23/05/2007

Trois p'tits rendez-vous du DIP et puis s'en vont...?

Charles Beer, dans ses « 13 priorités » de janvier 2005, avait promis des assises de l’éducation au printemps 2006. Le bourbier de l’université aidant, l’idée a été abandonnée pour se transformer en trois « rendez-vous de l’instruction publique » en 2007. L’expérience est achevée et ne laisse pas un souvenir impérissable. Les invités principaux, de qualité, propres à élever le niveau de discussion, ont été sous-exploités, la place étant laissée aux trop nombreux intervenants des tables rondes. La disparité des propos a pour finir eu raison du débat.

 

Le meilleur moment restera le direct sur Léman Bleu avec les élèves des trois ordres d’enseignement interpellant les politiques. Une page de fraîcheur inédite, des interrogations pertinentes qui rompent avec les antagonismes habituels. Mais la confrontation des député-e-s avec un jeune public aura aussi été révélatrice de l’incapacité de nos élu-e-s à trouver un langage compréhensible pour nos élèves et à réfréner leurs élans démagogiques devant ces futurs électeurs. Quant à l’intervention pathétique de l’UDC André Reymond qui demandait peu ou prou de faire sortir tous les pédagogues de l’école (pour les remplacer par des gardes-chiourmes ?), il n’est pas exagéré de dire que cette envolée est emblématique de la malheureuse confusion qui règne envers et contre tout dès que les questions d’éducation sont abordées.

 

Faudrait-il dès lors renoncer à débattre publiquement de l’école ? Je ne crois pas. Certes, bien des collègues et des citoyens sont sortis déçus de ces rendez-vous. Mais le découragement et le renoncement, ce n’est pas le genre de la maison, serais-je tenté de dire. Les professionnel-le-s de l’enseignement, qui veulent davantage être écoutés, résisteront aux légitimes réflexes de défense, à toute velléité de repli. Ces rencontres entre l’école et la société, si elles ne portent pas leurs fruits pour l’instant, doivent être maintenues. Car ce qui leur fait le plus défaut actuellement, c’est qu’elles n’ont aucune constance.

 

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14/05/2007

Ultra-cons

Le Conseil d’Etat a interdit les appareils anti-jeunes émettant des ultrasons. Bravo. C’était certes une décision un peu plus facile que le coup des muselières : pas de risque pour le gouvernement de devoir reculer aussi piteusement que quand il s’attaque au lobby des propriétaires de chiens. Mais c’est insuffisant. Tant que la vente continue, quelle garantie avons-nous que des particuliers ne vont pas installer ces dispositifs dangereux aux endroits où ils pensent que leurs intérêts sont menacés par la présence de jeunes ? Avec la publicité qui est faite pour ces « mosquitos » et vu leur faible prix il y aura bien quelques irresponsables qui vont les tester à leur tour. Il ne fait décidément pas bon être jeune dans notre société. La démographie baisse mais on laisse les enfants se faire défigurer ou même dévorer par des molosses, on tolère les chauffards aux abords des écoles, on veut fermer les préaux parce que les jeunes dérangent et maintenant on tente de les chasser des bâtiments publics. Quelle sera la prochaine supra-connerie qui va être inventée pour mépriser le droit à la jeunesse de simplement exister ? Il est peut-être temps que l’école leur apprenne mieux à se révolter, à exprimer leurs désaccords face aux injustices dont ils sont victimes. Avant qu’il ne soit trop tard et que la violence ne devienne le seul moyen de s’opposer et de s’affirmer.

 

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21/04/2007

Passage (de vie à trépas) pour piétons

Un homme de 96 ans a été tué par le tramway alors qu’il traversait sur un passage pour piétons. Au prétexte que les trams bénéficient d’une certaine priorité, l’avocat du wattman n’hésite pas à affirmer que si le nonagénaire est mort, c’est de sa faute ! C’est simplement indécent et scandaleux. Tout juste si le 3ème âge n’est pas accusé d’entretenir dans ses rangs des commandos de sournois piétons-suicide.

 

Les transports publics doivent pouvoir jouir de conditions de trafic fluides (voies réservées, en site propre si possible, etc.) et il est compréhensible que des mastodontes comme les trams ne puissent pas s’arrêter à tout bout de champ. Il n’en demeure pas moins que les déplacements à pied doivent être favorisés et que la sécurité des piétons doit être garantie. Va-t-on demain excuser les conducteurs qui auront soit renversé une personne âgée ou handicapée trop lente, ou écrasé des enfants qui eux ont le défaut d’être trop petits et peu visibles ? On peut se féliciter de la baisse d’accidents graves de la route mais une personne tuée dans un accident de la circulation, a fortiori lorsqu’elle n’y est pour rien, représentera toujours un mort de trop.

