en classe 26, comme les directeurs du CO ? Sûrement parce que, comme d’habitude, dès qu’il s’agit du primaire, on préfère voir petit… Toutefois, les directeurs du primaire ont d’autres préoccupations, plus urgentes. Les conditions dans lesquelles ils pourront commencer à exercer le 25 août 2008, à la rentrée, sont plus importantes que leur bulletin de paie. Qu’importe en effet un traitement salarial plus ou moins haut s’il faut démissionner après quelques mois tant la tâche est rendue impossible ? Le Conseil d’Etat, en faisant preuve de largesses envers les directeurs, les met en réalité en mauvaise posture. Les enseignants auront de la peine à comprendre que leurs supérieurs hiérarchiques soient surpayés alors que, en parallèle, des efforts importants sont demandés à la base depuis des décennies. Le département envisage même de faire empirer la situation l’an prochain : les maîtres devraient ainsi accepter sans broncher davantage d’élèves par classe et des suppressions de postes. Une classe salariale de plus d’un côté et des fermetures massives de classes de l’autre, c’est simplement indécent. La différence entre la classe salariale 23 et la 24 représente, pour un traitement moyen, le montant de 6'100.- francs par an. Multiplié par 90 (le nombre de postes de directeurs), cela fait quand même 549'000.- francs, soit l’équivalent d’environ cinq postes d’enseignants. Certes, cela n’est pas énorme et ne suffirait pas à combler les manques. Mais quand on voit le département de l’instruction publique chipoter pour des demi-postes dévolus à l’aide aux élèves en difficulté, on a un peu de mal à suivre sa politique !

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20/03/2008

Violence scolaire: le cadre se rebiffe

Les inspecteurs du primaire vont disparaître à la rentrée scolaire 2008. Cela peut générer une certaine angoisse et des réactions peu adéquates. Ainsi, suite à l’article de la Tribune du 14 mars 2008 sur la violence scolaire, Mme Véronique Bigio, présidente de l’association des cadres du primaire, préfère s’en prendre au syndicat plutôt que de reconnaître le manque de ressources dont dispose la hiérarchie directe des enseignants. Dans une lettre parue le 18 mars, Mme Bigio estime en effet, sans trop de réflexion, que la société pédagogique genevoise (SPG) dénigre les cadres intermédiaires en dénonçant le peu de moyens dont ils sont munis. Elle aurait pu s’offusquer des mesures grotesques (interdiction du tutoiement, amendes, etc.) préconisées par le Parti radical pour rétablir « l’autorité ». Ou, à la rigueur, s’étonner que le syndicat s’inquiétât des conditions de travail et de la santé des inspecteurs. Elle aurait dû se souvenir et informer les lecteurs que la vaste enquête « santé » concluait à un grave déficit de soutien hiérarchique. Le rapport (2003) montrait la vraie cause de souffrance du corps enseignant, sans fustiger les personnes. Le système et les structures étaient remis en question et la cause du stress des enseignants ne se résumait pas à la violence à l’école. Les résultats de l’enquête ont été sous-exploités jusqu’à présent et c’est pourquoi la mise en place de directions d’établissement en septembre, propres à assurer un soutien de proximité, est porteuse d’espoirs. Mme Bigio tait tout cela et présente le logiciel de signalisation des violences scolaires (SIGNA) comme la panacée. Elle omet de préciser qu’au moment où Genève le généralisait, en janvier 2007, ce programme était abandonné en France …grâce au boycott lancé par des directeurs d’école. Mais son propos est d’autant plus étonnant si l’on sait que SIGNA n’est qu’un outil statistique, ne propose aucune solution, et que, malgré les demandes du syndicat et la promesse du département de faire un bilan à 6 mois, aucun chiffre n’a encore été fourni ! Critiquer les représentants du corps enseignant est plus prudent que de dévoiler les vrais manquements. La SPG souhaite une loyauté mieux placée et davantage de courage de la part des futurs directeurs d’établissement.

