13/01/2008

Surveiller… les dérives sécuritaires, d’abord !

Me Charles Poncet n’a pas besoin de mon soutien. Mais, pour une fois qu’il y a convergence de vues (c’est assez rare pour le souligner !), je tiens à dire qu’il a eu raison de déclarer son hostilité à l’installation de 15 caméras de surveillance dans une école de Lutry (VD). Oui, je suis d’accord avec lui lorsqu’il affirme que recourir à de tels moyens « à l’école, c’est un constat d’échec ». Ainsi, j’espère que le Tribunal de police d’Yverdon-les-Bains, mardi 15 janvier 2008, ne le condamnera pas pour ses propos tenus à la radio. Demander aux élèves, sous forme de boutade, de s’opposer à la vidéo-surveillance de leur école n’est pas répréhensible en soi. C’est davantage une invitation salutaire au débat. Il y a bien sûr les questions primordiales de la liberté d’expression et du respect de la sphère privée qui sont en jeu dans cette affaire. Mais il y a aussi le devoir de dénoncer les discours et les initiatives qui relèvent du délire sécuritaire. A cet égard, le syndic de Lutry, M. Willy Blondel, qui espère la condamnation de Me Poncet, fait preuve d’une incohérence révélatrice. En effet, si l’on en croit ses paroles rapportées dans Le Courrier du 11 janvier, M. Blondel déplore d’abord les tags et la détérioration des caméras qui ont causé « plusieurs milliers de francs de dégâts » et se réjouis ensuite du fait que grâce à l’achat du matériel de surveillance, « à 200% efficace », il n’y a « plus de problèmes de menaces, de racket et de déprédations ». Il faudrait savoir. Si saboter les caméras ne constitue pas aux yeux de M. Blondel une déprédation, qu’est-ce alors, un acte de civisme ? Plus sérieusement, il est assez évident, par ces aveux contradictoires, que la mise en place de caméras de surveillance ne représente en rien une solution, au contraire. Ou peut-être faudrait-il installer de nouvelles caméras destinées à surveiller les caméras pour éviter qu’elles ne soient abîmées, et d’autres aussi pour garantir la sécurité des nouvelles, etc. ?! La paranoïa et l’espionnage peuvent se déployer sans fin si l’on n’y prend garde. L’épisode calamiteux des fiches dans notre pays serait-il déjà oublié ?

 

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30/12/2007

Le mariage foireux du castor et du canard

Selon le parti radical, l’initiative « Pour un accueil continu des élèves » arrivera tout juste à 11'500 signatures début janvier. Il serait tentant de dire que de deux choses l’une : soit le GHI, qui matraque depuis 20 semaines sur le sujet, n’est pas, contrairement à ce qu’affirme sa publicité, le journal le plus lu, soit le texte de l’initiative lui-même ne trouve pas la faveur des citoyens. La réalité se trouve toutefois sûrement entre les deux. Il y a peut-être d’abord un certain essoufflement par rapport aux initiatives sur l’école… Il y a ensuite la difficulté à recueillir 10'000 signatures valides. C’est un véritable travail de militant et la faiblesse du parti radical est notoire sur ce plan-là. D’où l’idée du « contrat » avec un hebdo gratuit. Mais le GHI qui a dû, au minimum, faire imprimer plus d’un million de fois l’initiative radicale dans ses pages ne récolte, semble-t-il, qu’une infime partie de ce qu’il a semé. Probablement parce que les lecteurs, dans leur grande majorité, consultent ce canard pour les petites annonces et ne s’intéressent guère aux pseudo articles et autres gnioluseries qui émaillent ce journal. Si véritablement les Genevois cherchent ailleurs leurs informations, c’est une bonne nouvelle. Et cette opération douteuse pour mener à bien une initiative populaire aura au moins servi à révéler ça. Pour le débat qui va suivre sur l’horaire de l’école et les activités parascolaires, autant regarder ailleurs, donc.

 

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04/12/2007

PISA 2006: vers plus d'objectivité?

Les médias semblent enfin enclins à délivrer un message positif sur les résultats de notre pays aux tests PISA (programme international de suivi des acquis des élèves). Après les messages catastrophistes et injustes qui ont fait suite aux éditions 2000 et 2003, le petit progrès enregistré en 2006 et délivré aujourd’hui est présenté de manière avantageuse. Autant il était inutile et néfaste de traiter nos élèves d’ânes et de mépriser dans la foulée le travail des enseignants, autant il ne faudrait pas à présent crier victoire pour quelques points glanés. Les efforts doivent être poursuivis. Les écarts entre les élèves les plus faibles et ceux qui réussissent le mieux est encore bien trop important, indignes d’une Suisse qui, par ailleurs, avec l’hétérogénéité qui la caractérise, relève plutôt bien le défi de l’intégration. Mais cette dernière doit encore être sensiblement améliorée, notamment pour les élèves issus de milieux défavorisés (et de surcroît allophones). Les résultats de Genève et intercantonaux ne seront en principe détaillés qu’en septembre 2008 ; souhaitons que la tendance d’une lecture plus objective des tests PISA se confirme dans 9 mois. D’ici-là, les analyses plus fines qui seront effectuées devraient nous occuper…

 

 

En guise de conclusion provisoire, un extrait du communiqué de presse du syndicat des enseignants romands (SER) :

 

« Les résultats de PISA ne sont pas des résultats sportifs. Le SER ne se résout à prendre en compte le classement des pays que lorsque les différences sont vraiment significatives. La véritable richesse de cette considérable entreprise réside dans les rapports détaillés élaborés par les chercheurs suisses dans les mois qui suivent la première annonce.

