25/08/2008

Interroger le cadre scolaire

Les enseignants et les éducateurs savent bien que les élèves dont ils ont la charge ont besoin de cadre. Une nécessité vitale pour se construire et qui se vérifie par le fait que ce cadre est souvent attaqué. En effet, pratiquement tout élève, une fois ou l’autre, suivant ses difficultés aussi, testera, contestera, parfois avec une rare ténacité, la solidité et la cohérence des règles qui lui sont imposées. Pour lui permettre de grandir, d’entrer dans les apprentissages, de simplement exister, les réponses des adultes à l’enfant ne devront pas être floues ou s’apparenter à des aveux de faiblesse. Ce travail constant de rappel et de redéfinition du cadre, sans abdication aucune, fait partie du métier, représente la condition sine qua non pour que les élèves retirent quelque chose de l’école. Les enseignants l’auraient-ils oublié ? Je ne le crois pas. D’abord parce qu’il faudrait être assez naïf pour considérer le corps enseignant comme une bande composée en majorité de soixante-huitards (attardés) qui s’obstinent à s’interdire d’interdire… Ensuite, parce que la remise en question de l’école n’est pas réservée à quelques turbulents, facilement repérables par ailleurs. Je veux dire par là que lorsqu’on parle de difficultés d’apprentissage, expression à la limite du pléonasme, chaque élève, à quelques exceptions près, est concerné. Car apprendre n’est pas aisé, demande des efforts et ne va pas de soi. Ainsi, il est normal de résister, de se montrer certaines fois récalcitrant, bref, de remettre en cause celui qui vous contraint à dévoiler vos lacunes pour mieux les combler. Bien sûr, il ne faut pas faire d’amalgame et confondre ce qui relève d’un processus normal d’apprentissage et des relations maître-élèves avec un comportement difficile, « hors-la-loi », d’un élève qui met, lui, l’institution, les autres et soi-même en danger. Toutefois, l’école semble bien en proie à une augmentation de cas d’élèves, toujours plus jeunes, qui déstabilisent le système. Les Assises romandes de l’éducation débattront de ce problème le 27 septembre. Inscrivez-vous !

L’autorité dans et à l’école : « Cadrer pour éduquer » ; inscriptions en ligne : http://www.le-ser.ch/ser/even/08_assises_accueil.html

 

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24/08/2008

Vivace, la culture de l'échec...

« Les notes ne changent rien » lit-on dans la Tribune du 23 août. Selon les chiffres du département de l’instruction publique, le retour des notes en 2007 (réintroduction des moyennes en fait) n’a pas engendré davantage d’échecs et « seul » un 2% des élèves de sixième primaire (6P) double. Mais il existe d’autres chiffres, soigneusement occultés. En effet, au 1er trimestre de l’année scolaire 2007-08 (novembre), avec le tout nouveau livret scolaire, 8% des élèves de 6P n’étaient pas promus au CO. Au 2ème trimestre (février), il n’y en avait plus que 5%... et en juin, à la fin de l’année, ô merveille, on retombait sur ce fameux 2%, politiquement acceptable semble-t-il. Il faut aussi savoir que le pourcentage d’élèves de 6P qui ne passent pas au cycle d’orientation (CO) n’a jamais fléchi, durant les treize dernières années, mais n’a non plus jamais atteint les 2%. En effet, la moyenne des redoublements de 6P, entre 1995 et 2007, se situe à 1,2%, et le plus haut chiffre est 1,7% (en 2004). Il y a donc bien une augmentation, même si elle est faible, du nombre d’élèves empêchés d’entrer au CO. Ces chiffres donneront lieu à diverses interprétations et il faudra vérifier si la dernière année du primaire devient réellement plus sélective. Mais une chose semble sûre : notes ou pas, rénovation ou pas, l’échec scolaire reste, inexorablement, ancré dans les mentalités. Autant un nombre trop important d’élèves laissés sur le bord de la route est inacceptable – et les enseignants et les autorités prennent des mesures, parfois discutables, pour éviter cet écueil –  autant réduire significativement l’échec scolaire, voire le supprimer, semble inimaginable, pour ne pas dire louche. Ainsi, sans vraiment le dire, le taux d’échec est quasiment fixé à l’avance, même si le département n’a pas le cynisme de le déterminer officiellement, et les réformes, quelles qu’elles soient, mais trop éphémères sans doute quand elles entendent s’y attaquer, n’y changent rien.