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12/03/2008

L'impasse du CO

Le cycle d’orientation (CO) a-t-il un avenir ? Période charnière de la scolarité, le CO a été incapable d’évoluer de manière heureuse. Réformes jamais achevées, structures obsolètes, enseignements dispensés en ignorant en partie ce qui s’est fait les huit années précédentes : l’incohérence semble de mise au CO. Et demain ne s’annonce pas meilleur…Deux initiatives ont été lancées dans le but de corriger les dysfonctionnements du CO. Elles sont, d’une certaine manière, contradictoires. Le chef du département, lui, a estimé qu’elles étaient caricaturales, l’une prônant une multitude de sections (la 134) et l’autre un enseignement en classes hétérogènes (la 138). Le Conseil d’Etat a ainsi concocté un contre-projet (PL 10176) qu’il entend opposer dans un premier temps à l’initiative 134 du réseau école et laïcité (Réel). Une votation ultérieure serait consacrée à la seconde initiative, la 138. Le contre-projet, voulu par le parlement qui avait refusé les deux initiatives, réussit le tour de force de déplaire aux deux parties. Certes, la marge de manœuvre pouvait paraître étroite. Mais fallait-il justement se coincer en essayant de ménager la chèvre et le chou ? Le département n’a rien trouvé de mieux que de proposer le retour de trois sections pour aller dans le sens de Réel et un pseudo tronc commun durant la 7ème année pour répondre aux attentes de la Coordination enseignement. Ces trois sections nous renvoient à près de cinquante ans en arrière et reproduisent peu ou prou les filières « latine/scientifique », « moderne », « générale » ou « pratique » bien connues. Quant aux enseignements identiques qui seraient dispensés en 7ème année, ils n’ont de semblable que leur dénomination puisqu’une sélection impitoyable serait opérée à la fin de la 6ème et que les exigences seraient adaptées aux trois sections (appelées dans un premier temps : consolidation-renforcement-appui, beau programme !). Mais le fait de se mettre à dos les milieux représentatifs des deux initiatives ne doit pas ébranler beaucoup le département. Au contraire, vu que la préoccupation majeure du gouvernement semble être de ne plus perdre une votation, le calcul qui consiste à revenir à un fonctionnement présent dans les mémoires, mais dont la majorité a oublié les nombreux travers, accroît les chances de remporter le morceau. Peu importe d’ailleurs les gesticulations de certains députés et l’entente de façade des principaux partis représentés au Grand Conseil : caresser dans le sens du poil les convictions les plus conformistes offre davantage de garanties de succès que toutes les alliances politiciennes, et à moindres risques !

 

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16/02/2008

Les notes tues

L’école sans notes ne convainquait pas la population, le retour des « fausses » notes fâchait les anti-pédagogues, la maintien des notes, les « vraies », finalement, devait contenter tout le monde (ou au moins la majorité qui avait voté dans ce sens). Le nouveau système d’évaluation des élèves du primaire est donc entré en vigueur à la rentrée 2007. Quel bilan peut-on en tirer 6 mois après son introduction ? Comment les élèves, les enseignants et les parents ont-ils vécu ce changement inédit, avec moyennes trimestrielles à la demi bonne ? Apparemment la question n’intéresse plus personne et le département semble adopter le dicton « pour vivre heureux vivons cachés ». Les résultats des élèves sont tus ; les notes restent secrètes. S'il est cocasse d'observer les auto-congratulations prématurées de ceux qui pensent avoir remis l'école dans le droit chemin et s’attaquent au cycle d’orientation avec la même inconscience, il est anormal, à la veille des résultats du deuxième trimestre, de ne disposer d'aucune analyse sérieuse des conséquences de la mise en place du nouveau livret scolaire. Pourtant, une telle révolution dans les pratiques d'évaluation ne peut s'instaurer sans disparités. Il y a donc, avant de juger de la pertinence des modalités arrêtées, un travail urgent à mener pour se rendre compte, au moyen de données fiables, si les élèves, d'un bout à l'autre du canton, sont soumis à un traitement égal. Cela devrait permettre de corriger les dérives. Mais personne ne saurait se satisfaire d'envisager des mesures pour harmoniser et stabiliser le système sans se préoccuper du fond, à savoir si l'évaluation reste quand même, malgré sa forme inique, au service des apprentissages ou si le contraire, le retournement de situation craint, s'est opéré. L'autre vraie question est de savoir si l'équité de traitement des élèves peut être garantie, à court terme. Afin d'évaluer le nouveau système, la direction de l’enseignement primaire s'est contentée de demander à tous les inspecteurs de récolter dans chaque classe deux dossiers d'évaluation : celui d'un élève avec difficultés et celui d'un autre n’en rencontrant pas. Une manière de bien renforcer la culture de l'échec. Et les grilles qu'ils doivent ensuite remplir laissent pantois : calculer le pourcentage des livrets signés par les parents, vérifier si les enseignants mettent bien les croix dans les cases (et non à côté !)… Voilà les indicateurs auxquels il faut s'attendre. Il y a un fort risque que l'inanité des informations statistiques qui seront données, tard de surcroît, soit camouflée par des discours vantant un bilan globalement positif, tandis que les élèves trinquent. Alors que la note 4 correspond à la norme de réussite, combien d'élèves se trouvent avec un résultat inférieur en français ou en mathématiques au premier trimestre ? Que vaut un système scolaire si la majorité des élèves passe dans le degré suivant par dérogation ? La direction n'entend pas à l'heure actuelle publier de données précises, malgré le fait qu'elles soient en sa possession (tous les résultats notés du premier trimestre des quelque 16'500 élèves de la 3P à la 6P lui ont été remis). Elle préfère ne voir dans cette opération qu'un contrôle administratif ! Et estime judicieux de celer le maigre quantitatif en promettant du qualitatif demain. Pendant ce temps, avec la quasi-disparition du jugement professionnel, les notes couperet tombent. Les parents s'inquiètent, les enseignants croulent sous la tâche et les élèves subissent. Combien se trouvent déjà sur le tapis roulant les menant à l'abattoir ?