PISA 2006, des résultats encourageants

 

Les bons résultats constatés en sciences et en maths sont salués avec soulagement mais sans grande surprise par les associations d’enseignants. C’est une reconnaissance du travail fourni par les professionnels sur le terrain. Les progrès significatifs enregistrés en littéracie tant dans le groupe des « mauvais » lecteurs, qui diminue, que dans celui des « bons » lecteurs, qui augmente, sont tout à fait réjouissants bien qu’encore très insuffisants. Si sur l’ensemble des trois domaines testés, le groupe des élèves « en danger » a diminué, il reste inacceptable.

 

Malgré tout

 

Aux yeux des associations d’enseignants, la Suisse obtient d’excellents résultats en comparaison internationale, si l’on tient compte des conditions de travail. En effet, en regard des pays qui réussissent, le taux d’encadrement des élèves en Suisse est plus bas, la formation des enseignants plus courte et les temps de travaux de coopération, de préparation, d’évaluation fortement réduits. En ce qui concerne les sciences, le rapport montre par ailleurs que l’offre éducative dans notre pays est loin d’être optimale. Il est intéressant aussi de souligner que les élèves testés en Suisse ont une moyenne d’âge inférieure de près de six mois à ceux de la moyenne OCDE.

 

Ces bonnes performances obtenues « malgré tout » ne doivent pas dissuader de l’effort qui reste à accomplir. La Suisse peut et doit faire encore mieux. La qualité de sa principale matière première est à ce prix. »

 

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19/11/2007

PISA : J-15

Les résultats aux tests PISA seront dévoilés le mardi 4 décembre 2007. Après PISA 2000 et 2003, voici PISA 2006 où l’accent est mis sur les sciences, ce qui complète les précédentes éditions « lecture » et « mathématiques ». La Suisse s’est déjà engagée pour PISA 2009. Mais que va-t-on cette fois dire des élèves de 15 ans qui ont passé ces épreuves ? Jusqu’à présent les médias ont eu de la peine à voir dans ce programme international de suivi des acquis des élèves autre chose qu’un classement entre pays et, pour la Suisse, une comparaison très partielle et partiale entre cantons. Lauriers pour le premier et bonnet d’âne pour le dernier, c’est un peu court comme traitement d’une opération de cette envergure, d’un coût d’environ 5 millions pour la Confédération… Un premier colloque intéressant, co-organisé par l’internationale de l’éducation (IE) et l’OCDE s’est tenu à Paris en septembre 2006. La suite vient d’avoir lieu à Bruxelles (13 nov.). Cette volonté de collaboration avec les syndicats est plutôt positive de la part d’un organisme tel que l’OCDE. Certes, il ne s’agit pas pour les associations professionnelles de faire la promotion de cet outil – qui reste contestable à bien des égards – mais d’essayer, en attendant d’autres moyens de comparaison qui éclaireront peut-être mieux sur les compétences et connaissances de nos élèves, de tirer des informations de PISA qui peuvent vraiment être utiles à la conduite de la politique éducative. Parce que, s’il s’agit uniquement, une nouvelle fois – le miracle n’aura pas lieu, désolé, la Suisse n’est pas première et Genève non plus – d’avoir le choix du déménagement ou d’une sorte de « copier-coller » entre la Finlande et la Corée du Sud, ou entre Fribourg et le Valais pour assurer la formation de nos enfants, autant ne rien dire et éviter ce gaspillage. Si le palmarès paraît encore une fois inévitable, un espoir est permis pour qu’on ne s’y arrête pas trop et que les analyses très détaillées qui existent, notamment pour notre pays, soient mieux exploitées, à tous les niveaux.

 

 

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16/11/2007

La plaie des devoirs

Les devoirs sont source de conflits dans les familles et si l’école pouvait bien s’en charger, les parents seraient soulagés. C’est le cri du cœur de la directrice de Pro Juventute dans le GHI (7-8 nov.). Et l’unique raison, à en croire l’article, qui la pousse à s’activer en faveur de l’initiative Pour un accueil continu des élèves. On pourrait se demander s’il vaut bien la peine de lancer une initiative populaire pour trouver une solution au problème des devoirs. Mais au vu des péripéties liées à ce dossier, c’est peut-être en effet la seule solution… La direction de l’enseignement primaire avait bien essayé de les supprimer, ou plutôt de faire en sorte qu’ils soient intégrés à l’horaire scolaire, au début des années 90, mais la pression des parents, aidés par les médias, a été trop forte. Une école sans devoirs, c’est un peu comme une école sans notes : inconcevable par la population et donc politiquement irréalisable. Même si l’on a pu fort aisément démontrer que cela fonctionnait au bénéfice de chacun. Les enseignants ont ainsi le plaisir de découvrir à chaque rentrée une nouvelle directive sur les « temps de travail à la maison » qui, à force de modifications et précisions, a réussi à dire à peu près tout et son contraire en 15 ans. Et vu que les circulaires sur les études surveillées sont encore davantage incohérentes, il est clair que les familles ont de la peine à s’y retrouver. La directrice de Pro Ju voit donc juste et elle a le mérite de montrer la certaine ambivalence des parents qui réclament des devoirs mais aimeraient mieux ne pas avoir à y toucher. Au milieu de l’hypocrisie ambiante, où l’on a beau jeu de mettre en avant le lien entre la famille et l’école, alors que des formes bien plus intéressantes que les travaux à domicile existent, ce témoignage devrait contribuer à faire avancer le débat. Et, pourquoi pas, régler cette épineuse question des devoirs une bonne fois pour toutes…

