18/03/2018

Des camps scolaires pérennes et gratuits, c’est possible !

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L’organisation des camps scolaires doit perdurer et être soutenue par le département de l’instruction publique, de la culture et du sport (DIP) de manière claire. L’arrêt du tribunal fédéral (TF) donnant raison à des parents qui, dans le canton de Thurgovie, avaient contesté la participation demandée pour une activité scolaire extra muros est peut-être regrettable. Mais il n’y a aucune raison qu’il crée la panique. Au contraire, il constitue une excellente occasion pour le DIP de se positionner et de montrer concrètement s’il encourage les camps ou pas. Pour l’instant, c’est assez mou… On se souvient du précédent conseiller d’Etat, Charles Beer, qui avait voulu, en 2013, privatiser le service de location de matériel de skis (cf. "Vers la mort des camps de ski ?"). Et si un chalet tel que « Les Mélèzes » peut continuer à accueillir des classes à Morgins, c’est grâce à la commune d’Anières. L’Etat, lui, se refuse à investir dans des maisons dont bénéficieraient pourtant les écoliers genevois. Etc.

Les bienfaits des camps scolaires ne sont plus à démontrer et laisser planer le doute quant à leur avenir n’est pas de bon aloi. Ces activités mises sur pied dans le cadre de l’école sont obligatoires pour les élèves et doivent le rester. Et devenir gratuites (ou presque) s’il le faut.

 

Envisager la « gratuité » des camps n’a rien d’impossible

En effet, l’arrêt du TF admet que les parents peuvent contribuer à la hauteur des frais qu’ils économisent durant la semaine de camp, soit essentiellement l’argent consacré aux repas. Alors, qu’en est-il par exemple pour un camp de ski à l’école primaire, celui qui coûte le plus cher ? Actuellement, la somme de 180 francs peut être demandée aux parents. Montant auquel il faut ajouter la location du matériel, soit 26 francs (12 F pour les skis ; 12 F pour les chaussures ; 2 F pour le casque). Ce total de 206 francs couvre, pour un camp de 4,5 jours, du lundi au vendredi, le transport de l’école à la station (aller-retour), le logement (4 nuits), la literie, les repas (5 dîners, 4 soupers, 4 petits déjeuners) et l’abonnement de ski (86 F à Morgins, par exemple). Cette somme paraît bien modeste au regard des prestations fournies. Mais, pour les parents qui auraient quelques difficultés, les communes accordent volontiers une aide financière, par exemple de 75 francs (en Ville de Genève). Le camp revient ainsi à 131 francs. Si l’on estime que les frais alimentaires économisés par les parents se montent à 90 francs durant le camp (18 F par jour), et que seule cette somme pourrait leur être demandée, il ne resterait « que » 41 francs à trouver.

 

Un soutien affirmé aux camps doit (enfin) être apporté

Quoi qu’il en soit, il est temps que le DIP sorte de sa torpeur frileuse et s’active pour valoriser ces camps et assurer leur pérennité. Par la même occasion, il reconnaîtra le travail important fourni par le corps enseignant pour permettre aux élèves de vivre un moment enrichissant et formateur, propre à rendre le cursus scolaire plus complet.

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08/03/2018

La droite se moque des jeunes

Cinécivic pigeon.PNGLe PLR, le MCG et l’UDC se sont acharnés pour saboter la loi sur l’enfance et la jeunesse. Le texte avait pourtant occupé la commission de l’enseignement durant 22 séances, occasionné 18 auditions, et recueilli in fine l’unanimité. Mais, en plénière le 1er mars, la droite, à quatre reprises, a demandé le renvoi du projet de loi en commission. Cette manœuvre dilatoire a raté. Toutefois, par esprit de revanche, le MCG, avec l’appui du PLR et de l’UDC, a réussi à faire supprimer le conseil de la jeunesse.

