07/07/2007

7 d'un coup !

Charles Beer, tel le valeureux petit tailleur, abat non des mouches mais des cartes qui peuvent, ou plutôt qui auraient dû, surprendre. Pour les cinq nouvelles écoles entrant dans le réseau d’enseignement prioritaire (REP), cinq directeurs sont désignés. Et dans le même temps sont nommés deux inspecteurs nouveaux pour remplacer leurs collègues à la retraite. Sept hommes d’un coup, sept nouveaux cadres pour l’enseignement primaire. Lorsque l’on sait la forte féminisation du primaire – corps enseignant à 90% féminin – ces désignations exclusivement masculines interrogent. Car des enseignantes ont bel et bien fait acte de candidature. Etaient-elles réellement moins compétentes ou la procédure de recrutement favoriserait-elle les hommes ? Question ouverte et sans réponse vu le peu de transparence sur les épreuves imposées qu’ont subies les candidat-e-s. L’association professionnelle et syndicale a écrit au chef du département et demandé des explications ; elle entend aussi bien négocier à l’avenir les modalités de recrutement des futur-e-s directrices et directeurs. Mais le plus étonnant dans cet épisode, qui date tout de même du 20 juin, reste la quasi absence d’autre réaction suite à la désignation de sept hommes par le Conseil d’Etat. Le politique et le monde associatif ne dédaignent en principe pas les débats sur la parité, et là, rien ? En ce jour appelé « 07.07.07 » et qui affole la presse pipeule, il valait peut-être la peine de signaler ce fait surprenant et qui n’a rien à voir avec un conte.

 

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16/06/2007

Niveler la formation des maîtres par le bas?

Chaque citoyen, du moins je l’espère, souhaite l’élévation du niveau général d’acquisition des connaissances et des compétences des élèves. Or, que s’apprête à faire notre gouvernement ? La réponse laisse pantois : le département de l’instruction publique (DIP) est décidé à diminuer la formation initiale des maîtres ! Au prétexte de l’harmonisation suisse, Genève ne craint pas d’envisager de niveler par le bas la formation des enseignants du primaire.

 

Actuellement, depuis 1996, le titre requis pour enseigner aux élèves de 4 à 12 ans, durant les huit années de l’école primaire, est une licence universitaire, obtenue en quatre ans d’études (60% de cours - 40% de stages dans les classes). Demain, le DIP entend demander la reconnaissance de la formation au niveau bachelor seulement, soit l’équivalent de trois ans d’études. Couper d’un an la formation des maîtres alors que l’école doit répondre à des demandes et attentes toujours plus grandes est une absurdité. Dix disciplines sont déjà enseignées par les maîtres généralistes du primaire, et il faudra bientôt rajouter l’anglais.

 

Lorsque l’on sait que les premières années sont d’une importance capitale pour le développement d’un enfant et conditionnent fortement son avenir, sa formation future, sa capacité à apprendre ainsi que le rapport aux savoirs qu’il entretiendra sa vie durant, il paraît impensable que l’on ne cherche pas à mettre devant les élèves des maîtres munis d’un degré de formation et d’expertise le plus élevé possible. Puisque la mise en conformité des universités suisses avec les accords de Bologne nous est imposée de la façon la plus antidémocratique qui soit (jamais aucun parlement n’a été consulté, sans même parler du peuple) alors il faut proposer une formation au niveau master (4 ans et demi-5 ans), au minimum, pour l’ensemble de la scolarité obligatoire.

 

Peut-on décemment d’une part pleurnicher sur les résultats décevants de la Suisse et de Genève aux tests PISA, réclamer l’éradication de l’échec scolaire, s’indigner du fait que trop d’élèves n’atteignent pas un niveau leur permettant de se débrouiller véritablement dans notre société et, d’autre part, sabrer la formation des enseignants ? La réponse est non, il ne devrait pas être question de s’aligner sur un standard minimal et contesté. Cette incohérence qui se prépare doit donc être combattue : l’association professionnelle et syndicale s’y emploie et appelle les citoyens à soutenir avec elle la revendication d’une formation élevée et exigeante pour les enseignants primaires.

 

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11/06/2007

C'est pas moi qui l'ai dit...