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17/08/2008

Cadrer pour éduquer

Comment gérer les élèves qui sont à la merci du «pulsionnel et de la sauvagerie» ? Ces enfants et ces jeunes meurtris par la vie, hostiles à l’école, attachés à la facilité, ennemis du moindre effort, dédaignant ostensiblement les savoirs et ne partageant apparemment aucune des valeurs véhiculées par l’école ?

Le syndicat des enseignants romands (SER) organise tous les deux ans les Assises romandes de l’éducation. Le prochain rendez-vous a lieu le samedi 27 septembre à Lausanne (Dorigny).

Cette année, les Assises ont pour thème: Cadrer pour éduquer

Cette manifestation est ouverte à toutes et à tous. Une occasion de débattre ensemble de l’école, non ? Alors, bienvenue aux Assises !

(On peut s'inscrire en ligne: http://www.le-ser.ch/ser/even/inscription_assises08.php)

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08/08/2008

Théâtre sans cabots...

Les molosses sont interdits à Genève en vertu de la loi, et sur scène aussi, apparemment. Le Courrier du 7 août nous apprend ainsi que la pièce « Inferno » devra supprimer l’ouverture de son spectacle prévue avec des chiens d’attaque. Voilà une conséquence assez inattendue de l’acceptation récente par le peuple de l’initiative « pour l’interdiction des chiens dangereux ». Si cette loi est passée si facilement, ce n’est pas par phobie ou délire sécuritaire mais bien parce qu’il n’était plus possible de rester bras ballants devant les accidents qui se multipliaient et dont les enfants étaient les principales victimes. Quel rapport toutefois avec une pièce de théâtre ?

Si j’élevais un tigre dans mon appartement et que je l’emmenais promener au parc, cela créerait à coup sûr un certain émoi et on me confisquerait vite fait le fauve. Mais le cirque Knie est-il pour autant empêché de produire ses numéros avec lions, panthères et autres animaux féroces ? Si seulement, penseront certains… Mais la question n’est pas là.

Des dérogations sont prévues et il n’a jamais été envisagé par les personnes qui soutenaient l’initiative contre les molosses que la loi servirait à censurer un spectacle. Les acteurs n’auront-ils plus le droit d’allumer une cigarette sur scène au prétexte que la fumée est interdite dans les lieux publics ? Nulle loi n’est parfaite mais essayons si possible d’éviter de les rendre absurdes par excès de rigidité.

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07/08/2008

Rentrée 2008: c'est mal barré...

L’introduction au primaire de directions d’école, nouveauté de la rentrée 2008, ne convainc pas tout le monde. A commencer par la direction générale qui multiplie les directives par peur du pouvoir qui lui échappe. Tous les enseignants viennent ainsi de recevoir une missive du service des ressources humaines leur signifiant que « les séances de rentrée auront lieu dans tous les établissements le vendredi 22 août 2008, le matin ». Cette décision unilatérale, certes anecdotique – et qui ne sera pas respectée partout – est révélatrice des angoisses du centre, censément concerné lui aussi par la réforme, mais qui a en fait le plus de mal à se remettre en question. La crainte de la perte de contrôle et les fantasmes de la maîtrise absolue du système créent depuis longtemps des dysfonctionnements et ne semblent pas prêts de s’arrêter. Pourtant, les maîtres mots, à l’origine du nouveau fonctionnement du primaire, étaient bien « décentralisation », « déhiérarchisation » et « autonomie partielle ». Mais aujourd’hui, la direction générale éprouve le besoin de fixer la date de rencontre du corps enseignant, qui se réunit avant l’accueil des élèves, comme s’il y avait une quelconque importance à rassembler les profs au même moment dans tout le canton. Jusqu’à présent les équipes fixaient elles-mêmes le jour qui leur convenait le mieux dans la semaine qui précédait la rentrée scolaire, et personne ne trouvait rien à y redire. Assister à un tel resserrement avant même que l’école ait recommencé n’est pas de bon augure. Peut-être que la direction générale serait rassurée si bientôt tous les élèves du canton récitaient la même leçon à la même heure… De régressions en régressions l’école aura de la peine à évoluer. Et les directeurs des 91 établissements primaires auront des difficultés à justifier leur rôle s’ils se font sans arrêt contrarier par leur hiérarchie et dicter des futilités. Allez, il leur reste quand même, pour l’instant et pour bien débuter dans leur fonction, la grande responsabilité de fixer l’heure et la durée de la pause de la séance du 22 août – en concertation avec l’équipe, cela va de soi ! Mais espérons qu’on leur aura donné l’ordre d’amener les croissants, des fois que ces cadres supérieurs n’y auraient pas pensé tout seuls…