La participation des enfants et des jeunes mise à mal

Le canton avait besoin d’une nouvelle loi sur l’enfance et la jeunesse et il l’a. En effet, l’ancienne loi était obsolète et une refonte totale s’imposait. Une des missions du DIP concerne l’accompagnement et la protection des enfants et des mineurs et il était nécessaire d’ancrer dans une base légale des prestations qui sont délivrées par exemple par l’Office de l’enfance et de la jeunesse (OEJ) et par l’Office médico-pédagogique (OMP). La loi voulait aussi encourager les activités permettant l’apprentissage de l’indépendance, de l’autonomie et de la responsabilité afin que les enfants et le les jeunes puissent s’intégrer socialement, culturellement et civiquement. Une des nouveautés proposées, au chapitre « encouragement », était donc ce conseil de la jeunesse, qui a été rejeté sans vrai motif si ce n’est celui de mettre son empreinte sur une loi en la dégradant.

Un organe représentatif de la diversité et des besoins des jeunes n’existe pas

L’UDC avait déjà sévi en ridiculisant la nouvelle LIP avec l’introduction d’un article obligeant les directeurs/trices d’école à enseigner. Aujourd’hui, c’est le MCG qui prend la relève et s’assied sur l’avis des jeunes. En effet, tant le Parlement des jeunes Genevois (PLJ) que le groupe de liaison genevois des associations de jeunesse (GLAJ) soutenaient la création d’un conseil de la jeunesse. Il aurait permis aux jeunes du canton d’être représentés véritablement et de faire entendre leurs voix sur des sujets ou propositions qui leur tiennent à cœur, en interpellant directement le Grand Conseil ou le Conseil d’Etat, ou les exécutifs communaux. En aucune manière cette nouvelle instance participative aurait fait doublon avec celles qui existent. Au contraire, elle venait combler un manque. Biffer le conseil de la jeunesse, que le département de l’instruction publique (DIP) souhaitait mettre en place à l’instar de ce qui existe dans les autres cantons romands, est injustifiable. Mais ce rejet révèle quand même la crainte irrationnelle des partis de droite de voir ces jeunes se faire instrumentaliser par les partis de gauche. La peur d’une politisation d’une partie de la jeunesse relève cependant de fantasmes tels que l’idée que tous les enseignants voteraient à gauche ou que le DIP serait forcément du même bord…

Il faudra revenir à la charge…

Au final, la loi a été acceptée par 74 voix contre 2 et 9 abstentions. L’essentiel reste sûrement de pouvoir disposer d’une loi sur l’enfance et la jeunesse réactualisée, et donc d’avoir pu éviter qu’elle soit renvoyée aux calendes grecques. Mais à l’heure où des efforts sont faits pour encourager la participation des jeunes, par exemple en les incitant à utiliser leur droit de vote (CinéCivic), il est lamentable que le coup de force de la droite porte sur celles et ceux qui, justement ne peuvent pas toujours donner leur avis. La nouvelle loi, qui remplace celle de 1958, devra donc être bientôt modifiée… par le prochain parlement.

 

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18/12/2016

Profs, allez voir « Primaire » ! Et les autres aussi…

primaire-titre-fr.jpgEnfin un film sur l’école qui excelle à tous points de vue. A priori, à voir les précédentes tentatives, il paraissait difficile de parler d’école sans tomber dans la caricature, le mélo, le pseudo documentaire, etc. « Être et avoir » était somme toute peu supportable et « Entre les murs » guère mieux. Le succès que ces deux films ont rencontré était quelque peu usurpé.

« Primaire » évite tous les écueils et se révèle une réussite exceptionnelle. Sara Forestier y est éblouissante, magistrale, c’est le cas de le dire. Elle était déjà excellente lorsqu’elle jouait une élève dans « l’Esquive » – un autre film de 2004 sur l’école, en quelque sorte (mais où la prof de français qui montait Marivaux en classe était, il faut le dire, assez mauvaise, désolé pour la comédienne Carole Franck qui est d’habitude meilleure que cela).

Là, dans « Primaire », Sara Forestier joue une institutrice poignante et on y croit pleinement. Le film arrive à présenter la vie de l’école de manière réaliste, émouvante et juste. Tout ce qui arrive dans le film en 1h49 est en fait le quotidien des enseignant-e-s des 8 premiers degrés de l’école obligatoire. Nonobstant le fait que cette fiction se déroule en France, avec la particularité que les profs habitent dans l’école (mais je connais beaucoup de collègues genevois-es pour qui leur classe est une seconde maison…), chaque instit peut se reconnaître dans l’un-e ou l’autre membre de l’équipe enseignante.