 

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01/11/2007

Accueil continu des élèves : mise au point

Mme Bérengère Miffon, invitée de la Tribune du 30 octobre (article reproduit ci-dessous), estime que l’initiative du Parti radical « accueil continu des élèves » a le mérite d’ouvrir le débat. C’est bien ce que j’avais cru comprendre. Mais, apparemment, Mme Miffon supporte très mal que l’on puisse émettre certaines réserves ou relever les contradictions contenues dans le texte proposé par son Parti. En effet, elle consacre l’essentiel de son billet à déformer mes propos parus dans la Tribune du 23 octobre (cf. note précédente de mon blog). Tout au long sa diatribe, elle s’essaye ainsi à l’exercice malhonnête des citations tronquées ou inventées, à l’insulte déguisée, au détournement de mes idées. Par juxtapositions de truismes et autres slogans vieillis, elle tente de me prêter des intentions que je n’ai jamais eues (comme si, par exemple, je défendais le modèle « Monsieur travaille, Madame cuisine »… ; représentation éculée que, par ailleurs, elle n’hésite pas, elle, à continuer de véhiculer). Elle arrive même à affirmer que je « culpabilise les parents qui, parce qu’ils travaillent, confient leurs enfants au parascolaire au lieu de les laisser devant la télévision ou les jeux vidéo » alors que c’est exactement le contraire que j’ai écrit.

 

Bref, tout cela est assez révélateur de la pauvreté des arguments de Mme Miffon pour promouvoir son initiative. Mais le plus cocasse réside dans cette plainte : « A chaque fois que le Parti radical milite pour une évolution de l’école, il trouve sur sa route M. Baud et ses critiques ». Nom d’un chien ! Un seul homme barrerait-il le passage à la caravane des innovations pédagogiques des radicaux ? Drôle de fantasme sur lequel il serait facile d’ironiser vu que chacun sait que le Parti radical n’a rien proposé de nouveau en matière d’éducation depuis des décennies mais, au contraire, a essentiellement combattu la rénovation et s’oppose maintenant, entre autres projets actuels, à celui de la réforme du fonctionnement de l’enseignement primaire.

 

Pour en revenir à l’initiative radicale, j’aimerais, pour conclure, préciser les points suivants : 1) je ne suis pas opposé a priori à cette initiative mais entends combattre ses imperfections qui sont nombreuses 2) je suis sensible à l’égalité hommes-femmes et aux problèmes que peuvent rencontrer les parents ou les familles monoparentales pour conjuguer vie professionnelle et horaires scolaires des enfants 3) des solutions doivent être trouvées pour offrir un vrai choix aux familles et faire en sorte que travailler davantage ou au contraire consacrer plus de temps à l’éducation de ses enfants provienne d’un désir et non d’une contrainte 4) des alternatives existent pour éviter d’imposer un seul modèle de société et il faut en discuter ; la Société pédagogique genevoise est ouverte au débat et travaille sur le dossier de l’horaire scolaire.

 

 


L'INVITÉE | BÉRENGÈRE MIFFON, SECRÉTAIRE GÉNÉRALE ADJOINTE DU PARTI RADICAL GENEVOIS | 30 Octobre 2007 |

 

L'accueil continu des élèves: un espoir pour les familles

 

La société change, l'école doit suivre! N'en déplaise à M. Olivier Baud, ayatollah en chef du syndicat enseignant, le schéma familial n'est plus le même qu'il y a 50 ans. Le modèle «Monsieur travaille, Madame cuisine» est bel et bien révolu! C'est un fait et nous ne pouvons le combattre. Nous pouvons, par contre, apporter des solutions concrètes pour aider les familles en adaptant les horaires de l'école aux horaires professionnels. Cela s'appelle l'accueil continu des élèves.

 

En effet, le découpage des horaires scolaires n'a pas varié depuis la fin de la guerre. Si ce n'est lorsque l'on a déplacé le jour de congé du jeudi au mercredi et en supprimant le samedi matin d'école. Or les horaires scolaires doivent êtres adaptés aux besoins réels et actuels des familles. L'initiative du Parti radical (www.accueilcontinu.ch) a le mérite d'ouvrir ce débat en proposant une solution simple et directement applicable.

 

Nous ne voulons pas attendre, comme le suggère M. Baud dans son article publié dans la Tribune du 23 octobre, que «le Département de l'instruction publique instaure un temps d'études obligatoires (...) à l'horizon 2011». La légendaire rapidité avec laquelle le Département de l'instruction publique agit lorsqu'il promet quelque chose est bien connue. Le sort des enfants de Genève mérite une meilleure diligence.