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29/06/2008

Maîtres adjoints au primaire : une polémique inutile et dangereuse

Les enseignants doivent pouvoir se consacrer à l’enseignement et à leurs élèves. Le directeur d’établissement, à la rentrée prochaine, devra les décharger de tout ce qui les empêcherait d’assumer cette mission. Mais un directeur du primaire aura parfois à gérer un établissement de la taille d’un cycle d’orientation (plus de 600 élèves) formé de quatre écoles séparées. Il sera aussi appelé fréquemment à quitter son lieu de travail (séances avec le département, formation de cadre, réunions avec la commune, etc.). Désigner un maître adjoint par bâtiment est une mesure sensée. Il ne s’agit pas de créer un échelon supplémentaire ni de sortir les enseignants de leurs classes mais simplement de reconnaître qu’un travail important, hors enseignement, est indispensable au bon fonctionnement du système et ne peut être garanti par le seul directeur ni être effectué bénévolement par le corps enseignant. Les cris d’orfraie poussés par certains devant les maigres ressources dégagées pour cette fonction provisoire (elle sera évaluée au bout d’un an) relèvent de la mauvaise foi ou d’une méconnaissance profonde du primaire et du nouveau fonctionnement prévu. 1,4 million pour payer des heures supplémentaires et quelques bouts de postes représente le strict minimum pour démarrer. Cette goutte d’huile dans les rouages permettra peut-être à l’école de se désensabler peu à peu. Mais si le mépris et la mesquinerie l’emportent une fois encore quand il est question du primaire, il y a fort à parier que les dysfonctionnements d’aujourd’hui perdureront et aggraveront le manque de confiance envers l’institution.

 

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08/06/2008

Remballe l’hétérogénéité dans ton short, camarade !

Deux initiatives sur le cycle d'orientation (CO) et un contre-projet : le débat sur les trois degrés de la fin de la scolarité obligatoire semble soudain compliqué. Le sort du primaire était facile à régler – le jargon des pédagogues n'était qu'un ramassis d'inepties à ignorer sans discussion – mais pour le CO, va falloir la jouer finement. Foin du simplisme consacré le 24 septembre 2006 et place aux hautes stratégies pour assurer la formation des jeunes. Toutefois, le journaliste indépendant Pascal Décaillet, dans la Tribune de Genève du 5 juin, avertit : « attention à l'excès de complexité » ! Il est vrai que la veille, il recevait sur le plateau de son émission un invité quasi permanent, Jean Romain. Ce dernier venait avec une requête d'une audace folle : autoriser l'hétérogénéité en 7ème année lors des cours de gym. Une idée stupéfiante d’originalité, téméraire, qui revient, en quelque sorte, à promouvoir une hétérogénéité à plusieurs niveaux. Mais qui plonge irrémédiablement le citoyen dans des abîmes de réflexions d'où il ne pourra à l'évidence sortir indemne. Faut-il prendre le risque extrême de mélanger les faibles et les forts aux cours d'éducation physique ? Les complexions délicates ne risquent-elles pas de tirer vers le bas les vigoureuses ? Les élèves malingres ne vont-ils pas freiner les plus robustes dans leurs efforts ? Ceux qui ne comprennent pas les règles du jeu n'empêcheront-ils pas le déroulement des matchs ? N'y a-t-il pas à craindre des retenues de short déloyales par des condisciples chétifs lors du traditionnel cross ? Etc. Le prof de philo du post-obligatoire, grandiose dès qu'il s'agit de vomir sur l'instruction publique, reçoit une mauvaise note pour son intrépide proposition. En effet, l'animateur de la TV locale conteste a posteriori la légitimité de cette intervention intempestive. Ouf ! Dire que sans cela le peuple aurait pu s'égarer, mal saisir l'enjeu, voire se tromper sur la votation à venir ! La compréhensibilité du système scolaire est sauve ; l'école a eu chaud.