 

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26/01/2008

Exit les responsables d'école

Adieu, maîtres principaux, responsables d’école et inspecteurs, vos heures paraissent comptées... Mais qui est-ce qu’on assassine vraiment ? Et que vient faire la proposition incongrue d’un moratoire (projet de loi 10171 du MCG) sur l’évolution des structures du primaire ? La fonction de responsable d’école (RE) n’aura jamais réussi à s’imposer aux yeux de tous. Créée dans la douleur en 2002, elle n’aura duré que 6 ans. C’est dommage. Le RE, fruit de l’évolution de la fonction de coordinateur durant la phase d’exploration de la rénovation méritait mieux qu’un rôle de transition, sans réel aboutissement. Les tergiversations sur le principe de coresponsabilité et le refus d’inscrire les postes de RE dans le budget ont dès le début sapé l’espoir d’instaurer un fonctionnement efficace, qui aurait valorisé l’intelligence au travail. Les incessantes attaques contre la rénovation ont achevé d’enlever à cette fonction son attractivité et son sens. A tel point que maintenant la hiérarchie ne fait plus la différence entre les tâches dévolues au RE ou au maître principal (MP) alors qu’ils ne bénéficient ni du même cahier des charges, ni de décharges comparables. Situation injuste, qui serait amoindrie si davantage d’écoles étaient entrées en projet au moment voulu, comme l’association professionnelle les y encourageait. Des moyens absents, des conditions de travail détériorées et une confusion des rôles ; des RE qui ne savent plus à quel projet se vouer et des MP censés en assurer le suivi alors qu’ils n’ont rien demandé : voilà grosso modo le tableau. Bref, l’opacité d’un système arrivé au bout du bout est toujours aussi consternante. Ainsi, l’idée saugrenue de demander un moratoire au sujet de l’instauration des directions d’établissement, et faire ainsi perdurer la situation insatisfaisante que connaît l’école primaire à ce jour, ne peut provenir que de milieux qui n’entendent pas grand-chose à l’éducation et ne saisissent rien du marasme actuel. La mise en place de directrices/teurs ne sera pas la solution miracle. Le syndicat privilégiait un autre modèle, moins hiérarchique et moins coûteux par ailleurs, celui d’un vrai responsable d’école, avec de réelles responsabilités, sans chef au-dessus de lui prêt à casser les décisions prises au nom de l’équipe. L’association professionnelle aurait aussi préféré que le terrain soit mieux préparé à ces changements. En effet, si l’enseignement primaire a besoin d’être restructuré, l’implantation des directrices/teurs n’était peut-être pas la première action à réaliser. Balancer une poignée de glands sur une surface de béton surchauffé ne suffira pas à faire surgir une forêt de chênes protecteurs, quel que soit le besoin d’un havre de fraîcheur qui motive ce geste. Toutefois, si l’écueil des petits chefs arrive à être évité au maximum, peut-être que cette nouvelle hiérarchie pourra assurer un début de cohérence du système. Cela dit, la mise en place de directions d’établissement dès la rentrée 2008 ne devrait pas avoir un caractère inéluctable. Des conditions de réussite devront être remplies d’ici peu. Il faudra les mesurer et aviser suivant le résultat. Mais, quoi qu’il advienne, l’idée d’un statu quo qui prolongerait l’imbroglio actuel n’est pas envisageable.