 

A chaque fois que le Parti radical milite pour une évolution de l'école, il trouve sur sa route M. Baud et ses critiques. La plupart du temps sans fondements et dénuées de propositions alternatives. Ainsi, lorsque le Parti radical se battait pour le retour des notes, M. Baud jurait ses grands dieux que tous les parents et tous les enseignants y étaient opposés. On a vu ce qu'il en était: l'initiative a été plébiscitée par 76% des Genevois.

 

Qu'en est-il aujourd'hui alors que nous proposons que les élèves puissent, entre 16 h et 18 h, bénéficier de cours de sport, de musique ou encore de devoirs surveillés? Le président de la Société pédagogique de Genève ose parler de «forme de maltraitance». Quelle vision M. Baud a-t-il de l'école? Si le savoir, le sport, l'apprentissage de la vie en communauté sont pour lui de la maltraitance, alors il est impératif qu'il change de fonction.

 

Le voilà qui culpabilise les parents qui, parce qu'ils travaillent, confient leurs enfants au parascolaire au lieu de les laisser seuls devant la télévision ou les jeux vidéo. Où est la vraie maltraitance? Dans l'accueil, ou dans l'abandon?

 

Le monde parfait de M. Baud divise les citoyens en deux catégories. La première sacrifie sa vie au travail pour pouvoir payer à la deuxième le privilège de faire des enfants... Au contraire, les radicaux pensent qu'il faut aider enfin les personnes qui assument de front vie professionnelle et vie familiale.

 

M. Baud poursuit sur le refrain: «La droite veut du parascolaire pour mieux exploiter les femmes au travail.» Voilà qui me dresse les cheveux sur la tête! Mais mon bon Monsieur, les femmes aussi ont envie de se réaliser professionnellement! Et instaurer des infrastructures qui le leur permettent ne revient pas à les exploiter.

 

Dans la rhétorique post-léniniste de M. Baud, l'école devient de la maltraitance, et la vie professionnelle de l'exploitation.

 

A l'inverse, l'initiative pour l'accueil continu des élèves ouvre les yeux sur les réalités de ce nouveau siècle et constitue un message d'espoir: faites des enfants, la société ne vous laissera pas tomber.

 

 

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31/10/2007

Ecole, étude, boulot... Bof!

Texte paru dans la Tribune le 23 octobre 2007 à la rubrique Opinion-l’invité (le titre est de la rédaction)

Ecole, étude, dodo… Bof !

L’initiative populaire genevoise « Accueil continu des élèves » est soutenue par un hebdomadaire gratuit qui tire à 220'000 exemplaires. Avec une telle publicité et des arguments plutôt démagogiques, elle ne devrait pas avoir de peine à recueillir les 10'000 signatures nécessaires.

Cela dit, est-ce vraiment si évident d’accueillir les élèves à l’école de 7h30 à 18h00, cinq jours sur cinq ? Qui profiterait de cet horaire continu : les parents, les élèves ou les patrons et l’économie ?

Le Parti radical ne cache pas que, selon lui, l’école doit s’adapter au monde professionnel et qu’il faut permettre aux deux parents de travailler à plein temps. Mais il est permis d’avoir une autre vision des choses. De faire remarquer qu’actuellement, à travail égal, les femmes touchent un salaire nettement inférieur à celui des hommes (env. 20% selon certaines études).

C’est surtout par cet aspect que les femmes sont pénalisées. Vouloir ainsi créer des conditions pour que les femmes se fassent davantage exploiter n’est pas anodin. Une véritable initiative pour valoriser les familles favoriserait au contraire la possibilité de travailler à temps partiel en accordant par exemple, comme dans les pays nordiques, une indemnité-salaire à l’un des deux parents.

Le comité d’initiative joue aussi sur la corde sensible de l’égalité des chances. Mais à lire le texte, on comprend que ces activités surveillées seront réservées aux élèves dont les deux parents travaillent. Vouloir exclure certains enfants au prétexte que leurs parents – abominables marginaux ! – ne se consacrent pas entièrement à une activité lucrative et ensuite parler d’intégration ne constitue pas la seule contradiction de cette initiative.

Le parascolaire représente déjà une des plus grosses subventions du canton de Genève ; renvoyer le financement aux communes et aux parents consommateurs paraît peu crédible. Ou alors favoriserait le cercle vicieux qui consiste à se tuer au boulot pour payer son loyer, les assurances, la crèche… et demain les activités parascolaires.

Métro, boulot, dodo pour les parents, et école, études, dodo pour les enfants ; chacun dans son monde… Et après ce seront les mêmes qui déploreront la perte des valeurs liées à la famille et dénonceront la démission des parents.

Entre le tragique, la forme de maltraitance que peut constituer le fait de placer un enfant de 4 ans hors cadre familial onze heures durant et le cocasse, la surveillance à 7h30 des préaux du cycle d’orientation pour des élèves ados qui brilleront par leur absence, il y aura encore matière à revenir sur cette initiative.

En attendant, il convient quand même de rappeler que Genève est un canton-ville où chaque élève du primaire peut se rendre dans une école publique à moins de 500 mètres de son domicile. Beaucoup d’élèves profitent déjà d’un restaurant scolaire à midi mais nombreux sont ceux qui rentrent chez eux ou vont chez un copain ou chez leurs grands-parents, etc.