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27/04/2008

La classe de trop… et les classes en moins !

Le Conseil d’Etat a accordé la classe salariale 24 aux futurs directeurs d’établissements du primaire. Cette annonce a provoqué un fort mécontentement auprès du corps enseignant. Il faut dire qu’il avait toujours été question au préalable de la classe 23. Octroyer ce bonus maintenant, alors que ces personnes ne sont même pas entrées en fonction, relève d’une rare maladresse. En effet, cette décision, avant tout politique, vise à caresser dans le sens du poil les futurs cadres supérieurs et à leur faire croire qu’ils auront une position égale à leurs collègues du secondaire. Mais, dans ce cas-là, pourquoi ne pas les mettre en classe 26, comme les directeurs du CO ? Sûrement parce que, comme d’habitude, dès qu’il s’agit du primaire, on préfère voir petit… Toutefois, les directeurs du primaire ont d’autres préoccupations, plus urgentes. Les conditions dans lesquelles ils pourront commencer à exercer le 25 août 2008, à la rentrée, sont plus importantes que leur bulletin de paie. Qu’importe en effet un traitement salarial plus ou moins haut s’il faut démissionner après quelques mois tant la tâche est rendue impossible ? Le Conseil d’Etat, en faisant preuve de largesses envers les directeurs, les met en réalité en mauvaise posture. Les enseignants auront de la peine à comprendre que leurs supérieurs hiérarchiques soient surpayés alors que, en parallèle, des efforts importants sont demandés à la base depuis des décennies. Le département envisage même de faire empirer la situation l’an prochain : les maîtres devraient ainsi accepter sans broncher davantage d’élèves par classe et des suppressions de postes. Une classe salariale de plus d’un côté et des fermetures massives de classes de l’autre, c’est simplement indécent. La différence entre la classe salariale 23 et la 24 représente, pour un traitement moyen, le montant de 6'100.- francs par an. Multiplié par 90 (le nombre de postes de directeurs), cela fait quand même 549'000.- francs, soit l’équivalent d’environ cinq postes d’enseignants. Certes, cela n’est pas énorme et ne suffirait pas à combler les manques. Mais quand on voit le département de l’instruction publique chipoter pour des demi-postes dévolus à l’aide aux élèves en difficulté, on a un peu de mal à suivre sa politique !

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13/04/2008

Nouvelle offensive du Weiss bloc?

Le député libéral Pierre Weiss ne trouve rien de plus intelligent que de proposer aux partis de l’Entente de ressortir le projet de loi anti-fonctionnaire du frigo (Tribune de Genève du 12 avril), alors que chacun se souvient des efforts de négociation qu’il a fallu déployer pour arriver à la très récente loi sur le personnel de l’administration cantonale (LPAC). Cette attaque contre notre statut, qui tente de diviser le personnel en voulant notamment favoriser les cadres, est une provocation intempestive qui devrait être accueillie par tout un chacun avec une certaine froideur… Quel que soit le réfrigérateur, il y a des produits faisandés qu’il vaudrait mieux jeter à la poubelle plutôt que d’essayer de les apprêter en risquant d’empoisonner le monde.

