01/11/2007

Accueil continu des élèves : mise au point

Mme Bérengère Miffon, invitée de la Tribune du 30 octobre (article reproduit ci-dessous), estime que l’initiative du Parti radical « accueil continu des élèves » a le mérite d’ouvrir le débat. C’est bien ce que j’avais cru comprendre. Mais, apparemment, Mme Miffon supporte très mal que l’on puisse émettre certaines réserves ou relever les contradictions contenues dans le texte proposé par son Parti. En effet, elle consacre l’essentiel de son billet à déformer mes propos parus dans la Tribune du 23 octobre (cf. note précédente de mon blog). Tout au long sa diatribe, elle s’essaye ainsi à l’exercice malhonnête des citations tronquées ou inventées, à l’insulte déguisée, au détournement de mes idées. Par juxtapositions de truismes et autres slogans vieillis, elle tente de me prêter des intentions que je n’ai jamais eues (comme si, par exemple, je défendais le modèle « Monsieur travaille, Madame cuisine »… ; représentation éculée que, par ailleurs, elle n’hésite pas, elle, à continuer de véhiculer). Elle arrive même à affirmer que je « culpabilise les parents qui, parce qu’ils travaillent, confient leurs enfants au parascolaire au lieu de les laisser devant la télévision ou les jeux vidéo » alors que c’est exactement le contraire que j’ai écrit.

 

Bref, tout cela est assez révélateur de la pauvreté des arguments de Mme Miffon pour promouvoir son initiative. Mais le plus cocasse réside dans cette plainte : « A chaque fois que le Parti radical milite pour une évolution de l’école, il trouve sur sa route M. Baud et ses critiques ». Nom d’un chien ! Un seul homme barrerait-il le passage à la caravane des innovations pédagogiques des radicaux ? Drôle de fantasme sur lequel il serait facile d’ironiser vu que chacun sait que le Parti radical n’a rien proposé de nouveau en matière d’éducation depuis des décennies mais, au contraire, a essentiellement combattu la rénovation et s’oppose maintenant, entre autres projets actuels, à celui de la réforme du fonctionnement de l’enseignement primaire.

 

Pour en revenir à l’initiative radicale, j’aimerais, pour conclure, préciser les points suivants : 1) je ne suis pas opposé a priori à cette initiative mais entends combattre ses imperfections qui sont nombreuses 2) je suis sensible à l’égalité hommes-femmes et aux problèmes que peuvent rencontrer les parents ou les familles monoparentales pour conjuguer vie professionnelle et horaires scolaires des enfants 3) des solutions doivent être trouvées pour offrir un vrai choix aux familles et faire en sorte que travailler davantage ou au contraire consacrer plus de temps à l’éducation de ses enfants provienne d’un désir et non d’une contrainte 4) des alternatives existent pour éviter d’imposer un seul modèle de société et il faut en discuter ; la Société pédagogique genevoise est ouverte au débat et travaille sur le dossier de l’horaire scolaire.

 

 


L'INVITÉE | BÉRENGÈRE MIFFON, SECRÉTAIRE GÉNÉRALE ADJOINTE DU PARTI RADICAL GENEVOIS | 30 Octobre 2007 |

 

L'accueil continu des élèves: un espoir pour les familles

 

La société change, l'école doit suivre! N'en déplaise à M. Olivier Baud, ayatollah en chef du syndicat enseignant, le schéma familial n'est plus le même qu'il y a 50 ans. Le modèle «Monsieur travaille, Madame cuisine» est bel et bien révolu! C'est un fait et nous ne pouvons le combattre. Nous pouvons, par contre, apporter des solutions concrètes pour aider les familles en adaptant les horaires de l'école aux horaires professionnels. Cela s'appelle l'accueil continu des élèves.

 

En effet, le découpage des horaires scolaires n'a pas varié depuis la fin de la guerre. Si ce n'est lorsque l'on a déplacé le jour de congé du jeudi au mercredi et en supprimant le samedi matin d'école. Or les horaires scolaires doivent êtres adaptés aux besoins réels et actuels des familles. L'initiative du Parti radical (www.accueilcontinu.ch) a le mérite d'ouvrir ce débat en proposant une solution simple et directement applicable.

 

Nous ne voulons pas attendre, comme le suggère M. Baud dans son article publié dans la Tribune du 23 octobre, que «le Département de l'instruction publique instaure un temps d'études obligatoires (...) à l'horizon 2011». La légendaire rapidité avec laquelle le Département de l'instruction publique agit lorsqu'il promet quelque chose est bien connue. Le sort des enfants de Genève mérite une meilleure diligence.

 

A chaque fois que le Parti radical milite pour une évolution de l'école, il trouve sur sa route M. Baud et ses critiques. La plupart du temps sans fondements et dénuées de propositions alternatives. Ainsi, lorsque le Parti radical se battait pour le retour des notes, M. Baud jurait ses grands dieux que tous les parents et tous les enseignants y étaient opposés. On a vu ce qu'il en était: l'initiative a été plébiscitée par 76% des Genevois.