Bien des solutions existent et cette diversité est plutôt une richesse qu’il ne faudrait pas empêcher d’exister. Reste la question importante du temps après l’école. Mieux vaut en effet proposer des activités intéressantes à l’enfant plutôt que de le savoir avachi et passif devant la télévision.

Les devoirs et les études surveillées, un peu à bien plaire, sont loin de donner satisfaction sous leur forme actuelle et creusent plus les inégalités entre les élèves qu’ils ne les atténuent.

Avec un nouvel horaire de l’écolier, dont ne parle pas l’initiative, mais prévu à l’horizon 2011 si l’on en croit le département de l’instruction publique, l’instauration d’un temps d’études obligatoire pour tous les élèves, à ne pas confondre avec un temps d’enseignement, constituerait peut-être un début de solution équitable. A discuter…

 

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28/10/2007

Bébés capturés par l'écran

Une nouvelle chaîne de télévision est lancée pour les enfants de 6 mois à 3 ans. Elle est proposée dans une trentaine de pays et ses émissions tournent vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Cette offre est hallucinante car il faut croire qu’il y a bien une demande et que des parents vont installer des bébés devant le poste, à toute heure de la journée ou de la nuit ; une tranquillité achetée à bon prix, au risque de décérébrer leur enfant. Il est tout d’abord stupéfiant de constater que, de facto, on puisse considérer que la télévision « normale » serait conçue pour les enfants dès trois ans. Rien n’est moins évident. L’exposition aux images télévisuelles pour des enfants en plein développement ne doit en aucun cas être banalisée.

 

Mais ce qui est proprement ahurissant, c’est le cynisme avec lequel des êtres humains, sous couvert de bonnes intentions éducatives, proposent purement et simplement à des adultes sûrement démunis de rendre leur progéniture dépendante de la télévision, quelle que soit l’évolution de cette dernière, pour toute leur existence. Il y a fort à parier qu’un bébé conditionné à porter son regard sur un écran recherchera encore à l’âge adulte, et sa vie durant, la présence permanente d’une télévision allumée. Sera-t-il même encore possible de l’éteindre ? Accrochés aux images davantage qu’à la vie, peu aptes à appréhender la réalité et à comprendre le monde, les futurs citoyens maternés par la télévision représenteront une manne inouïe pour les annonceurs et exploitants de tout poil. Un bain continuel d’images, au détriment de vraies interactions avec l’entourage, représente le meilleur moyen de disposer d’un peuple incapable de discernement, corvéable à merci. Vu que les scénarios les pires avaient déjà été écrits par des auteurs de science-fiction, on pouvait espérer que l’on ne s’empresserait pas de les réaliser, et obtenir ainsi un sursis pour l’humanité. Hélas, la capacité de nuisance par l’homme envers sa propre espèce est inépuisable et une nouvelle étape semble à nouveau franchie…

 

Psychologues, psychanalystes et autres psychiatres, suivant qu’ils ont été consultés ou non par les concepteurs de ces programmes, expriment des avis divergents sur les risques que représente la télévision pour les tout-petits. Mais il ne devrait pas avoir lieu de tergiverser. Il faut mettre en garde les parents, leur dire qu’une telle chaîne met en danger le développement de leur enfant et, s’il n’est pas possible de l’interdire, faire en sorte qu’elle soit boycottée et disparaisse d’elle-même, faute d’être rentable.

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08/10/2007

Accueil continu des élèves : l’avis des parents !