 

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20/03/2008

Violence scolaire: le cadre se rebiffe

Les inspecteurs du primaire vont disparaître à la rentrée scolaire 2008. Cela peut générer une certaine angoisse et des réactions peu adéquates. Ainsi, suite à l’article de la Tribune du 14 mars 2008 sur la violence scolaire, Mme Véronique Bigio, présidente de l’association des cadres du primaire, préfère s’en prendre au syndicat plutôt que de reconnaître le manque de ressources dont dispose la hiérarchie directe des enseignants. Dans une lettre parue le 18 mars, Mme Bigio estime en effet, sans trop de réflexion, que la société pédagogique genevoise (SPG) dénigre les cadres intermédiaires en dénonçant le peu de moyens dont ils sont munis. Elle aurait pu s’offusquer des mesures grotesques (interdiction du tutoiement, amendes, etc.) préconisées par le Parti radical pour rétablir « l’autorité ». Ou, à la rigueur, s’étonner que le syndicat s’inquiétât des conditions de travail et de la santé des inspecteurs. Elle aurait dû se souvenir et informer les lecteurs que la vaste enquête « santé » concluait à un grave déficit de soutien hiérarchique. Le rapport (2003) montrait la vraie cause de souffrance du corps enseignant, sans fustiger les personnes. Le système et les structures étaient remis en question et la cause du stress des enseignants ne se résumait pas à la violence à l’école. Les résultats de l’enquête ont été sous-exploités jusqu’à présent et c’est pourquoi la mise en place de directions d’établissement en septembre, propres à assurer un soutien de proximité, est porteuse d’espoirs. Mme Bigio tait tout cela et présente le logiciel de signalisation des violences scolaires (SIGNA) comme la panacée. Elle omet de préciser qu’au moment où Genève le généralisait, en janvier 2007, ce programme était abandonné en France …grâce au boycott lancé par des directeurs d’école. Mais son propos est d’autant plus étonnant si l’on sait que SIGNA n’est qu’un outil statistique, ne propose aucune solution, et que, malgré les demandes du syndicat et la promesse du département de faire un bilan à 6 mois, aucun chiffre n’a encore été fourni ! Critiquer les représentants du corps enseignant est plus prudent que de dévoiler les vrais manquements. La SPG souhaite une loyauté mieux placée et davantage de courage de la part des futurs directeurs d’établissement.

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12/03/2008

L'impasse du CO

Le cycle d’orientation (CO) a-t-il un avenir ? Période charnière de la scolarité, le CO a été incapable d’évoluer de manière heureuse. Réformes jamais achevées, structures obsolètes, enseignements dispensés en ignorant en partie ce qui s’est fait les huit années précédentes : l’incohérence semble de mise au CO. Et demain ne s’annonce pas meilleur…Deux initiatives ont été lancées dans le but de corriger les dysfonctionnements du CO. Elles sont, d’une certaine manière, contradictoires. Le chef du département, lui, a estimé qu’elles étaient caricaturales, l’une prônant une multitude de sections (la 134) et l’autre un enseignement en classes hétérogènes (la 138). Le Conseil d’Etat a ainsi concocté un contre-projet (PL 10176) qu’il entend opposer dans un premier temps à l’initiative 134 du réseau école et laïcité (Réel). Une votation ultérieure serait consacrée à la seconde initiative, la 138. Le contre-projet, voulu par le parlement qui avait refusé les deux initiatives, réussit le tour de force de déplaire aux deux parties. Certes, la marge de manœuvre pouvait paraître étroite. Mais fallait-il justement se coincer en essayant de ménager la chèvre et le chou ? Le département n’a rien trouvé de mieux que de proposer le retour de trois sections pour aller dans le sens de Réel et un pseudo tronc commun durant la 7ème année pour répondre aux attentes de la Coordination enseignement. Ces trois sections nous renvoient à près de cinquante ans en arrière et reproduisent peu ou prou les filières « latine/scientifique », « moderne », « générale » ou « pratique » bien connues. Quant aux enseignements identiques qui seraient dispensés en 7ème année, ils n’ont de semblable que leur dénomination puisqu’une sélection impitoyable serait opérée à la fin de la 6ème et que les exigences seraient adaptées aux trois sections (appelées dans un premier temps : consolidation-renforcement-appui, beau programme !). Mais le fait de se mettre à dos les milieux représentatifs des deux initiatives ne doit pas ébranler beaucoup le département. Au contraire, vu que la préoccupation majeure du gouvernement semble être de ne plus perdre une votation, le calcul qui consiste à revenir à un fonctionnement présent dans les mémoires, mais dont la majorité a oublié les nombreux travers, accroît les chances de remporter le morceau. Peu importe d’ailleurs les gesticulations de certains députés et l’entente de façade des principaux partis représentés au Grand Conseil : caresser dans le sens du poil les convictions les plus conformistes offre davantage de garanties de succès que toutes les alliances politiciennes, et à moindres risques !