Mme Muriel Joyeux, retraitée de l’enseignement primaire depuis quelques années et membre du comité de l’Arle, a assisté au 3ème rendez-vous de l’instruction publique, le 22 mai dernier. Elle y a peu goûté. Moi également, mais pas exactement pour les mêmes raisons. Dans un courrier des lecteurs paru dans la Tribune de Genève le 2 juin, elle reproche le sectarisme de l’assemblée et elle nomme aussitôt « gourou » l’invité, M. Jacques Cornet en l’occurrence, car il est difficilement supportable de voir les piteuses idées de l’Arle battues en brèche. Bien sûr, elle suggère que le public a été « discrètement rameuté par des cellules militantes ». Et parle ensuite d’« une poignée d’endoctrinés » car elle n’en est pas à une contradiction près. Pitoyable défense qui montre en fait à quel point cette association qui prétend vouloir refaire l’école s’applique à ignorer les avis éclairés. Il est tellement plus facile de se réfugier derrière le verdict populaire ! Mais très dur aussi d’entendre, par la voix de sommités du monde de l’éducation, venus exprès dans notre pays, affirmer, comme M. Nico Hirtt le 27 avril, que « le peuple s’est trompé ou a été trompé le 24 septembre 2006 ». Ce n’est donc pas moi qui l’ai dit ! Mais Mme Joyeux n’en a cure ; ça lui aurait fait tellement plaisir si c’était moi qui avais prononcé ces mots. Alors elle m’accuse dans la foulée d’avoir incité mes collègues enseignants (par ailleurs peu présents ce soir-là dans la salle, ne lui en déplaise) à « contourner la votation populaire ». Attaque gratuite, emblématique à nouveau de l’épuisement du discours de ceux qui, au lendemain d’une victoire acquise d’avance, ne savent plus quoi dire.

 

Les citoyens qui voudront se rendre compte par eux-mêmes de la fausseté de cette dernière assertion et de la vacuité des propos de l’Arle, invitée aux deux premiers rendez-vous, n’ont qu’à visionner et écouter ces débats sur le site du DIP. www.geneve.ch/dip/rendezvous/default.asp

 

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23/05/2007

Trois p'tits rendez-vous du DIP et puis s'en vont...?

Charles Beer, dans ses « 13 priorités » de janvier 2005, avait promis des assises de l’éducation au printemps 2006. Le bourbier de l’université aidant, l’idée a été abandonnée pour se transformer en trois « rendez-vous de l’instruction publique » en 2007. L’expérience est achevée et ne laisse pas un souvenir impérissable. Les invités principaux, de qualité, propres à élever le niveau de discussion, ont été sous-exploités, la place étant laissée aux trop nombreux intervenants des tables rondes. La disparité des propos a pour finir eu raison du débat.

 

Le meilleur moment restera le direct sur Léman Bleu avec les élèves des trois ordres d’enseignement interpellant les politiques. Une page de fraîcheur inédite, des interrogations pertinentes qui rompent avec les antagonismes habituels. Mais la confrontation des député-e-s avec un jeune public aura aussi été révélatrice de l’incapacité de nos élu-e-s à trouver un langage compréhensible pour nos élèves et à réfréner leurs élans démagogiques devant ces futurs électeurs. Quant à l’intervention pathétique de l’UDC André Reymond qui demandait peu ou prou de faire sortir tous les pédagogues de l’école (pour les remplacer par des gardes-chiourmes ?), il n’est pas exagéré de dire que cette envolée est emblématique de la malheureuse confusion qui règne envers et contre tout dès que les questions d’éducation sont abordées.

 

Faudrait-il dès lors renoncer à débattre publiquement de l’école ? Je ne crois pas. Certes, bien des collègues et des citoyens sont sortis déçus de ces rendez-vous. Mais le découragement et le renoncement, ce n’est pas le genre de la maison, serais-je tenté de dire. Les professionnel-le-s de l’enseignement, qui veulent davantage être écoutés, résisteront aux légitimes réflexes de défense, à toute velléité de repli. Ces rencontres entre l’école et la société, si elles ne portent pas leurs fruits pour l’instant, doivent être maintenues. Car ce qui leur fait le plus défaut actuellement, c’est qu’elles n’ont aucune constance.

 

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18/04/2007

Ecole ou centre pénitentiaire ?

La fermeture du préau de l’école des Vollandes, depuis le 5 février 2007, apporte de l’eau au moulin des milieux qui se complaisent dans le discours sécuritaire. Et donne, ci et là, des idées à des groupes qui réclament à leur tour un périmètre sécurisé autour des établissements scolaires. La faiblesse du magistrat, Manuel Tornare, qui avait cédé à des arguments populistes avait été dénoncée. Mais le précédent craint existe bien maintenant.