La faîtière des associations de parents, le GAPP, s’est prononcée sur la nouvelle initiative radicale-GHI. La Tribune de Genève n’ayant pas encore jugé utile de faire paraître le courrier que lui a envoyé la présidente du GAPP, je le livre ci-dessous in extenso :
Réaction du GAPP à l'initiative populaire cantonale « Accueil continu des élèves »
Une initiative qui prône une certaine démission !
Vaste chantier aujourd’hui que celui de l’école primaire : direction d’école, conseils d’établissement, réseau d’enseignement prioritaire, école obligatoire à 4 ans…. Les enjeux sont multiples et les partenaires nombreux et divers : politiques, associatifs, syndicalistes. Une diversité d’acteurs justifiée puisque lorsqu’on parle Ecole, on parle de la société : celle d’hier, celle d’aujourd’hui, celle de demain, celle dont on rêve, celle dont on ne veut pas. Tout cela les parents le savent bien pour trop bien le vivre. Les horaires par exemple. Véritable casse-tête pour les parents qui travaillent et pour les spécialistes en éducation qui recherchent des conditions idéales pour l'apprentissage des enfants, notamment en difficultés. Les solutions ? Le parascolaire, les restaurants scolaires, l’accueil dès 7h30 dans certaines écoles. Elles sont insuffisantes, une réflexion est en cours pour les améliorer et explorer d’autres pistes. Changer les horaires, pourquoi pas ? Réduire la pause de midi, finir à 17h au lieu de 16h, inclure un temps à l’école pour les devoirs, travailler le mercredi…
Pour le GAPP, laisser son enfant plus de 10h par jour à l’école, cinq jours de suite, même avec un encadrement parfait et une alimentation digne d’un restaurant 5 étoiles n'est pas une solution acceptable. Améliorer l'offre actuelle en matière de parascolaire est un défi important. Le GAPP s'y attelle activement depuis quelques années dans le cadre de concertation avec le GIAP, le DIP et d'autres partenaires avec des résultats indéniables comme l’accès cette année au parascolaire des élèves de 5P et 6P. Mais la réflexion est plus globale : quelle présence à la maison les parents choisissent-ils d'offrir à leurs enfants ? La qualité de vie passe pour une famille par l’équilibre entre la vie familiale et la vie professionnelle. Pas facile aujourd’hui d’être parent : laxistes, démissionnaires, nous ne fixerions plus de limites ou au contraire intrusifs, autoritaires, trop sévères...  Soutenir les familles, développer une véritable politique familiale ne signifie pas éloigner encore plus l’enfant de son foyer. Se coller au temps de l’entreprise, à celui de la compétitivité, remettre en cause le temps de travail partiel ne favorisera certainement pas son bien-être. Aujourd’hui tout va vite, on court et il faudrait que l’enfant coure avec, qu’il sache tout, vite. L’enfant n’a pas à s’adapter à la société des gens pressés. L’enfant est un être en construction et l’apprentissage, une affaire à long terme. Travailler et avoir des enfants nécessitent des choix, les parents les font, au détriment parfois d’une « carrière », concept qui reste à définir. Le GAPP voit d'un bon œil la possibilité pour les parents de récupérer les enfants avant 18h... pour passer davantage de temps avec eux. Aménager cette flexibilité au sein du GIAP n'est pas une tâche aisée, mais elle est possible, grâce au dialogue, à la compréhension mutuelle. Des éléments qui ne s'acquièrent pas à coup d'initiative et d'agenda politique opportuniste.

Stéphanie Baron Levrat, présidente du GAPP

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01/10/2007

Ecoles ouvertes le samedi soir, une solution ?

Le canton de Zurich ouvre des salles de gymnastique le samedi soir. Depuis huit ans, les jeunes sont invités à participer à des activités essentiellement sportives. Les communes qui ont adhéré à ce projet constatent une baisse des actes de vandalisme. Cette information lue dans Le Courrier de ce jour devrait offrir des perspectives pour notre canton. Plutôt que de placer des appareils à ultrasons pour faire fuir les adolescents, leur ouvrir les écoles en soirée pourrait constituer une solution heureuse afin qu’ils se défoulent. Les jeunes ont déjà une certaine tendance à se retrouver dans les préaux. Mettre à leur disposition une infrastructure offrant davantage de possibilités (et chauffée en hiver), naturellement proche de leur lieu de rendez-vous, serait apprécié. Mais cette intéressante approche a-t-elle une chance de voir le jour à Genève ? Actuellement, quand elles ne ferment pas les préaux, certaines communes installent des passes électroniques dans les écoles et interdisent même aux enseignants de se rendre dans leur bâtiment le week-end ou le soir… tout cela au nom de normes de sécurité auto-imposées. Organiser une réunion de parents le soir dans une école primaire demande bien souvent une série de démarches administratives aussi rebutantes qu’absurdes. On peut aussi parier que les coûts seront invoqués pour refuser l’ouverture des salles de gym puisqu’il faut bien que le concierge soit présent pour ouvrir et fermer les locaux. Une telle organisation, qui implique la participation des jeunes, dans le rangement et le nettoyage notamment, et intègre la notion de fair-play, n’est peut-être pas la panacée mais vaut largement mieux que toutes les initiatives visant uniquement la répression et l’exclusion pour lutter contre les incivilités. Une commune genevoise est-elle prête à tenter (ou a-t-elle déjà tenté) l’expérience ?

 

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30/09/2007

La semaine de 50 heures

Les pleines pages vantant l’initiative radicale « Accueil continu des élèves » se succèdent dans le GHI. Mais peu de place est faite ailleurs aux débats ou critiques. Peut-être parce que tout le monde est d’accord – ou presque – sur le fait qu’un encadrement de qualité après les cours pour un élève de la scolarité obligatoire vaut mieux qu’un abandon devant la télévision avec des nourritures hautement caloriques à portée de main. Le problème n’est donc pas véritablement là.

Lorsqu’on parle de mettre les enfants de 4 à 15 ans 10 heures et demi durant, cinq jours sur cinq, dans des structures scolaires ou parascolaires, on double simplement l’horaire hebdomadaire normalement consacré à l’école. Pour un enfant de 4 ans, cette surcharge – la semaine de 50 heures, quand même ! – n’est pas anodine. On peut même imaginer que bientôt ce sera l’inverse : ce sera au monde professionnel de se calquer sur celui de l’éducation… Les parents désœuvrés sans leurs rejetons, demanderont à davantage travailler…

 

Trêve de plaisanterie ; aujourd’hui, pour un travail égal, lorsqu’un homme touche 50 francs, une femme n’en reçoit que 39. Cette différence est énorme et pour ainsi dire inconcevable dans notre pays depuis le temps que l’égalité est prônée et qu’une loi (1996) la rend obligatoire. Les mentalités et les habitudes changent très lentement, il faut l’admettre, et annoncer avec un sourire plein de bonnes intentions que si les enfants sont pris en charge à midi et à quatre heures, davantage de femmes chercheront un emploi, cela revient à favoriser une certaine exploitation. Ou, en tout cas, à prendre le risque de freiner, stopper, voire annihiler les maigres progrès constatés en matière d’égalité. Une chose est sûre, c’est que si l’économie dispose d’un plus large éventail d’une main d’œuvre bon marché, cela ne favorisera pas les conditions de travail, salariales en particulier, de l’ensemble des travailleuses et des travailleurs. Il est donc impératif de d’abord réaliser une vraie égalité hommes-femmes avant de vouloir mettre le plus grand nombre sur le marché du travail.