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Mais pourquoi faudrait-il que les profs aillent voir à l’écran ce qui fait leur quotidien ? Ne serait-ce pas quelque peu masochiste ? Non, assurément, car ce film fait du bien. La performance de Sara Forestier justifierait à elle seule de visionner le film mais je pense aussi que le corps enseignant doit le voir pour mieux mesurer l’effet qu’il peut produire sur le public non-enseignant. Car ce film est, entre autres, un véritable hommage aux enseignant-e-s primaires. Il est souvent paradoxal d’entendre des personnes dénigrer l’école mais avouer qu’elles n’exerceraient cette profession pour rien au monde. « Primaire » ne créera pas de vocations à embrasser « le plus beau métier du monde » mais contribuera à coup sûr à améliorer la compréhension envers l’école, à reconnaître l’engagement exceptionnel des profs pour la réussite de leurs élèves et l’extrême complexité de la mission de formation, primordiale et prioritaire.

Je ne serais pas objectif si j’omettais de signaler que Vincent Elbaz est lui aussi parfait (comme la plupart du temps) et drôle – à l’instar de tous les acteurs du film, adultes et enfants.

Enfin, je me dois aussi de préciser que ce n’est pas parce qu’il y a une élève qui souffre de troubles autistiques qu’il faudrait voir dans ce film une promotion de l’école inclusive… Non, évitons la récupération.

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Alors, n’hésitez pas à aller voir ce film réalisé par Hélène Angel dès sa sortie (prévue le 11 janvier 2017) !

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03/09/2014

Horaire scolaire et désinformation

rythmes-scolaires.jpgLa TG de ce jour essaie de comparer les systèmes genevois et français au prétexte de l’introduction de la semaine de 4,5 jours. L’article n’est pas très convaincant et surtout, une fois de plus, les informations sont erronées. La journaliste indique que si l’horaire des cours reste à 24 heures par semaine en France, à Genève il passe « de 29 à 32 périodes hebdomadaires, soit de 21 à 24 heures ». C’est largement inexact. Jusqu’en juin 2014, les écoliers genevois de 8 à 12 ans avaient 28,9 périodes d’enseignement. Depuis le 25 août ils sont astreints à 33,1 périodes, soit 4,2 périodes (de 45 minutes) supplémentaires ; le temps des cours passe ainsi de 21h40 à 24h50 (+ 3h10) et la présence à l’école de 24 à 27 heures 30. On est bien plus proche des 25 heures de cours par semaine que des 24 heures annoncées. L’augmentation est massive – les élèves du primaire ont davantage d’école que ceux du CO (dont l’horaire correspond plutôt à 32 périodes de 45’) – et c’est cela qui a été principalement contesté. Il est dommage qu’après tous les débats qui ont eu lieu, et la désinformation qui a régné avant la votation populaire du 11 mars 2012, des données fausses soient encore distillées au public.

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13/11/2011

IouuUFffffE!

Des profs du primaire qui formeraient les futurs enseignants secondaires ? Vous n’y pensez pas ! Que pourraient bien apprendre les instits aux Maîtres ? Il est vrai que l’IUFE (institut universitaire de formation des enseignants) peine à convaincre mais il ne tomberait pas si bas. Il ne faut pas mélanger les serviettes et les torchons. Pourtant, des étudiants, sondés par leur association professionnelle, ont cru déceler des contenus de cours inadéquats en rapport avec le fait que certains formateurs n’étaient pas de vrais enseignants secondaires (« Dans le questionnaire, on mentionne aussi que 10 à 15% des cours ne sont pas adéquats. On se demande notamment pourquoi certains professeurs issus du primaire forment de futurs enseignants destinés au secondaire. » TG du 12 nov. 2011).