 

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16/02/2008

Les notes tues

L’école sans notes ne convainquait pas la population, le retour des « fausses » notes fâchait les anti-pédagogues, la maintien des notes, les « vraies », finalement, devait contenter tout le monde (ou au moins la majorité qui avait voté dans ce sens). Le nouveau système d’évaluation des élèves du primaire est donc entré en vigueur à la rentrée 2007. Quel bilan peut-on en tirer 6 mois après son introduction ? Comment les élèves, les enseignants et les parents ont-ils vécu ce changement inédit, avec moyennes trimestrielles à la demi bonne ? Apparemment la question n’intéresse plus personne et le département semble adopter le dicton « pour vivre heureux vivons cachés ». Les résultats des élèves sont tus ; les notes restent secrètes. S'il est cocasse d'observer les auto-congratulations prématurées de ceux qui pensent avoir remis l'école dans le droit chemin et s’attaquent au cycle d’orientation avec la même inconscience, il est anormal, à la veille des résultats du deuxième trimestre, de ne disposer d'aucune analyse sérieuse des conséquences de la mise en place du nouveau livret scolaire. Pourtant, une telle révolution dans les pratiques d'évaluation ne peut s'instaurer sans disparités. Il y a donc, avant de juger de la pertinence des modalités arrêtées, un travail urgent à mener pour se rendre compte, au moyen de données fiables, si les élèves, d'un bout à l'autre du canton, sont soumis à un traitement égal. Cela devrait permettre de corriger les dérives. Mais personne ne saurait se satisfaire d'envisager des mesures pour harmoniser et stabiliser le système sans se préoccuper du fond, à savoir si l'évaluation reste quand même, malgré sa forme inique, au service des apprentissages ou si le contraire, le retournement de situation craint, s'est opéré. L'autre vraie question est de savoir si l'équité de traitement des élèves peut être garantie, à court terme. Afin d'évaluer le nouveau système, la direction de l’enseignement primaire s'est contentée de demander à tous les inspecteurs de récolter dans chaque classe deux dossiers d'évaluation : celui d'un élève avec difficultés et celui d'un autre n’en rencontrant pas. Une manière de bien renforcer la culture de l'échec. Et les grilles qu'ils doivent ensuite remplir laissent pantois : calculer le pourcentage des livrets signés par les parents, vérifier si les enseignants mettent bien les croix dans les cases (et non à côté !)… Voilà les indicateurs auxquels il faut s'attendre. Il y a un fort risque que l'inanité des informations statistiques qui seront données, tard de surcroît, soit camouflée par des discours vantant un bilan globalement positif, tandis que les élèves trinquent. Alors que la note 4 correspond à la norme de réussite, combien d'élèves se trouvent avec un résultat inférieur en français ou en mathématiques au premier trimestre ? Que vaut un système scolaire si la majorité des élèves passe dans le degré suivant par dérogation ? La direction n'entend pas à l'heure actuelle publier de données précises, malgré le fait qu'elles soient en sa possession (tous les résultats notés du premier trimestre des quelque 16'500 élèves de la 3P à la 6P lui ont été remis). Elle préfère ne voir dans cette opération qu'un contrôle administratif ! Et estime judicieux de celer le maigre quantitatif en promettant du qualitatif demain. Pendant ce temps, avec la quasi-disparition du jugement professionnel, les notes couperet tombent. Les parents s'inquiètent, les enseignants croulent sous la tâche et les élèves subissent. Combien se trouvent déjà sur le tapis roulant les menant à l'abattoir ?