 

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11/09/2007

Le disque rayé de Morisod

Encore une initiative sur l’école… et à nouveau il est fait appel aux ténors pour camoufler le contenu pas très innovant du projet. Ainsi, l’initiative populaire genevoise « Accueil continu des élèves », soutenue par Alain Moridod, est parue en pleine page du GHI, hebdo gratuit qui tire à 220'000 exemplaires. Avec une telle publicité et des arguments plutôt démagogiques, elle ne devrait pas avoir de peine à recueillir les 10'000 signatures nécessaires. Morisod vient donc encore en renfort – Chevrier et Castella qui formaient avec lui un trio sur les culs de bus en septembre 2006 pour vanter les notes n’étaient peut-être pas disponibles ? – et pousse sa chansonnette, trouvant que l’initiative « tombe sous le bon sens ». Scie habituelle ; mais pourquoi changer de disque puisque ça marche ? Le musicien nous ressert la même soupe que pour la votation passée sur l’école et trouvera sûrement bientôt l’occasion d’affirmer que les sections au cycle d’orientation s’imposent d’elles-mêmes, que la matu en 3 ans est aussi une évidence, que plus la formation des maîtres est courte, meilleure elle est, etc.

Et si le bonhomme, qui avouait avoir surtout fréquenté les collèges privés et n’avoir pas été un élève spécialement brillant, se contentait de faire chanter en play-back les 3 cloches et autres chansons nostalgiques aux conseillers fédéraux ? Cela ne requiert pas trop d’imagination, la partition est simple, mais il serait cependant, pour une fois, bien inspiré de la suivre…

 

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30/08/2007

Clause PERil ?

A chaque rentrée ses nouveautés, effets d’annonce obligent. Ainsi, ironie du sort, grâce aux pourfendeurs des innovations, l’école primaire genevoise découvre un nouveau livret scolaire, une quatrième, voire une cinquième version pour certains élèves. Mais, pour faire bon poids et céder aux exigences des détracteurs de l’école genevoise, un plan d’études annuel est balancé au corps enseignant. Le classeur des objectifs d’apprentissage en vigueur de puis l’an 2000 serait-il bon à jeter aux orties ? Bien sûr que non. Mais le département préfère s’aplatir et pense contenter tout le monde en faisant procéder à un tiré à part du plan d’études (issu lui-même du GRAP*) contenu dans le classeur. Il berne ainsi ceux qui s’obstinent à voir dans les objectifs d’apprentissage un dangereux support de la rénovation et méprise les professionnels qui planifient leurs tâches depuis longtemps, sans avoir besoin d’un énième document pour leur dire comment procéder. Oh, bien sûr, tout le monde sait que dans ce bas monde tout est perfectible et d’aucuns trouveront des améliorations sensibles dans ce « tiré à part ». Mais le problème n’est pas entièrement là.

En effet, si l’association professionnelle, la SPG, a contesté la parution de ce plan d’études, c’est non seulement à cause de la tromperie qui caractérise cette démarche mais surtout parce que la perspective de la mise en place du plan d’études romand (PER) était toute proche. Le PER constitue une réelle avancée et répond à la revendication du syndicat des enseignants romands (SER) de ne pas s’arrêter à un plan cadre destiné aux seuls concepteurs de programmes. En effet, si cette dernière option avait été retenue, elle aurait conduit à une déclinaison des objectifs différente dans chaque canton, avec pour conséquence un changement quasi nul de la situation actuelle. Cet écueil semble donc évité. L’inquiétude provient maintenant du fait que le PER était annoncé pour la rentrée 2008 (même si en fait il était prévu dans un premier temps pour 2007…) mais qu’aux dernières nouvelles son introduction ne serait pas possible avant 2009. Tous les prétextes sont bons pour justifier ce report. En gros, c’est la faute à pas de chance et aux Vaudois qui ont tardé à rejoindre dans leurs travaux les six autres cantons romands… Quelle clause d’urgence faudrait-il invoquer pour éviter que cette pirouette supplémentaire ne vienne compromettre – laisser en plan ! – un projet garant d’un début de cohérence de l’école romande ?