école ou prison ? Parents en colère dans une commune suburbaine, courriers de lecteurs, motion du parti radical en Ville de Genève[1], etc. : chacun se croit autorisé à réclamer sa solution pour assurer la sécurité des élèves et des citoyens. Ce qui est préconisé est illusoire bien sûr. Non seulement le risque zéro n’existe pas mais il est dangereux de vivre dans le fantasme que l’on peut y parvenir. Repousser les toxicomanes, envoyer des patrouilles de police, quintupler les surveillants à la récréation, ériger des barrières hérissées de piques autour des écoles, prôner l’exclusion et la répression : autant de propositions inadéquates qui en disent long sur le désarroi des citoyens et l’intérêt de ceux, pour qui cela représente le fond de commerce, de les y maintenir. Si certains préaux peuvent être fermés le week-end, comme celui de Ferdinand-Hodler ou des Eaux-Vives, pour des raisons de tranquillité et parce que leur configuration s’y prête, il n’y aucune raison d’étendre ces dispositions particulières à tous les établissements. La prévention, l’action sociale, la compréhension et la tolérance restent bien plus efficaces pour apprendre à vivre ensemble. L’école des Grottes a réussi ce pari, dans un contexte difficile. Voilà ce qui devrait inspirer les citoyens !  

[1] M-649 : voir la position SPG sur le site http://spg.geneva-link.ch

 

 

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08/04/2007

Moyenne d'âge

Lettre ouverte au Conseil d’Etat

Monsieur le président,
Messieurs les conseillers d'Etat,

Peut-être que vous ne le saviez pas, mais vous avez 50 ans. C'est votre âge à tous, ou plutôt la moyenne de vos âges respectifs. Vous êtes donc, pour ainsi dire, nés collectivement (une sorte d'avant-goût de la collégialité qui vous caractérise aujourd'hui…) en 1957. Un peu absurde comme calcul (eh oui, c'est une moyenne, que voulez-vous) et, pour le moins, une entrée en matière plutôt bizarre. Je le concède.
Cela me sert juste à attirer votre attention sur le fait que, si vous acceptez temporairement l'âge que je vous attribue, le nombre d'années qui vous sépare maintenant de la scolarité primaire correspond grosso modo à 40 années. Lorsque vous aviez dix ans, durant l'année scolaire 1966-67, vous étiez en 5ème primaire ou en 4ème, peu importe. Vous vous trouviez en plein dans ce que nous appelons aujourd'hui le cycle moyen ; au centre de ce moment de la scolarité qui a fait récemment l'objet de modifications réglementaires.
Vous avez ainsi approuvé un nouveau règlement de l’enseignement primaire le 4 avril 2007. Et qu’y avez-vous mis ? Des moyennes trimestrielles à la demi-bonne et des moyennes annuelles au dixième. Beaucoup de citoyens pensent que c’est un retour à une situation déjà vécue. Mais dans quel passé ?
Prenons le livret scolaire de votre 5ème primaire, en 1967. Que dit-il ? Que seules des notes entières sont admises. Que les moyennes annuelles sont arrondies à l’entier, que 4,49 donne 4 et que 4,50 est arrondi à 5. Et on ne parle même pas de moyenne pour les périodes de travail… A l’époque, la suprématie de la note ne faisait pas de doute, l'évaluation ne souffrait pas de discussion. Au point que les entretiens de parents ne sont même pas mentionnés. Et des notes entières suffisaient largement.
Ce livret scolaire n’est certes pas un modèle. Il démontre que la brutalité des notes et des moyennes coupe court à toute explication et ne saurait être garante ni d'équité ni de qualité. Il y aurait d'autres pages à découvrir dans ce carnet, davantage plaisantes par leur côté désuet - comme cette recommandation aux parents de ne pas laisser "tomber entre les mains des enfants" des lectures telles que des romans policiers ou des journaux quotidiens - et qui prouvent que ce temps est révolu. C’est pourquoi il est inquiétant de constater que vous retenez pour demain des modalités inédites, jamais appliquées à Genève, mais qui, par l’évocation à un passé largement fantasmé, inhérent au contexte actuel de l’école, vont tromper la population entière car chacun croira y déceler un souvenir de son propre vécu. Or, les choix que vous avez opérés, s’il fallait vraiment les situer dans l’histoire de l’école genevoise en trouvant quelques similitudes avec une situation ayant existé, nous renverraient près de cent ans en arrière… Soit le double de votre âge. Voilà qui ne nous rajeunit pas. Encore un effort, et les châtiments corporels feront leur retour, eux aussi. Pour autant que l'école républicaine, etc. existe encore.