 

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04/02/2008

Demain, sans les chiens dangereux

Notre société serait-elle devenue si sûre qu’il nous faille inventer nous-mêmes des dangers que nous avons mis des générations à écarter ? Si, de temps à autre, un touriste se fait bouffer par un lion en pleine Afrique, ce n’est pas une raison pour demander l’extermination du panthera leo. Mais pourquoi tolérerait-on que nos enfants soient victimes de bêtes féroces, artificiellement créées ? Ce qui est particulièrement choquant, c’est que, pour ne surtout pas blesser les propriétaires de chiens, les conseils pour éviter de se faire boulotter sont donnés d’abord aux victimes potentielles, les enfants. A eux de faire attention, d’avoir l’attitude correcte ! Au lendemain du drame d’Oberglatt, fin 2005, où un enfant de six ans avait été tué par des chiens sur le chemin de l’école, les journaux s’en étaient d’ailleurs donné à cœur joie : faites le poireau, ne courrez pas, baissez la tête, ne répondez pas, couchez-vous à terre, le molosse finira bien par se lasser. Situation surréaliste ; et même le département de l’instruction publique s’y met, lui qui encourage le programme de prévention « Truff le chien » dans les écoles où un animateur déguisé en clebs se met à quatre pattes et aboie. On croit rêver, également lorsqu’on entend un avocat de la place nous parler de son association « Pro Dog ». Pro Juventute devrait sérieusement songer soit à se rebaptiser soit à mettre la clé sous le paillasson, car, pour finir, qui s’en préoccupe de la jeunesse ? Les rayons d’alimentation pour animaux regorgent de produits, prennent toujours plus de place. A l’heure où 48'000 personnes meurent chaque jour dans le monde pour cause de malnutrition (d’autres estimations sont plus pessimistes), nos sociétés occidentales continuent à nourrir ces bouches canines ou félines inutiles. A en croire les médias, le propriétaire des pitbulls assassins de Zurich, indifférent à l’écolier mort qui gisait, pleurait sur la valeur perdue de ses chiens. Au Cambodge, une fille de dix ans est vendue 40 dollars ; si le père arrive à se débarrasser de trois de ses filles, il peut s’acheter avec les 120 dollars reçus un berger allemand… Voilà le monde irresponsable dans sa triste réalité, dans laquelle nous vivons et que nous ne pouvons ignorer. Un choix de société doit être fait. Entre la faim, la maltraitance et les exactions de toutes sortes dans le monde, il ne suffit pas de renoncer aux « animaux de compagnie » pour que ces problèmes soient vraiment atténués. Mais il est indécent d’accorder toujours davantage d’importance à cette gent animale-là, au mépris – et donc au détriment – des hommes, femmes et enfants de cette planète. Les bébés et les écoliers sont les principales victimes des chiens d’attaque. OUI le 24 février à l’initiative 137 demandant l’interdiction des races de chiens dangereux.

 

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30/01/2008

OUI à la gratuité des transports …des élèves, déjà !

La SPG recommande le OUI le 24 février à l’initiative « pour la gratuité des transports publics genevois », pour une raison majeure. Les classes doivent pouvoir librement circuler dans le canton (et l’absurdité qui consiste à faire payer les élèves de 4 ans lorsqu’ils sont en groupes doit par la même occasion cesser). En effet, il est anormal que, lorsqu’un enseignant se rend par exemple au concert avec sa classe, le coût du déplacement soit parfois supérieur à l’entrée du spectacle. Les parents sont déjà assez sollicités, financièrement parlant, par l’activité scolaire en général. Le corps enseignant doit par ailleurs respecter des consignes strictes et ne peut demander aux parents qu’une participation annuelle faible et limitée. Il est ainsi regrettable qu’il faille renoncer à la riche offre culturelle qui existe à Genève pour de bêtes questions d’argent. Sur un si petit territoire, chaque élève devrait pouvoir bénéficier d’un accès aux musées, théâtres, expositions, etc. en étant accompagné de son enseignant. Cette démarche pédagogique et culturelle est essentielle pour l’éveil de l’enfant. Elle s’inscrit dans le cadre de l’article 4 de la loi sur l’instruction publique qui dit qu’il faut « préparer chacun à participer à la vie sociale, culturelle, civique, politique et économique du pays ». Dans la société, l’inégalité d’accès à la culture en particulier est patente, et si l’école est empêchée dans son rôle qui tend à corriger ce défaut dès le plus jeune âge, cela revient à couper une partie des futurs citoyens du développement d’une faculté qui peut contribuer à l’équilibre de leur personnalité. Permettre aux classes d’emprunter les bus et trams sans prendre de ticket favoriserait pour les élèves une prise de conscience d’appartenance au monde qui les entoure et renforcerait la notion d’une école républicaine, publique, laïque …et gratuite. L’association professionnelle avait soutenu l’initiative lancée en 2005 qui faisait d’une certaine manière écho à une pétition qu’elle avait lancée bien des années auparavant…Mais si la SPG se sent concernée par l’initiative 127 avant tout par rapport aux élèves, cela n’enlève rien aux nombreuses autres raisons qui doivent conduire à l’accepter. La qualité de vie et la notion même de service public sont en jeu ; OUI le 24 février aux transports publics gratuits !