De régressions en reculades, l’école, romande ou genevoise tout court, piétine et s’embourbe. Au lieu d’écouter les professionnels, les décideurs préfèrent déverser des discours lénifiants, assurant que tout est certes bien compliqué mais que l’évolution promise va se mettre en place tout doucement, comme par magie, demain ou après-demain, si ce n’est plus tard…

* Groupe romand pour l’aménagement des programmes, version genevoise de 1989  

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26/08/2007

Des notes... et pas de chiottes!

Un retour des notes et des WC fermés par mesure d’économie : voilà en résumé ce qui est censé caractériser la rentrée scolaire 2007. Une information éculée et tronquée d’une part puisque cela fait une année que nous savons que ce sont les moyennes qui sont rétablies de la 3ème à la 6ème primaire et, d’autre part, un scoop au niveau des égouts. Et dire que l’on nous annonçait que le débat sur l’école pouvait enfin avoir lieu et s’élever, maintenant que les rénovateurs étaient matés ; nous voilà servis.

 

Les aspects et les enjeux intéressants de la formation sont ignorés car le débat sur l’école, trop compliqué peut-être, n’intéresse pas vraiment. Il aura fallu une initiative populiste sur les notes* pour que soudain des voix déplorent, souvent hypocritement, le manque d’attention et de moyens accordés à l’éducation. Mais la votation est passée et le soufflé est retombé, sans effet durable.

Une nouvelle initiative populaire intitulée « Pour le maintien des chiottes à l’école secondaire » connaîtrait à coup sûr un franc succès… et permettrait peut-être d’attirer à nouveau l’attention de la population sur les vrais défis auxquels l’enseignement genevois est confronté.

 

 * « Pour le maintien des notes à l’école primaire »

 

 

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04/08/2007

Parents désorientés, direction timorée, enseignants dénigrés

Des parents qui lancent une pétition pour s’opposer aux doubles degrés de leur école (une classe composée d’élèves de 5ème et de 6ème primaire par exemple) et d’autres qui s’offusquent que le maître principal, occupé à des tâches administratives le jour de la rentrée, ne puisse accueillir ses élèves ce jour-là. L’inadéquation de ces deux démarches entreprises par les parents est flagrante. Si elles ne sont pas uniques, pas nombreuses non plus en fait, elles causent un tort considérable. Mais ce sont ces deux événements qui ont été médiatisés en juillet. Certes, la période estivale est peu favorable pour relater un sujet intéressant sur l’école… Il serait toutefois assez aisé et tentant d’analyser le désarroi grandissant de certains parents. De saisir l’occasion de le mettre en parallèle avec les incertitudes liées à une société de plus en plus individualiste et compétitive, de relever le paradoxe que cela représente lorsque l’on sait les projets directement liés aux relations famille-école qui sont en cours (la mise en place de conseils d’établissement notamment) et le fait que jamais l’information à destination des parents n’a été si abondante et de qualité qu’aujourd’hui. Je pense cependant que le plus important est de ne pas se laisser décourager par des dérapages isolés qui occultent l’excellent travail que l’école primaire genevoise entretient au quotidien avec les familles. Il ne s’agit pas de minimiser les peurs légitimes de parents qui ne s’expriment pas toujours de manière heureuse mais, tout en les prenant en compte, il faut résister à toute velléité de repli. Je suis persuadé que l’école de demain ne pourra se construire qu’avec les parents et que ce travail de relation, inhérent à la fonction enseignante, doit prendre de l’ampleur et une certaine hauteur. Mais en attendant, le plus désorientant justement, pour les enseignants, est de constater que la direction se répand en justifications mais s’abstient de dénoncer l’aberration de certaines revendications émises par les parents. Lorsque ces derniers se fourvoient ou font preuve d’ingérence, il faut le signifier clairement. C’est le meilleur service qu’on peut leur rendre, ainsi qu’à leurs enfants. Justifier avec complaisance les pratiques des professionnels de l’éducation dénigre considérablement le corps enseignant et n’améliorera en rien l’école, bien au contraire.

 

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