 

Et des chiffres positifs ne doivent pas en cacher un autre, préoccupant, qui est celui des infractions en matière de circulation routière aux abords des écoles. La police en a recensé quelque 3'600 en une semaine, par deux fois en moins de 6 mois. Et il ne s’agit que d’un pointage ! Est-ce à dire qu’il y aurait peut-être, hebdomadairement, autant de conduites inappropriées, de dépassements de vitesse en particulier, devant les écoles genevoises qu’il y a d’élèves au primaire (36'000) ? Nous jouons à l’évidence avec le feu et verbaliser 15 jours par an ne suffit pas. Des milliers de jeunes se rendent chaque jour à pied dans leur établissement scolaire et n’ont pas à être exagérément exposés aux dangers de la route. A l’instar de propriétaires de molosses qui n’ont aucun égard envers les enfants, certains automobilistes adoptent un comportement irresponsable et inquiétant.

 

La valeur d’une société se mesure aussi à sa capacité à protéger les plus faibles. Au lieu d’embarquer des caméras de surveillance dans les bus et d’en disséminer dans les rues, les TPG et nos autorités feraient sûrement mieux de se préoccuper de trouver et de financer des solutions humaines pour veiller sur les citoyens. Ou faut-il attendre que la rubrique « des vieux et des élèves écrasés » supplante celle réservée jusqu’alors aux canidés ? (Etant entendu que le meilleur ami de l’homme aura droit, lui, aux articles de fond, en pleine page, avec photos, etc. – il y a quand même une justice dans ce bas monde…)

 

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18/04/2007

Ecole ou centre pénitentiaire ?

La fermeture du préau de l’école des Vollandes, depuis le 5 février 2007, apporte de l’eau au moulin des milieux qui se complaisent dans le discours sécuritaire. Et donne, ci et là, des idées à des groupes qui réclament à leur tour un périmètre sécurisé autour des établissements scolaires. La faiblesse du magistrat, Manuel Tornare, qui avait cédé à des arguments populistes avait été dénoncée. Mais le précédent craint existe bien maintenant.

école ou prison ? Parents en colère dans une commune suburbaine, courriers de lecteurs, motion du parti radical en Ville de Genève[1], etc. : chacun se croit autorisé à réclamer sa solution pour assurer la sécurité des élèves et des citoyens. Ce qui est préconisé est illusoire bien sûr. Non seulement le risque zéro n’existe pas mais il est dangereux de vivre dans le fantasme que l’on peut y parvenir. Repousser les toxicomanes, envoyer des patrouilles de police, quintupler les surveillants à la récréation, ériger des barrières hérissées de piques autour des écoles, prôner l’exclusion et la répression : autant de propositions inadéquates qui en disent long sur le désarroi des citoyens et l’intérêt de ceux, pour qui cela représente le fond de commerce, de les y maintenir. Si certains préaux peuvent être fermés le week-end, comme celui de Ferdinand-Hodler ou des Eaux-Vives, pour des raisons de tranquillité et parce que leur configuration s’y prête, il n’y aucune raison d’étendre ces dispositions particulières à tous les établissements. La prévention, l’action sociale, la compréhension et la tolérance restent bien plus efficaces pour apprendre à vivre ensemble. L’école des Grottes a réussi ce pari, dans un contexte difficile. Voilà ce qui devrait inspirer les citoyens !  

[1] M-649 : voir la position SPG sur le site http://spg.geneva-link.ch

 

 