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26/01/2008

Exit les responsables d'école

Adieu, maîtres principaux, responsables d’école et inspecteurs, vos heures paraissent comptées... Mais qui est-ce qu’on assassine vraiment ? Et que vient faire la proposition incongrue d’un moratoire (projet de loi 10171 du MCG) sur l’évolution des structures du primaire ? La fonction de responsable d’école (RE) n’aura jamais réussi à s’imposer aux yeux de tous. Créée dans la douleur en 2002, elle n’aura duré que 6 ans. C’est dommage. Le RE, fruit de l’évolution de la fonction de coordinateur durant la phase d’exploration de la rénovation méritait mieux qu’un rôle de transition, sans réel aboutissement. Les tergiversations sur le principe de coresponsabilité et le refus d’inscrire les postes de RE dans le budget ont dès le début sapé l’espoir d’instaurer un fonctionnement efficace, qui aurait valorisé l’intelligence au travail. Les incessantes attaques contre la rénovation ont achevé d’enlever à cette fonction son attractivité et son sens. A tel point que maintenant la hiérarchie ne fait plus la différence entre les tâches dévolues au RE ou au maître principal (MP) alors qu’ils ne bénéficient ni du même cahier des charges, ni de décharges comparables. Situation injuste, qui serait amoindrie si davantage d’écoles étaient entrées en projet au moment voulu, comme l’association professionnelle les y encourageait. Des moyens absents, des conditions de travail détériorées et une confusion des rôles ; des RE qui ne savent plus à quel projet se vouer et des MP censés en assurer le suivi alors qu’ils n’ont rien demandé : voilà grosso modo le tableau. Bref, l’opacité d’un système arrivé au bout du bout est toujours aussi consternante. Ainsi, l’idée saugrenue de demander un moratoire au sujet de l’instauration des directions d’établissement, et faire ainsi perdurer la situation insatisfaisante que connaît l’école primaire à ce jour, ne peut provenir que de milieux qui n’entendent pas grand-chose à l’éducation et ne saisissent rien du marasme actuel. La mise en place de directrices/teurs ne sera pas la solution miracle. Le syndicat privilégiait un autre modèle, moins hiérarchique et moins coûteux par ailleurs, celui d’un vrai responsable d’école, avec de réelles responsabilités, sans chef au-dessus de lui prêt à casser les décisions prises au nom de l’équipe. L’association professionnelle aurait aussi préféré que le terrain soit mieux préparé à ces changements. En effet, si l’enseignement primaire a besoin d’être restructuré, l’implantation des directrices/teurs n’était peut-être pas la première action à réaliser. Balancer une poignée de glands sur une surface de béton surchauffé ne suffira pas à faire surgir une forêt de chênes protecteurs, quel que soit le besoin d’un havre de fraîcheur qui motive ce geste. Toutefois, si l’écueil des petits chefs arrive à être évité au maximum, peut-être que cette nouvelle hiérarchie pourra assurer un début de cohérence du système. Cela dit, la mise en place de directions d’établissement dès la rentrée 2008 ne devrait pas avoir un caractère inéluctable. Des conditions de réussite devront être remplies d’ici peu. Il faudra les mesurer et aviser suivant le résultat. Mais, quoi qu’il advienne, l’idée d’un statu quo qui prolongerait l’imbroglio actuel n’est pas envisageable.

 

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