 

L’initiative radicale entend aussi faire l’apologie du travail à plein temps. Il faudrait en effet que les deux parents soient occupés la journée pour que leur enfant ait droit aux activités parascolaires. Cette condition s’accorde mal avec la soi-disant volonté de lutter contre les inégalités et de favoriser l’intégration. La contradiction est évidente, puisqu’il s’agit en fait d’exclusion, révélatrice aussi des véritables intentions, et constitue, outre les risques liés à une exploitation accrue des femmes, le principal défaut du texte.

 

Il est aussi assez gênant de constater que le coût de ces nouvelles structures, du personnel qualifié pour encadrer les élèves, etc. est plus ou moins éludé par les initiants. Pourtant, la proposition vise à occuper quelque 48'000 élèves 25 heures par semaine… Les montants alloués à l’instruction publique ne sont pas vraiment à la hausse et ceux qui viennent avec des idées à première vue généreuses sont en l’occurrence les mêmes qui sabrent dans les budgets de l’éducation.

 

Enfin, sans tomber dans des clichés naïfs, il est quand même avéré que ce n’est pas en séparant au maximum les parents de leur progéniture que l’éducation des enfants trouve sa forme optimale ! Ça se saurait. Et d’ici que le couplet sur la démission des parents soit entonné à pleins poumons… par le même parti, aidé par la presse gratuite à grand tirage qui est de connivence, il n’y a qu’un pas. Une chanson ultra rabâchée, en continu, et pas près de s’arrêter, hélas.

 

Incohérences, décalages entre volontés affichées et conséquences réelles ; promotion d’une société soumise aux diktats de l’économie et des patrons ; visions pédagogiques réductrices ; prise en compte partielle des besoins des familles ; qualité de vie familiale dégradée, etc. : la formation et l’éducation des élèves méritent mieux !

 

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28/09/2007

Le redoublement reste un problème, quoi qu’on en pense

Le Haut Conseil de l'Education (France) publie un rapport : L'école primaire, Bilan des résultats de l'école – 2007. Un chapitre est particulièrement intéressant (p. 14) :

 

Le redoublement précoce est inefficace et contraire à l’égalité des chances

 

Extrait :

 

« La France reste le pays qui pratique le plus le redoublement en Europe, alors que d’autres pays l’ignorent ou le refusent, comme le Danemark, la Finlande, l’Irlande, le Royaume-Uni et la Suède. Or il semble avéré que le redoublement précoce est inefficace. Son but est de remettre les élèves à niveau, mais il n’y parvient pas, comme deux enquêtes effectuées à plus de vingt ans d’intervalle l’ont montré. (…) Les opinions sur le redoublement restent tranchées : d’aucuns pensent que la menace du redoublement peut avoir des effets salutaires sur un enfant et sa famille ; d’autres sont convaincus que le redoublement précoce fait des dégâts psychologiques durables. Sans entrer dans ce débat et sur la base des seuls résultats, il semble raisonnable de conclure que, à l’école, le redoublement précoce est plus un problème qu’une solution. »

 

Celles et ceux qui voudraient en savoir davantage peuvent consulter le document complet à l’adresse suivante :

 

http://www.hce.education.fr/gallery_files/site/21/40.pdf

 

En France, 38% des jeunes âgés de 15 ans déclarent avoir redoublé au moins une fois (Regards sur l’éducation-2006-OCDE). Genève est loin de ce taux, heureusement. Mais il faut quand même savoir que pour les élèves genevois, le 8,5% aura au minimum une année de retard à la fin de l’école primaire (SRED). Et que le taux de redoublement n’a pas significativement baissé ces quinze dernières années.

 

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26/09/2007

Notes et sélection précoce : Vaud remet ça !

La paix scolaire que nous, Genevois, étions soi-disant incapables d’instaurer – contrairement aux Vaudois qui étaient tellement mieux que nous – n’aura apparemment pas duré longtemps dans le canton voisin. Une nouvelle initiative populaire « école 2010 : sauver l’école » vient de voir le jour. Des degrés annuels, des notes dès la 1ère primaire, etc. pas besoin de lire très attentivement les quelque 50 articles ( !) proposés afin de modifier la loi pour saisir le côté rétrograde, inadéquat et indigeste de cette mouture visant à rigidifier l’école. On pourrait se gausser de ce retournement qui fait fi des accords politiques. Ou se risquer à prétendre que d’avoir voulu éviter le vote populaire revient à payer une addition plus lourde ensuite. Mais cette nouvelle pirouette des milieux anti-pédagogiques nous oblige quand même à répéter quelques questions, lancinantes à force d’être posées :

 

Quand est-ce que les détracteurs de l'école publique comprendront que leurs attaques continuelles envers les professionnels de la formation, que leur négation des résultats de la recherche scientifique en éducation, etc. sont néfastes, détériorent l'enseignement, causent du tort aux élèves et aux enseignants, minent la confiance indispensable entre l'institution scolaire et la société ?

 

Jusqu'à quand ceux qui parlent de paix scolaire mais allument des feux à tout bout de champ arriveront-ils à tromper la population à coups d'arguments simplistes, tronqués, populistes ?

 

Si l'on veut réellement que le plus grand nombre réussisse, que le niveau général de connaissances et de compétences s'élève, alors il faut renoncer à la sélection précoce, promouvoir l'hétérogénéité des classes, injecter des moyens supplémentaires dans les budgets de l'instruction publique. C'est possible. Les professionnels de l'éducation y croient.

Mais qui, du politique au citoyen lambda, le veut vraiment ? Tant que l'individualisme prévaut et que chaque parent se bat pour la réussite de son propre enfant - et tant pis pour les autres parce qu'il n'y a pas de place pour tous - nous tomberons de Charybde en Scylla. Si toutefois ce scénario se confirme, la facture sera extrêmement lourde, très bientôt. Et peu seront prêts à en endosser la responsabilité, ce qui, de toute façon, en regard du désastre qui existera, apparaîtra comme un moindre souci.

Et si nous réfléchissions aujourd'hui ?

 

 

 

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24/09/2007

Les enseignants dénoncent les dérapages de la campagne électorale fédérale

Pour la 41ème fois depuis 1866, le syndicat des enseignants romands (SER), fort de quelque 10'000 membres, a tenu son traditionnel Congrès le 22 septembre 2007. La pédagogie, que la rumeur et certains courants de pensée chargent de tous les maux, était à l’honneur ce samedi à Genève dans la salle du Palladium.

 

Après avoir procédé à l’acceptation des lignes directrices de la politique syndicale du SER, le Congrès a dit son inquiétude face aux dérives du climat politique mis en évidence par la campagne pour les élections fédérales, au travers d’un appel solennel à la responsabilité du monde politique romand et suisse. Le voici in extenso :

 

 

 

Appel solennel à la responsabilité du monde politique romand et suisse

 

rendu public à l’occasion du 41e Congrès quadriennal du Syndicat des enseignants romands (SER)

 

 

 

Depuis de nombreux mois et singulièrement lors de la présente campagne électorale fédérale, les messages politiques prennent une tournure de plus en plus dure.

 

Des élu-es et des partis façonnent des déclarations ou publient des affiches qui caricaturent et réduisent les positions à des messages simplificateurs.

 

Bon nombre de ces positions exacerbent les différences entre les habitants de notre pays. Surfant notamment sur un sentiment subjectif d’insécurité, ces élu-es du peuple amalgament en particulier les origines extra-helvétiques avec des faits de délinquance.

 

Agissant dans une visée électoraliste réductrice, ils opposent une population présentée comme légitime et honnête - parce qu’indigène de longue date - à un autre pan de résidents de nos cantons, généralement plus fraîchement installés, en les stigmatisant et en les désignant singulièrement de manière récurrente comme de potentiels « abuseurs » ou fauteurs de troubles.

 

 

 

Les enseignantes et les enseignants recueillent au sein des écoles les fruits de ces déclarations.

 

Aujourd’hui, ils rappellent qu’ils sont dépositaires de responsabilités éducatives et d’instruction envers tous les élèves, quelle que soit leur origine.

 

Dans ce cadre, ils ne sauraient accepter de jouer les pompiers suite au fait qu’une approche populiste aurait engendré, accentué, exporté, ou même organisé, des conflits de classes sociales, interethniques ou interreligieux au sein de l’école publique.

 

 

 

Dès lors, le SER dénonce cette approche qui rompt de manière grave avec l’histoire de notre pays, en particulier vue sous l’angle de l’accueil, de l’ouverture et de l’égalité de traitement.

 

Il appelle les personnes concernées à se ressaisir et à décliner leur action selon une responsabilité citoyenne renouvelée.

 

 

Genève, le 22 septembre 2007

 

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14/09/2007

Exploitation en continu?

L’initiative « Accueil continu des élèves » propose une école et des activités en permanence, de 7h30 à 18h00, 5 jours sur 5, afin de permettre aux deux parents de travailler à plein temps. Mais qui profiterait vraiment de cet horaire continu : les parents, les élèves ou les patrons et l’économie ? Le parti radical ne cache pas que, selon lui, l’école doit s’adapter au monde professionnel. Il est toutefois permis d’avoir une autre vision des choses et de faire remarquer qu’actuellement, à travail égal, les femmes touchent un salaire nettement inférieur à celui des hommes (env. 22% selon certaines études*). C’est surtout par cet aspect que les femmes sont pénalisées. Vouloir ainsi créer des conditions qui autoriseraient en quelque sorte une exploitation accrue du personnel féminin n’est pas anodin. Une véritable initiative pour valoriser les familles favoriserait au contraire la possibilité de travailler à temps partiel en accordant par exemple, comme dans les pays nordiques, une indemnité-salaire à l’un des deux parents. * http://www.egalitedessalaires.ch/

 

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