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08/04/2007

Moyenne d'âge

Lettre ouverte au Conseil d’Etat

Monsieur le président,
Messieurs les conseillers d'Etat,

Peut-être que vous ne le saviez pas, mais vous avez 50 ans. C'est votre âge à tous, ou plutôt la moyenne de vos âges respectifs. Vous êtes donc, pour ainsi dire, nés collectivement (une sorte d'avant-goût de la collégialité qui vous caractérise aujourd'hui…) en 1957. Un peu absurde comme calcul (eh oui, c'est une moyenne, que voulez-vous) et, pour le moins, une entrée en matière plutôt bizarre. Je le concède.
Cela me sert juste à attirer votre attention sur le fait que, si vous acceptez temporairement l'âge que je vous attribue, le nombre d'années qui vous sépare maintenant de la scolarité primaire correspond grosso modo à 40 années. Lorsque vous aviez dix ans, durant l'année scolaire 1966-67, vous étiez en 5ème primaire ou en 4ème, peu importe. Vous vous trouviez en plein dans ce que nous appelons aujourd'hui le cycle moyen ; au centre de ce moment de la scolarité qui a fait récemment l'objet de modifications réglementaires.
Vous avez ainsi approuvé un nouveau règlement de l’enseignement primaire le 4 avril 2007. Et qu’y avez-vous mis ? Des moyennes trimestrielles à la demi-bonne et des moyennes annuelles au dixième. Beaucoup de citoyens pensent que c’est un retour à une situation déjà vécue. Mais dans quel passé ?
Prenons le livret scolaire de votre 5ème primaire, en 1967. Que dit-il ? Que seules des notes entières sont admises. Que les moyennes annuelles sont arrondies à l’entier, que 4,49 donne 4 et que 4,50 est arrondi à 5. Et on ne parle même pas de moyenne pour les périodes de travail… A l’époque, la suprématie de la note ne faisait pas de doute, l'évaluation ne souffrait pas de discussion. Au point que les entretiens de parents ne sont même pas mentionnés. Et des notes entières suffisaient largement.
Ce livret scolaire n’est certes pas un modèle. Il démontre que la brutalité des notes et des moyennes coupe court à toute explication et ne saurait être garante ni d'équité ni de qualité. Il y aurait d'autres pages à découvrir dans ce carnet, davantage plaisantes par leur côté désuet - comme cette recommandation aux parents de ne pas laisser "tomber entre les mains des enfants" des lectures telles que des romans policiers ou des journaux quotidiens - et qui prouvent que ce temps est révolu. C’est pourquoi il est inquiétant de constater que vous retenez pour demain des modalités inédites, jamais appliquées à Genève, mais qui, par l’évocation à un passé largement fantasmé, inhérent au contexte actuel de l’école, vont tromper la population entière car chacun croira y déceler un souvenir de son propre vécu. Or, les choix que vous avez opérés, s’il fallait vraiment les situer dans l’histoire de l’école genevoise en trouvant quelques similitudes avec une situation ayant existé, nous renverraient près de cent ans en arrière… Soit le double de votre âge. Voilà qui ne nous rajeunit pas. Encore un effort, et les châtiments corporels feront leur retour, eux aussi. Pour autant que l'école républicaine, etc. existe encore.

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07/04/2007

La lettre et l'esprit de l'article 4*

La modification de la loi sur l’instruction publique (LIP), suite à la votation du 24 septembre 2006, prendra effet à la rentrée 2007. Ce nouvel article 27, qui réorganise l’école primaire en degrés et instaure une promotion annuelle des élèves, balaie des décennies d’efforts du corps enseignant. Il s’agit certes de faire respecter une volonté populaire. Qui ne demandait sûrement rien d’autre qu’un gain de qualité de l’école. Mais quand on sait que cette modification de la loi ne correspond pas aux inspirations des enseignants primaires – ni même à celles de la direction – et qu’elle a été rejetée par une majorité de parents, j’estime légitime d’évoquer de quelle manière il faut, non la contourner, mais l’intégrer sans que son caractère délétère ne pourrisse l’ensemble de l’instruction publique. Pour que la sélection ne redevienne pas précoce, que l’égalité de chance de réussite scolaire ne soit pas une expression creuse, je suis persuadé que, plus que jamais, parents et enseignants doivent tirer à la même corde et se comprendre. Il faut donc se garder de toute stratégie de renoncement et de fatalisme, comme nous y invitent ceux qui combattent les réformes. Oui, presque tous les enfants peuvent acquérir durant leur scolarité obligatoire les connaissances et compétences de base. Oui, l’école aurait besoin de davantage de moyens pour mieux encadrer les élèves. Non, les travaux notés à répétition et les moyennes ne réduiront pas l’échec scolaire. Non, le code de déontologie des professionnels de l’éducation ne les autorise pas, au prétexte de moyens insuffisants, à ne pas honorer entièrement leur mission. C’est pourquoi j’espère que demain il n’y aura pas d’enseignants qui se cacheront derrière les notes qu’ils donneront à leurs élèves, pour éviter d’expliquer leurs pratiques, ni de parents qui ne viendront voir le prof seulement quand leur enfant sera en difficulté, pour contester le résultat de telle épreuve par exemple. Il me semble primordial de préserver le dialogue famille-école que nous avons réussi à mettre en place aujourd’hui, et qui ne se cantonne pas à des chiffres dans un livret… Il faut s’employer à ce que cet acquis de la rénovation ne soit pas galvaudé. Si la petite modification de l’article 27 est contrariante, elle ne peut faire oublier les vrais objectifs de l’école publique, définis à l’article 4 de la LIP. Et il serait peut-être temps que nous nous activions, tous, parents, enseignants et politiques, afin que cet article soit respecté et appliqué… à la lettre et dans son esprit. Cela représente sûrement une condition préalable pour que l’école de demain, à moyen terme, réalise l’évolution dont elle a besoin. Car la paix scolaire, nécessaire pour avancer, ne doit pas être construite sur le monceau d’hypocrisies actuel. * www.geneve.ch/legislation/rsg/f/rsg_c1_10.html