Heureusement, le directeur de l’IUFE, Bernard Schneuwly, dément. Ouf ! IUFE ! Youpi ! On respire. On sent qu’on a frôlé le pire. La main gauche peut continuer à ignorer ce que fait la droite. Le CO forme en trois ans les élèves, les prépare brillamment aux tests PISA (destinés aux élèves de 15 ans, faut-il le rappeler) et tout va pour le mieux, non ? En quoi d’ailleurs les huit années qui précèdent joueraient-elles un rôle ? La cohérence du cursus de l’élève durant les onze années de l’école obligatoire, vantée depuis des lustres, doit relever du fantasme…

Toutefois, avec une certaine malice et lucidité, M. Schneuwly relève « qu’avec le nouveau plan d’études romand (PER), il n’est pas absurde que les enseignants du secondaire connaissent ce qui se fait avant. » On aura compris que ce n’était pas le cas auparavant, alors que rien ne l’empêchait. Le PER, introduit à la rentrée 2011, et qui concerne les 11 premières années d’école, fera-t-il finalement évoluer les mentalités et arrivera-t-il à faire en sorte que l’intérêt des élèves soit pris en compte ?

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03/09/2008

L'école finlandaise, eh oui, encore...

Je relaie (plus bas) une information transmise par l’association Former sans exclure.

La question que l’on devrait se poser, au-delà des considérations dignes du café du commerce (« l’école est une catastrophe, les élèves n’apprennent plus rien, ne savent plus rien, etc. ») est :

- Est-ce que l’école genevoise prend la bonne direction ?

La population, dans son immense majorité, désire que le niveau de formation augmente et lutter contre l'échec scolaire. Là réside la véritable volonté populaire. Celles et ceux qui voudront bien lire les lignes qui suivent (et pourquoi pas l’article complet sur le site) pourront répondre à la question. Et si la réponse est non, alors essayons de corriger le tir et de ne surtout pas céder au fatalisme !

Le message de Former sans exclure (former-sans-exclure.org) :

°°°°°°°°°°°°°°°

Organisation et politique de l'école finlandaise, sur le site de l'Ecole démocratique (Belgique), juillet 2008

Jusque dans les années 60 les jeunes finlandais n’avaient pas tous la possibilité de suivre un enseignement secondaire, l’enseignement n’étant pas encore organisé partout dans ce pays immense, à faible démographie et relativement pauvre. Mais l’égalité des chances étant alors une priorité politique, des réformes ont permis à l’enseignement de s’organiser et d’évoluer très rapidement. (...) L’enseignement actuel découle directement de cette politique volontariste des années 70. Il existait alors des écoles semi-privées et des écoles publiques, elles furent fondues en un seul réseau public, les écoles semi-privées ayant 7 ans pour se conformer aux normes des écoles publiques au risque d’être tout simplement fermées. (...) Le premier avis qui fut entendu sur la réforme, lorsqu’elle a été lancée dans les années 70, était que le niveau allait baisser, or les plus faibles ont été entraînés par les autres et les plus faibles de Finlande sont encore très forts par rapport à la moyenne européenne car tous les élèves à tous les niveaux ont au moins un niveau minimum acceptable.

Grands principes :

  • Egalité d’accès - pas de sélection : toutes les écoles offrent la même qualité pédagogique et les mêmes équipements (les écoles de campagne sont éventuellement mieux équipées encore).
  • Pas de choix d’école jusqu’à 16 ans : c’est l’école du quartier d’office (mais toutes les écoles se valent). Choix possible après 16 ans.
  • Gratuité intégrale – école publique : scolarité, fournitures, matériel, instruments de musique, bibliothèques bien fournies, écran de taille moyenne, ordis, repas, transports, sorties de classes, voyages d’études, remédiation, logopédie, psychologue…
  • Tronc commun – pas de filière jusqu’à 16 ans (sauf un choix entre une troisième langue étrangère ou plus de maths).
  • Apprentissage précoce des langues.
  • Pas de notation avant 13 ans et pas de redoublement (car c’est pire et coûteux).
  • Toutes les matières doivent être réussies.
  • Remédiation précoce : tous les professeurs sont formés au repérage des difficultés (même avant l’âge de 6 ans), et à la remédiation ; si la tâche est trop importante, il peut faire appel au professeur ‘ultra-spécialisé’ dans la remédiation, celui-ci est disponible dans chaque école pour des cours particuliers.
  • Equipes pédagogiques soutenues (formation continue).
  • En classe on parle, on explique, on comprend ; c’est à la maison qu’on écrit.
  • Peu de travaux extra-scolaires et les instructions pour le travail à domicile et la motivation pour celui-ci sont travaillés en classe (pistes, exemples…).

>> Le texte intégral sur le site de l'APED | html

10:12 Publié dans Formation | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook