Tableau noir - Page 5

  • Encore une pétition sur l'école...

    Apparemment, un référendum contre l’horaire scolaire ne suffisait pas. Voilà le groupement des associations de parents d’élèves (GAPP) qui lance sa pétition. On peut se réjouir de ce frémissement du GAPP, plutôt habitué ces derniers temps à dire ni oui ni non bien au contraire et donc à ne prendre position sur rien – en particulier lors de votations populaires sur l’école, ce qui est un comble. Incapable de se déterminer lors de la consultation sur l’horaire scolaire, s’autorisant à fustiger l’avis des enseignant-e-s, tournant au moindre vent, le GAPP réclame tout à coup davantage de moyens, rejoignant les revendications du syndicat, exprimées elles clairement depuis des lustres. Mais face à un parlement majoritairement méprisant à l’égard de l’enseignement primaire et ignorant de la réalité des huit premiers degrés de l’école, à quoi peut bien servir une pétition ? A moins de faire plus que les 17'000 signatures récoltées pour le latin récemment, on peut avoir des doutes sur l’utilité de la manœuvre. On peut certes souhaiter que ce texte permette à toutes les citoyennes et à tous les citoyens qui ne peuvent signer un référendum (en particulier les parents qui n’ont pas la nationalité suisse) d’exprimer leur inquiétude sur la politique scolaire menée depuis deux décennies. En cela, la pétition jouera, je l’espère, un rôle complémentaire au référendum contre le mercredi matin d’école. Cependant, il faudrait être naïf pour ne pas voir dans l’initiative du GAPP une manière de détourner l’attention du vrai enjeu et de porter atteinte au référendum. Dans le débat toujours difficile qui règne dès qu’il s’agit d’école, il faut craindre que deux textes circulant en même temps ne soient confondus et que certain-e-s signataires de la pétition déclinent ensuite l’offre d’apposer leur signature sur le référendum, pensant à tort l’avoir déjà fait. Personnellement, sur les stands et ailleurs, je ferai signer les deux textes, en accordant une priorité bien naturelle au référendum. Je pense même que nombre d’APE (associations de parents d’élèves) procéderont de même. En effet, dès que le référendum contre le mercredi matin sera lancé (début juin), il faudra s’activer afin qu’au minimum 7'000 signatures valables soient récoltées en 40 jours.

  • Projet de nouvel horaire scolaire : préalables clairement exprimés

    Le conseiller d’Etat chargé du DIP, Charles Beer, regrette (Le Courrier du 21 avril 2011) de ne pas avoir eu connaissance des revendications du syndicat quant à un éventuel changement d’horaire scolaire. Voilà qui pourrait surprendre si sa stratégie visant à déprécier la SPG – et tout le corps enseignant par la même occasion – n’était pas aussi évidente. Faute de vrais arguments et après avoir largement manipulé la population, le DIP persiste donc à désinformer.

    Qui pourrait cependant imaginer que le syndicat aurait omis de poser ses conditions en termes de moyens et de postes ? Cela s’est fait, bien entendu, de manière constante dans les instances ad hoc et ailleurs. Par exemple, le DIP ne peut avoir oublié que lorsque le Cartel intersyndical a déposé 14 pétitions auprès du Conseil d’Etat le 17 décembre 2009, il y en avait une qui émanait de la SPG et qui énonçait trois revendications très claires (reproduites ici intégralement) :

    1. une nette amélioration du taux d’encadrement à la rentrée 2010, d’un point au minimum (16 au lieu de 17) selon le calcul en vigueur et les conditions actuelles, soit environ 100 postes supplémentaires, première étape pour aller vers le rétablissement progressif d’un ratio élèves/postes d’enseignement acceptable (14, comme au début des années 90) ;
    2. une diminution de la charge d’enseignement (revendication SER 2002), de 4 périodes (soit 24 périodes de 45’ hebdomadaires au maximum) dès la rentrée 2010 – avant tout éventuel changement d’horaire scolaire – et l’augmentation des postes en conséquence ;
    3. l’octroi de moyens spécifiques à l’enseignement spécialisé, dès janvier 2010, afin d’accueillir et d’intégrer tous les élèves à besoins particuliers ou handicapés dans de bonnes conditions, et sans enlever des ressources aux autres.

    Cette pétition de l’enseignement primaire (P 1707) avait recueilli quelque 1'500 signatures en un mois. Intitulée « Davantage de moyens pour encadrer les élèves ! Moins de charges de travail pour un enseignement de qualité ! », elle posait de manière concise les éléments à mettre en œuvre pour améliorer l’école primaire et les préalables à toute entrée en matière sur une éventuelle modification de l’horaire de l’écolier. Le Conseil d’Etat avait d’ailleurs affirmé accorder une grande importance à ces 14 pétitions et Charles Beer avait lui-même présidé une séance de quatre heures avec le Cartel pour passer en revue quelques-uns des textes touchant de près son département. Aujourd’hui, alors que le DIP n’a répondu à aucune des revendications, qu’aucun moyen supplémentaire n’a été octroyé à l’enseignement primaire, il est sans doute préférable de feindre l’ignorance.

  • Vers une votation sur l'horaire scolaire

    L’Assemblée générale de la SPG réunie le 12 avril a décidé à la quasi unanimité (une seule voix contre - 200 favorables) de lancer un référendum contre la loi sur l’horaire scolaire. Plus de deux cents enseignant-e-s étaient présent-e-s pour exprimer leur ras-le-bol devant des conditions d’enseignement qui se détériorent depuis vingt ans. Face à un département qui, objectivement, n’a pas amélioré le taux d’encadrement des élèves, le corps enseignant n’est pas prêt à s’en laisser conter avec les promesses tardives de postes. Comment croire que des moyens pourraient surgir miraculeusement, alors que cela semblait impossible durant dix ans ? Comment accepter des postes, en admettant qu’ils existent un jour, qui, de toute façon, ne viendraient pas combler le manque de profs dénoncé depuis la fin des années nonante ? L’enseignement primaire avait à l'époque dû accueillir 6'000 élèves en plus (passant de 27'000 à 33'000 élèves en six ans) sans aucun poste supplémentaire (ou presque) ! Bref, la question de l’horaire de l’écolier est très complexe et il y aurait encore beaucoup de choses à dire : en attendant, la résolution prise par la SPG donne un signal fort, propice aux débats… et à une abondante récolte de signatures !

  • L'heureuse résistance des enseignant-e-s

    Il y a un peu plus d’un an, lorsque le département de l’instruction publique (DIP) envisageait d’augmenter l’horaire de l’écolier dès la rentrée 2011, seuls 80 postes supplémentaires étaient prévus. 80 postes pour couvrir un ajout de 4 périodes hebdomadaires à chacun des 8 degrés que compte l’école primaire : le projet était à l’évidence irréaliste et le syndicat ne s’était pas privé de dénoncer cette incohérence. Obligé de plancher un peu plus sérieusement sur le sujet, le DIP lançait ensuite, en mars 2010, une très large consultation sur un unique scénario, instaurant le mercredi matin d’école. Cependant, toujours mal ficelé et assorti d’aucun chiffrage de moyens convaincant, le projet d’un nouvel horaire scolaire était rejeté sans aucune équivoque par le 86% du corps enseignant. Une nouvelle fois, le DIP était contraint de revoir ses plans et annonçait finalement le changement probable d’horaire pour la rentrée 2013. Aujourd’hui, le DIP parle de 207 postes supplémentaires « pour assurer l’école le mercredi matin au cycle moyen » (TdG du 25 mars 2011). Le cycle moyen comptant 4 degrés, c’est bien une cinquantaine de postes par année scolaire qui serait ajoutée. Selon la première prévision du DIP, 10 postes supplémentaires en moyenne par degré auraient été suffisants … en voilà maintenant cinq fois plus ! Comment imaginer que cette stupéfiante progression (qui reste cependant totalement insuffisante) aurait pu exister si les enseignant-e-s n’avaient pas fait preuve de lucidité en dénonçant l’infaisabilité du projet et les soi-disant « évidences » à propos de l’horaire scolaire dont les médias et le DIP rebattent les oreilles des citoyen-ne-s ? La résistance du corps enseignant est salutaire à beaucoup d’égards et mérite d’être relevée. Elle doit encore se poursuivre. Etudier l’éventualité du lancement d’un référendum contre la loi modifiant l’horaire de l’élève se justifie pleinement.

  • Cyclokamikaze

    cyclo08.JPGDresser quelque 350 contraventions à l’encontre des cyclistes ne résout rien. L’opération de Pierre Maudet ne rassure personne et la police municipale devrait avoir mieux à faire que de traquer les cyclistes qui osent rouler sans sonnette. Pire, le conseiller administratif de la Ville de Genève aggrave la situation en usant d’un vocabulaire déplacé. En traitant les cyclistes de « cycloterroristes », il dresse les uns contre les autres. Rouler en vélo devient périlleux tant l’agressivité des automobilistes et de certains piétons va croissante. Beaucoup ignorent simplement les droits des cyclistes, ne les respectent donc pas, et se croient dans leur « bon droit » de coincer les vélos ou d’insulter leurs propriétaires. Et si les autorités les encouragent, cela devient insupportable. Essayez pas exemple de pédaler sur le trottoir du pont de la Coulouvrenière, là où c’est parfaitement autorisé… Quant aux conditions de circulation, elles sont épouvantables. On ne compte plus le nombre de pistes cyclables aberrantes, qui s’arrêtent sans crier gare. Impossible également d’utiliser une piste cyclable sans tomber sur un véhicule garé qui barre le passage. A propos, combien de contraventions pour stationnement illicite sur les pistes cyclables tombent-elles par mois ? Probablement zéro, tant il est vrai que l’on peut observer des voitures parquées pratiquement en permanence sur les bandes réservées aux cyclistes, et ce sans jamais le moindre papillon. Le summum est atteint quand il y a des travaux sur la chaussée. Là, les cyclistes ne comptent plus du tout. Dans le quartier de Saint-Jean, il y a des exemples ahurissants. Ainsi, en remontant la rue du Contrat-Social, la piste cyclable se termine brutalement à cause d’un chantier (aucune signalisation de travaux n’est posée en bas de la rue) et un aimable panneau invite les cyclistes à passer à gauche. Le problème, c’est que s’ils suivent l’indication, ils se jettent sur les voitures qui débouchent du chemin du Furet et qui n’ont aucune raison de s’attendre à voir des vélos arriver en sens inverse. Cette situation dure depuis plusieurs semaines et c’est une chance inouïe s’il n’y a pas encore eu un accident grave. Même si le bus 7 qui passe par là conduit à l’hôpital, aucun cycliste n’a envie de s’emplâtrer sur son pare-brise… à moins d’être un kamikaze et de vouloir se sacrifier pour faire avancer la cause.

  • Les doyens du CO ont fait grève. Et les maîtres adjoints du primaire ?

    Le vendredi 2 juillet 2010, dernier jour officiel d’école avant les vacances d’été, les quatre-vingts doyens du cycle d’orientation (CO) ont débrayé pendant une demi-heure ; c’est ce que nous apprend Le Courrier du 6 juillet. Cette action n’avait rien à voir avec le débrayage massif de l’enseignement primaire du 15 juin, et donc aucun rapport avec les menaces planant sur les caisses de pension. La nouvelle est passée plutôt inaperçue et, contrairement à la mobilisation du primaire, n’a pas suscité une réaction outrée du député libéral Pierre Weiss – pas d’interpellation urgente écrite (à ma connaissance du moins). Il faut dire que les élèves du CO étaient déjà libérés depuis une dizaine de jours…

    Mon propos n’est toutefois pas de commenter les raisons de cette mini-grève du secondaire 1. Mais plutôt de remercier les doyens d’attirer ainsi l’attention sur certaines réalités – ou plutôt disparités, devrais-je dire. Grosso modo, les quelque quatre-vingts doyens, à raison de quatre par CO, bénéficient chacun d’une décharge de 50% ; cela représente donc l’équivalent de 40 postes à plein temps. Au primaire, les maîtres adjoints effectuent des tâches comparables aux doyens. Mais les décharges uniques de 25% ou de 50% sont réservées aux grands établissements (de la taille d’un CO moyen). Ainsi, un établissement de 700 élèves ne bénéficie que d’un 50%, et le total de ces décharges pour l’enseignement primaire équivaut à 5 postes environ. En admettant que l’on veuille attribuer au primaire des forces de cet ordre égales à celles du CO, proportionnelles, il faudrait délivrer plus de 100 postes supplémentaires de maîtres adjoints.

    Le deuxième manque d’équité se révèle au niveau de la reconnaissance de cette responsabilité et de l’indemnité octroyée. Les doyens touchent 9'042.50 francs par an (753.55 fr. x 12 mois). Les maîtres adjoints, eux, peuvent tout juste compter sur environ 1'710 francs par an, quand les factures sont honorées… Cet éclairage n’est qu’un exemple de l’inégalité qui règne dans l’attribution des ressources au primaire et au secondaire 1. Des comparaisons entre les postes de secrétaires, bibliothécaires, infirmières, assistants sociaux, psychologues, etc. montreraient des différences similaires ou plus profondes encore. Dans ces conditions, et si aucun signe de correction n’est amorcé, comment imaginer la mise en place d’une scolarité obligatoire cohérente sur 11 degrés (de 4 à 15 ans) ? Comment croire à la création d’une direction générale de l’enseignement obligatoire, annoncée par le département de l’instruction publique (DIP) depuis un certain temps, et déjà reportée quelques fois… ?

  • Ecole obligatoire : la cohérence attendra

    L’école primaire risque-t-elle de se faire phagocyter par l’enseignement secondaire 1 ? Au motif que les deux niveaux devraient se rapprocher – ce qui est par ailleurs souhaitable – le projet de fusion des directions respectives est parfois évoqué, mais de manière allusive et sans réflexion ni imagination, au risque de laisser le modèle le mieux connu déteindre sur l’autre…
    L’école obligatoire à 4 ans (2012), l’introduction de l’anglais en 5ème primaire (prévue en 2013) et les attentes toujours plus nombreuses de la société envers l’école tendent à faire penser à un décalage, à un démarrage de l’école avancé de deux ans. Le cycle d’orientation (CO) – celui actuel, parce que le nouveau qui s’annonce en 2011, avec le retour des sections et ses multiples passerelles, sera plutôt coton ! – offre un système peut-être plus lisible, rassurant, avec tant d’heures de maths, tant de français, etc. ; il est aussi plus proche du vécu de chacun et donc mieux compris. Du coup, pourquoi ne pas appliquer aux élèves du primaire le régime réservé jusqu’à maintenant à ceux du CO ? Pourquoi ne pas leur imposer un horaire rempli de 32 périodes de 45 minutes ? En réalité, quantité n’est pas garantie de qualité. Mais un des problèmes principaux vient du fait que la majorité des acteurs a toujours de la peine à concevoir la scolarité obligatoire comme un tout. Onze degrés qui se suivent, sans scission, avec une progression cohérente du parcours de l’élève, serait-ce chose impossible ?
    Le département de l’instruction publique (DIP) avait bien annoncé la création d’une direction générale de l’enseignement obligatoire (DGEO) en 2009… Il n’en a rien été, bien évidemment, le projet est resté au point mort, et le CO continue à ignorer largement ce qui se fait au primaire. Après deux décennies au minimum de dénonciations d’incohérences diverses (par exemple, la généralisation de l’introduction de l’enseignement de l’allemand au primaire date de 1988 mais le CO n’en tient pas vraiment compte), les changements constatés par les enseignants sur le terrain sont minimes. Une DGEO ne constituerait pas la panacée, certes, surtout si elle se met en place dans la peur, l’incompréhension et le refus du corps enseignant secondaire qui craint notamment pour son statut. Mais faire perdurer deux directions générales ne se justifie pas, se révèle néfaste pour la formation des élèves ; une DGEO devrait donc se réaliser avant la fin de la législature. Il convient ainsi de discuter des conditions de mise en oeuvre pour que son avènement probable ne se fasse pas au détriment de l’une ou l’autre partie.
    En effet, la prépondérance du CO, si l’on considère par exemple qu’il lui revient d’accepter ou pas les élèves en provenance de l’enseignement primaire, existe bel et bien. Une situation inédite aurait pu permettre de modifier cela. En effet, le primaire d’abord puis le CO ont dû subir l’épreuve d’une votation populaire qui modifie leur organisation. Quoi qu’on pense de la traduction qui est faite de la volonté du souverain par les autorités, ce point commun aurait dû sauter aux yeux. Ainsi, le DIP aurait pu saisir l’occasion de fondre les règlements de l’enseignement primaire et du CO en un seul document, donnant enfin l’opportunité aux deux entités de commencer à construire l’avenir. Au lieu de cela, le primaire garde son règlement insatisfaisant et le CO modifie le sien précipitamment ; les territoires respectifs vont continuer à être gardés, avec avantage au secondaire qui conserve sa position dominante. Le paradoxe, c’est que le corps enseignant primaire voit bien l’intérêt qu’il y aurait à gagner en cohérence durant la scolarité obligatoire en regroupant les forces, et serait prêt à changer ses représentations pour le bien des élèves, mais que, au vu de la faiblesse et du peu de conviction de sa direction et du DIP, il résistera tant que les velléités de « secondariser » les huit premiers degrés de l’école ne seront pas clairement écartées.

  • Temps d'enseignement au primaire : Genève est dans la moyenne suisse

    Dans le cadre de la consultation sur le projet de nouvel horaire scolaire - qui ne concerne que l'enseignement primaire - d'aucuns pensent ou essaient de faire croire que les écoliers du canton de Genève sont ceux qui vont le moins à l'école.
    Or, les degrés de l'école primaire genevoise ont un temps d'enseignement qui se situe dans la moyenne suisse. Douze cantons sont moins bien dotés que Genève.
    Le vrai déficit se situe au secondaire I (au cycle d'orientation) où seul un canton suisse (NW) a un peu moins d'heures que le CO genevois.
    => Les deux tableaux extraits de L'Education en Suisse - Rapport 2010 (CSRE)* le montrent très bien.
    Il faut donc espérer que la consultation en cours permettra de révéler le manque de pertinence de l'unique scénario proposé afin de corriger le tir et de tenir compte de la réalité !
    *http://www.skbf-csre.ch/news.0.html?&L=1

  • Il faut éviter la "secondarisation" de l'école primaire

    Les spécificités propres à l’enseignement primaire sont-elles vouées à disparaître ? Méconnues, oubliées, moquées, minimisées ou ignorées, elles sont en tous les cas malmenées dans le contexte évolutif de l’école genevoise.
    Le concept de progression et de cohérence tout au long de la scolarité obligatoire est mis en avant depuis longtemps et constitue une priorité. Porteur d’un réel espoir, traduit d’une certaine manière avec le plan d’harmonisation scolaire suisse (HarmoS) qui adopte une nouvelle numérotation des degrés de 1 à 11, censé se concrétiser avec le plan d’études romand (PER), il bute en fait méchamment sur les représentations des uns et des autres, et en particulier sur celles des autorités. Dès 2000, le programme de suivi des acquis des élèves (PISA) a focalisé l’attention sur les résultats obtenus par les jeunes de 15 ans. La plupart des débats qui ont suivi, même quand ils avaient trait à l’enseignement primaire, ne parlaient en fait que des compétences et connaissances, acquises ou pas, au sortir de l’école obligatoire. Quelle que soit la véracité des propos – se résumant souvent, hélas, aux sempiternels lieux communs sur la baisse de niveau –, les discours ont démontré une vraie ignorance du travail effectué auprès des élèves de 4 à 12 ans. Aujourd’hui, la situation n’est pas meilleure, mais elle représente un danger accru au vu des projets en cours.
    Le changement de l’horaire de l’écolier, projeté pour 2011, est révélateur de la peine qu’ont les décideurs à appréhender la réalité du premier niveau d’enseignement. Le terme de « période d’enseignement », pratiquement jamais utilisé auparavant, est devenu soudain la norme. Il faudrait avoir tel nombre de périodes de 45 minutes de telle discipline pour réaliser les objectifs futurs du PER.
    Actuellement, il faut le répéter, la grille horaire est indicative. Il n’y a pas de découpage strict préétabli et les élèves n’interrompent pas leur activité au bout de trois quarts d’heure pour changer de classe. L’enseignant, professionnel responsable, doit trouver les moyens, en prenant en compte l’hétérogénéité de la classe et le contexte local, de conduire tous ses élèves à l’atteinte des objectifs d’apprentissage.
    Demain, s’il y a des maîtres spécialistes (MS) pour enseigner l’anglais, voire l’allemand (en plus des MS éducation physique, arts visuels et éducation musicale), si le temps passé à l’école par l’élève est supérieur à celui de son enseignant, il y a fort à parier que la grille horaire sera figée et que cette rigidité bridera à la fois la créativité et la différenciation pédagogiques. La notion d’enseignant généraliste s’évanouira, un métier s’éteindra, et les profs se croiseront dans l’école sans se connaître. La division du travail rendra davantage nécessaire l’élaboration de projets, engendrera la multiplication des réunions, des séances de suivi collégial, etc. pour tenter de sauver un semblant de cohérence… Un investissement lourd de conséquences, coûteux – il faudra à l’évidence diminuer la charge d’enseignement, déployer davantage de dispositifs d’appuis – et dont il n’est pas prouvé que les retombées seront bénéfiques.

  • Bientôt le couvre-feu ?

    La Ville de Genève continue à fermer ses préaux d’école. A cause des dealers dit-elle. Sous la pression des parents semble-t-il. Les conseils d’établissement ont trouvé un os à ronger plus consistant que le choix des saucisses de la fête de fin d’année. Cela tombe à pic pour cette instance nouvelle qui doit se trouver une raison d’exister. Hier, c’étaient les préaux des Eaux-Vives, des Vollandes et de Ferdinand-Hodler qui se voyaient cadenassés. Promis, juré cela ne devait être que des exceptions. Mais cela se poursuit. Aujourd’hui, c’est le préau du Seujet qui doit être barricadé ; et demain ? L’étau se resserre. Et à force de repousser le trafic et la consommation de drogue dans le quartier d’à côté, au lieu d’adopter une politique cohérente, ce sera bientôt la Ville entière qui sera concernée. La Ville de Berne vient de prendre la décision de fermer les préaux et les installations sportives de 22 heures à 6 heures, soi-disant pour lutter contre la consommation d’alcool et les déprédations. Une sorte de couvre-feu qui ne dit pas son nom mais entretient la peur et les délires sécuritaires. Quand tout sera bouclé et que les jeunes et autres citoyens ne trouveront plus ouvert un seul « lieu de vie » (cette appellation est encore censée s’appliquer aux préaux genevois), il ne faudra pas s’étonner des désagréments qui seront causés ailleurs. Mais pour certains, ce sera tout bénéfice car ils y verront la nécessité de prendre des mesures encore plus répressives…

  • La Gauche combative a un programme, elle

    En renonçant à donner un mot d’ordre clair pour l’élection au Conseil d’Etat, solidaritéS oblige ses membres à se taire ou à donner un avis personnel. Après les contorsions de certains candidats de la liste 4 (solidaritéS-Parti du Travail, qui n’a pas atteint le quorum le 11 oct.), bien empêtrés pour expliquer aux médias comment ils pouvaient à la fois refuser d’appeler à voter pour une formation quelconque, rejeter toutes les candidatures et condamner l’abstention, il paraît ardu de sortir de cette situation ridicule. Il me semble que solidaritéS aurait dû faire preuve d’ouverture et s’intéresser davantage à la démarche des Communistes. En effet, adopter en Assemblée le 14 octobre un communiqué ambigu (appeler à « barrer la route aux politiques antisociales, xénophobes et sécuritaires » en démontrant que le PS et les Verts seraient mieux ailleurs qu’au gouvernement) avant d’avoir pris connaissance des propositions avancées par Les Communistes était prématuré. Sur les 30 points du programme de la liste no 11 lancée par Les Communistes, « La Gauche combative », certains auraient mérités d’être critiqués, discutés, voire supprimés ou reformulés. Mais, pour ma part et vu que solidaritéS a préféré occulter ce débat, je me contente de ce programme clair, qui a le mérite d’exister – ce qui est loin d’être le cas pour les formations populistes ou candidatures farfelues –, et qui, s’il ne peut par la force des choses me correspondre à 100%, regroupe majoritairement des propositions auxquelles j’adhère. Je voterai donc pour les trois candidats du Parti Les Communistes le 15 novembre. J’estime qu’il faut aussi relever qu’en ne mettant que trois candidats, la Gauche combative laisse ainsi la possibilité de rajouter quatre autres prétendants au trône, par exemple ceux de l’Alternative. Enfin, vu qu’il faut bien reconnaître que cette liste no 11 est victime d’un certain ostracisme, médiatique et autre, je souhaite reproduire ci-dessous son programme afin que chacune et chacun puisse se faire une opinion.
    Propositions de la Gauche combative pour le Conseil d’Etat :
    Réforme des institutions et de l’Etat :
    • Baisser le quorum lors de l’élection au Grand Conseil à 1%.
    • Rendre le vote obligatoire.
    • Instaurer le Référendum révocatoire pour les mandats de Procureur général, de Conseiller d’Etat et de Conseiller administratif.
    • Interdire le cumul des mandats.
    • Réduire l’écart salarial dans la fonction publique et réduire les salaires des Conseillers d’Etat de 30%.
    • Abolir les forfaits fiscaux.
    • Plafonnement du budget des campagnes politiques à 50’000 francs et gratuité pour le dépôt de listes.
    Renforcement des services publics :
    • Créer une Caisse maladie publique cantonale avec primes proportionnelles aux revenus.
    • Gratuité des transports publics.
    • Gratuité de l’électricité et du gaz jusqu’à un certain seuil (consommation de base), et surfacturation progressive au-delà de ce seuil.
    • Abolir les taxes universitaires.
    Emploi et social :
    • Instaurer un salaire minimum interprofessionnel de 4’000 francs mensuels nets.
    • Imposer l’égalité salariale entre hommes et femmes.
    • Créer un Revenu de base garanti.
    • Obliger les collectivités publiques à engager prioritairement les chômeurs résidants dans le canton.
    • Des CCT dans tous les secteurs.
    • Interdire aux entreprises bénéficiaires de procéder à des licenciements économiques.
    • Mieux protéger les délégués syndicaux.
    • Rendre obligatoire l’Assurance perte de gain (APG) en cas de maladie.
    • Obliger les collectivités publiques à donner la priorité aux entreprises locales lorsqu’elles commandent du matériel et des services.
    Qualité de vie et protection de l’environnement :
    • Réserver le centre-ville aux piétons et développer les pistes cyclables.
    • Taxes d’immatriculation des véhicules : accentuation du bonus/malus lié aux émissions de CO2 et de particules fines.
    • Créer une écotaxe aéroportuaire pour financer les transports publics.
    • Instaurer une journée mensuelle sans voiture dans tout le canton.
    • Arrêter le déclassement des terrains agricoles.
    • Rendre accessibles les rives du lac.
    • Interdire la publicité commerciale dans l’espace public.
    Education et culture :
    • Formation obligatoire et gratuite pour tous les jeunes jusqu’à 18 ans.
    • Développer des structures artistiques publiques pour les enfants et adolescents.
    Logement :
    • Municipalisation partielle du parc immobilier locatif.

  • Modifier l'horaire scolaire : un défi sensé ?

    Au moment où paraissent les résultats de l'enquête sur l'horaire de l'élève (www.spg-syndicat.ch), réalisée auprès de l'ensemble du corps enseignant primaire, il n'est pas inutile de rappeler les propos tenus par le syndicat lors du démarrage de la concertation.

    Le 28 avril, le département de l’instruction publique (DIP) a organisé une séance destinée à annoncer la mise en place d’une commission générale HarmoS et horaire scolaire. Le lancement officiel de la concertation a permis aux partenaires principaux (ACG, GAPP et SPG) de s’exprimer brièvement sur le sujet. Voilà, en résumé, les éléments que j’ai retenus pour effectuer mon intervention:
    « La SPG a pris acte de la volonté politique d’augmenter l’horaire scolaire en 2011. Elle n’a pas de position sur cette question pour le moment et consultera sa base en temps voulu. En effet, malgré l’enquête téléphonique du service de la recherche en éducation (SRED, déc. 2008) auprès des parents et le questionnaire du GAPP (mars 2009), l’association professionnelle a choisi de faire preuve de retenue, pour ne pas ajouter de la confusion et permettre à la concertation de démarrer, si possible et nonobstant ces initiatives, de manière coordonnée. La SPG se veut la garante d’un débat correct, sans manipulation. Il est ainsi prématuré de prétendre, comme le fait le tous-ménages du DIP, Les Clefs de l’Ecole (avril 2009), que l’enseignement primaire doit passer de 28 à 32 périodes. Et il est mensonger d’affirmer sans nuance que c’est l’harmonisation scolaire suisse qui poserait cette exigence.
    L’horaire de l’écolier actuel, en vigueur depuis 1997, est le fruit d’une longue et large consultation. Elle a permis aux parents et aux enseignants d’obtenir une solution contraire aux vœux de la conseillère d’Etat de l’époque, Mme Martine Brunschwig Graf. Aucune heure d’enseignement n’a été perdue dans le changement (la suppression du samedi matin d’école, qui subsistait une semaine sur deux) et cet horaire réparti sur quatre jours, identique dans tout le canton, donne satisfaction.
    Pour justifier sa récente décision, le département invoque aussi la corrélation entre les résultats à PISA et le temps passé à l’école. Outre l’inexactitude de ce propos, la SPG y voit un certain paradoxe. Le DIP s’est ingénié à démontrer – de façon tout à fait convaincante – que le classement dont bénéficie Genève n’est pas représentatif de la réalité, que la prise en compte des non natifs, entre autres, apporte une autre vision. Il a également fait part de sa méfiance à l’égard des palmarès. Mais il donne aujourd’hui l’impression pathétique d’être résolu à tout pour gagner des places… Quant à l’introduction de l’anglais (pas avant 2012), autre raison avancée pour augmenter l’horaire, il ne concerne que deux degrés sur huit.
    Mais pourquoi, selon de DIP, seul l’enseignement primaire serait concerné par la modification de l’horaire ? Parce qu’il faut faire comme les autres et avoir quatre jours et demi d’école ? Cet argument, qui a été prononcé par les autorités, paraît quand même léger. La scolarité obligatoire compte bien onze degrés et c’est à la cohérence du tout qu’il faut veiller. Par ailleurs, la logique des minutes n’est pas la meilleure entrée. La grille horaire du primaire est indicative et doit le rester. Les enseignants primaires ne donnent pas leurs cours chronomètre en main ; leur professionnalisme les oblige d’abord à identifier les besoins des élèves et à y répondre. Si les comptes d’apothicaires sont à éviter et que les chiffres recèlent un côté rébarbatif, le document de l’IRDP sur le temps scolaire effectif des élèves de la Suisse romande et du Tessin mérite d’être utilisé (un autre sujet serait de déterminer dans quelle mesure le temps effectif passé en classe correspond à un véritable temps d’enseignement…). Fribourg, canton souvent cité en exemple, totalise 494'950 minutes pour les degrés 1 à 9 actuels ; Genève seulement 448'710. La différence est donc de 46'240 minutes. Mais ce déficit concerne surtout le cycle d’orientation genevois qui accuse, pour trois degrés seulement, un retard de 20'830 minutes, contre 25'410 pour les six années qui précèdent. Cette comparaison prouve que le secondaire 1 fait bien partie de la problématique.
    En conclusion, la SPG désire une vraie concertation, une consultation coordonnée, où les dés ne sont pas pipés, et où priment les intérêts des élèves et du corps enseignant de toute la scolarité obligatoire. »
    (texte paru dans l’Educateur du 22 mai 2009)

  • La plagiat sied aux radicaux...

    Il aura fallu deux ans au Parti radical genevois pour comprendre que son initiative pour l’accueil continu des élèves (IN 141), lancée le 31 août 2007, était mauvaise. Hier encore, les députés radicaux se sentaient incompris. Aujourd’hui, pour griller la politesse aux autres groupements qui auraient l’idée de présenter un contreprojet intelligent, les radicaux ne trouvent rien de mieux que de déposer – contre leur propre texte – l’article de loi du Parti socialiste vaudois… Dans le genre économie de réflexion, c’est pas mal, surtout si on en est quelque peu dépourvu. Ce qui est plaisant, c’est que ce plagiat n’est pas une première. En effet, pour tenter de récupérer les votes des quelque 28'000 signataires de l’initiative pour le maintien des notes, aboutie en 2003, le Parti radical avait déjà, en 2004, fait un copier-coller de la loi vaudoise, celle qui avait réussi à faire retirer l’initiative sur les notes chez nos voisins. Mais ce coup médiatique était resté sans lendemain. Imiter sans inspiration n’est pas gage de succès et Vaud ne fait pas vraiment école à Genève. Le Parti radical se retrouve dans la position de l’élève qui, non content d’avoir redoublé et d’avoir gaspillé son année à ne rien faire en préférant se plaindre, se voit contraint de tricher au dernier moment, lorsque l’examen arrive.

  • IN 138 : le retrait, finalement...

    Il faut bien écrire quelques lignes pour clore (pour combien de temps ?) ce dossier… Le 8 juin, le comité a donc décidé par 8 voix contre 7 de retirer l’initiative 138 « S’organiser contre l’échec scolaire et garantir une formation pour tous les jeunes ». Il n’y aura pas de votation le 27 septembre 2009 sur les classes intégrées au CO, malgré les positions des associations professionnelles du primaire et du cycle en faveur du maintien de l’IN 138 (SPG à 58% ; FAMCO à 83%). Les représentants des syndicats ont assumé leur rôle au sein du comité d’initiative mais leurs voix ne comptaient pas davantage que celles des individus. Dans une situation aussi complexe et un contexte aussi inédit (initiative vs contreprojet, report de la votation du 30 nov. de 6 mois, vote le 17 mai où le vainqueur devient un contreprojet indirect à une deuxième initiative) personne ne pouvait faire une analyse crédible ou un pronostic réaliste. La décision prise implique certes que le score de l’IN 138 auprès de la population demeurera à jamais inconnu. Mais le combat pour une école où les élèves ne sont pas cloisonnés dans des filières continue. Et si une nouvelle initiative devait voir le jour (dans quelques années… ?), alors il faudra bien songer à la composition de son comité, à la pérennité et au poids des associations représentées, sachant qu’entre le lancement d’un projet de loi et le vote, trois ans peuvent s’écouler.

  • IN 138 : la tendance est au maintien

    COMMUNIQUÉ de la SPG :

    L’Assemblée générale (AG) de la Société pédagogique genevoise (SPG) s’est prononcée en faveur du maintien de l’initiative 138 « S’organiser contre l’échec scolaire et garantir une formation pour tous les jeunes ». Réunie le 26 mai au soir, l’AG a clairement annoncé sa volonté d’aller au bout du processus démocratique en soumettant au peuple, lors de la votation du 27 septembre 2009, un texte cohérent pour l’ensemble de la scolarité (primaire, secondaire 1 & 2). Le vote de tendance proposé à l’instance suprême du syndicat du primaire a donné les résultats suivants : 47% en faveur du maintien de l’IN 138 ; 34% pour le retrait et 19% d’abstentions (342 bulletins de vote valables). L’Assemblée a débattu sereinement des enjeux. La question principale, sous-jacente dans les arguments des uns et des autres, pouvait se résumer ainsi : comment défendre au mieux une sélection retardée et le principe de classes intégrant tous les élèves ? L’AG a estimé que seule la votation permettrait de faire avancer le combat contre l’exclusion et la culture de l’échec, qui minent le système éducatif. La décision finale du maintien ou du retrait de l’IN 138 appartient toutefois au comité d’initiative qui se prononcera le 8 juin.