Art. 4            Objectifs de l'école publique

L'enseignement public a pour but, dans le respect de la personnalité de chacun :

            a) de donner à chaque élève le moyen d'acquérir les meilleures connaissances dans la perspective de ses activités futures et de chercher à susciter chez lui le désir permanent d'apprendre et de se former ;

            b) d'aider chaque élève à développer de manière équilibrée sa personnalité, sa créativité ainsi que ses aptitudes intellectuelles, manuelles, physiques et artistiques ;

            c) de veiller à respecter, dans la mesure des conditions requises, les choix de formation des élèves ;

            d) de préparer chacun à participer à la vie sociale, culturelle, civique, politique et économique du pays, en affermissant le sens des responsabilités, la faculté de discernement et l'indépendance de jugement ;

            e) de rendre chaque élève progressivement conscient de son appartenance au monde qui l'entoure, en éveillant en lui le respect d'autrui, l'esprit de solidarité et de coopération et l'attachement aux objectifs du développement durable ;

            f) de tendre à corriger les inégalités de chance de réussite scolaire des élèves dès les premiers degrés de l'école.

 

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27/03/2007

Statut des fonctionnaires : la fin des fantasmes ?

La nouvelle loi sur le personnel de l'administration cantonale (LPAC) a été votée par le parlement genevois le 23 mars 2007. Au-delà du fait qu'elle conserve un statut de fonctionnaire – ce que réclamaient les 15'000 employés signataires de la pétition du Cartel en 2005 –, il est sain de constater qu'un dialogue social existe. Cette nouvelle mouture de la loi, fruit d’une concertation, montre que les conditions de travail se négocient d’abord entre l'employeur (le Conseil d'Etat) et les employés (représentés par le Cartel intersyndical). Les modifications apportées à la LPAC permettent aussi de réaffirmer que la vision du fonctionnaire "engagé à vie" est, et a toujours été, erronée. Et il ne faut pas s’imaginer que demain il pourra être licencié arbitrairement. Autant il est souhaitable que le fantasme du fonctionnaire indéboulonnable soit oublié, autant il ne s'agit pas de le remplacer par son opposé ! Les syndicats ne manquaient pas de travail hier, ils ne chôment pas aujourd'hui et ils continueront demain à assurer une défense d'une fonction publique digne de ce nom. Le contexte est certes difficile. La diminution de 5% des postes mise en oeuvre par le Conseil d'Etat, qui dégrade les prestations à la population, brouille le débat. Les syndicats – c'est important de le redire, pour le secteur enseignement en particulier – n'ont jamais défendu l'indéfendable. Il serait absurde de prétendre que chaque fonctionnaire, du haut en bas de l'échelle, est parfaitement adéquat. En revanche, il faut combattre toute velléité de suppression de postes décidée à l'aveugle, car cela met en danger les emplois, les conditions de travail et les prestations.

M. David Hiler, lors du vote de la LPAC, a relevé l’attitude loyale des syndicats. Comme si nous avions failli une fois et n'avions pas respecté un accord, nous… Mais si, en matière de loyauté, le Conseil d'Etat est plutôt mal placé pour oser ce genre de commentaires (il n'y a qu'à penser au vote récent au sujet des EMS), la droite n'est pas en reste. En effet, maintenant que la LPAC est votée, qu'attend l'Entente pour retirer définitivement son projet de loi, rejeté par le personnel de l’Etat ? Le chantage que représente le maintien de ce texte anti-fonctionnaire, au prétexte d'un éventuel référendum, n'est pas acceptable. Il est toutefois emblématique des attaques permanentes dirigées contre les services publics. Oui, les combats à mener par les syndicats ne sont pas près de diminuer…

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