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07/04/2007

La lettre et l'esprit de l'article 4*

La modification de la loi sur l’instruction publique (LIP), suite à la votation du 24 septembre 2006, prendra effet à la rentrée 2007. Ce nouvel article 27, qui réorganise l’école primaire en degrés et instaure une promotion annuelle des élèves, balaie des décennies d’efforts du corps enseignant. Il s’agit certes de faire respecter une volonté populaire. Qui ne demandait sûrement rien d’autre qu’un gain de qualité de l’école. Mais quand on sait que cette modification de la loi ne correspond pas aux inspirations des enseignants primaires – ni même à celles de la direction – et qu’elle a été rejetée par une majorité de parents, j’estime légitime d’évoquer de quelle manière il faut, non la contourner, mais l’intégrer sans que son caractère délétère ne pourrisse l’ensemble de l’instruction publique. Pour que la sélection ne redevienne pas précoce, que l’égalité de chance de réussite scolaire ne soit pas une expression creuse, je suis persuadé que, plus que jamais, parents et enseignants doivent tirer à la même corde et se comprendre. Il faut donc se garder de toute stratégie de renoncement et de fatalisme, comme nous y invitent ceux qui combattent les réformes. Oui, presque tous les enfants peuvent acquérir durant leur scolarité obligatoire les connaissances et compétences de base. Oui, l’école aurait besoin de davantage de moyens pour mieux encadrer les élèves. Non, les travaux notés à répétition et les moyennes ne réduiront pas l’échec scolaire. Non, le code de déontologie des professionnels de l’éducation ne les autorise pas, au prétexte de moyens insuffisants, à ne pas honorer entièrement leur mission. C’est pourquoi j’espère que demain il n’y aura pas d’enseignants qui se cacheront derrière les notes qu’ils donneront à leurs élèves, pour éviter d’expliquer leurs pratiques, ni de parents qui ne viendront voir le prof seulement quand leur enfant sera en difficulté, pour contester le résultat de telle épreuve par exemple. Il me semble primordial de préserver le dialogue famille-école que nous avons réussi à mettre en place aujourd’hui, et qui ne se cantonne pas à des chiffres dans un livret… Il faut s’employer à ce que cet acquis de la rénovation ne soit pas galvaudé. Si la petite modification de l’article 27 est contrariante, elle ne peut faire oublier les vrais objectifs de l’école publique, définis à l’article 4 de la LIP. Et il serait peut-être temps que nous nous activions, tous, parents, enseignants et politiques, afin que cet article soit respecté et appliqué… à la lettre et dans son esprit. Cela représente sûrement une condition préalable pour que l’école de demain, à moyen terme, réalise l’évolution dont elle a besoin. Car la paix scolaire, nécessaire pour avancer, ne doit pas être construite sur le monceau d’hypocrisies actuel. * www.geneve.ch/legislation/rsg/f/rsg_c1_10.html

Art. 4            Objectifs de l'école publique

L'enseignement public a pour but, dans le respect de la personnalité de chacun :

            a) de donner à chaque élève le moyen d'acquérir les meilleures connaissances dans la perspective de ses activités futures et de chercher à susciter chez lui le désir permanent d'apprendre et de se former ;

            b) d'aider chaque élève à développer de manière équilibrée sa personnalité, sa créativité ainsi que ses aptitudes intellectuelles, manuelles, physiques et artistiques ;

            c) de veiller à respecter, dans la mesure des conditions requises, les choix de formation des élèves ;

            d) de préparer chacun à participer à la vie sociale, culturelle, civique, politique et économique du pays, en affermissant le sens des responsabilités, la faculté de discernement et l'indépendance de jugement ;

            e) de rendre chaque élève progressivement conscient de son appartenance au monde qui l'entoure, en éveillant en lui le respect d'autrui, l'esprit de solidarité et de coopération et l'attachement aux objectifs du développement durable ;

            f) de tendre à corriger les inégalités de chance de réussite scolaire des élèves dès les premiers degrés de l'école.

 

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