 

Qu'en est-il aujourd'hui alors que nous proposons que les élèves puissent, entre 16 h et 18 h, bénéficier de cours de sport, de musique ou encore de devoirs surveillés? Le président de la Société pédagogique de Genève ose parler de «forme de maltraitance». Quelle vision M. Baud a-t-il de l'école? Si le savoir, le sport, l'apprentissage de la vie en communauté sont pour lui de la maltraitance, alors il est impératif qu'il change de fonction.

 

Le voilà qui culpabilise les parents qui, parce qu'ils travaillent, confient leurs enfants au parascolaire au lieu de les laisser seuls devant la télévision ou les jeux vidéo. Où est la vraie maltraitance? Dans l'accueil, ou dans l'abandon?

 

Le monde parfait de M. Baud divise les citoyens en deux catégories. La première sacrifie sa vie au travail pour pouvoir payer à la deuxième le privilège de faire des enfants... Au contraire, les radicaux pensent qu'il faut aider enfin les personnes qui assument de front vie professionnelle et vie familiale.

 

M. Baud poursuit sur le refrain: «La droite veut du parascolaire pour mieux exploiter les femmes au travail.» Voilà qui me dresse les cheveux sur la tête! Mais mon bon Monsieur, les femmes aussi ont envie de se réaliser professionnellement! Et instaurer des infrastructures qui le leur permettent ne revient pas à les exploiter.

 

Dans la rhétorique post-léniniste de M. Baud, l'école devient de la maltraitance, et la vie professionnelle de l'exploitation.

 

A l'inverse, l'initiative pour l'accueil continu des élèves ouvre les yeux sur les réalités de ce nouveau siècle et constitue un message d'espoir: faites des enfants, la société ne vous laissera pas tomber.

 

 

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31/10/2007

Ecole, étude, boulot... Bof!

Texte paru dans la Tribune le 23 octobre 2007 à la rubrique Opinion-l’invité (le titre est de la rédaction)

Ecole, étude, dodo… Bof !

L’initiative populaire genevoise « Accueil continu des élèves » est soutenue par un hebdomadaire gratuit qui tire à 220'000 exemplaires. Avec une telle publicité et des arguments plutôt démagogiques, elle ne devrait pas avoir de peine à recueillir les 10'000 signatures nécessaires.

Cela dit, est-ce vraiment si évident d’accueillir les élèves à l’école de 7h30 à 18h00, cinq jours sur cinq ? Qui profiterait de cet horaire continu : les parents, les élèves ou les patrons et l’économie ?

Le Parti radical ne cache pas que, selon lui, l’école doit s’adapter au monde professionnel et qu’il faut permettre aux deux parents de travailler à plein temps. Mais il est permis d’avoir une autre vision des choses. De faire remarquer qu’actuellement, à travail égal, les femmes touchent un salaire nettement inférieur à celui des hommes (env. 20% selon certaines études).

C’est surtout par cet aspect que les femmes sont pénalisées. Vouloir ainsi créer des conditions pour que les femmes se fassent davantage exploiter n’est pas anodin. Une véritable initiative pour valoriser les familles favoriserait au contraire la possibilité de travailler à temps partiel en accordant par exemple, comme dans les pays nordiques, une indemnité-salaire à l’un des deux parents.

Le comité d’initiative joue aussi sur la corde sensible de l’égalité des chances. Mais à lire le texte, on comprend que ces activités surveillées seront réservées aux élèves dont les deux parents travaillent. Vouloir exclure certains enfants au prétexte que leurs parents – abominables marginaux ! – ne se consacrent pas entièrement à une activité lucrative et ensuite parler d’intégration ne constitue pas la seule contradiction de cette initiative.

Le parascolaire représente déjà une des plus grosses subventions du canton de Genève ; renvoyer le financement aux communes et aux parents consommateurs paraît peu crédible. Ou alors favoriserait le cercle vicieux qui consiste à se tuer au boulot pour payer son loyer, les assurances, la crèche… et demain les activités parascolaires.

Métro, boulot, dodo pour les parents, et école, études, dodo pour les enfants ; chacun dans son monde… Et après ce seront les mêmes qui déploreront la perte des valeurs liées à la famille et dénonceront la démission des parents.

Entre le tragique, la forme de maltraitance que peut constituer le fait de placer un enfant de 4 ans hors cadre familial onze heures durant et le cocasse, la surveillance à 7h30 des préaux du cycle d’orientation pour des élèves ados qui brilleront par leur absence, il y aura encore matière à revenir sur cette initiative.

En attendant, il convient quand même de rappeler que Genève est un canton-ville où chaque élève du primaire peut se rendre dans une école publique à moins de 500 mètres de son domicile. Beaucoup d’élèves profitent déjà d’un restaurant scolaire à midi mais nombreux sont ceux qui rentrent chez eux ou vont chez un copain ou chez leurs grands-parents, etc.

Bien des solutions existent et cette diversité est plutôt une richesse qu’il ne faudrait pas empêcher d’exister. Reste la question importante du temps après l’école. Mieux vaut en effet proposer des activités intéressantes à l’enfant plutôt que de le savoir avachi et passif devant la télévision.

Les devoirs et les études surveillées, un peu à bien plaire, sont loin de donner satisfaction sous leur forme actuelle et creusent plus les inégalités entre les élèves qu’ils ne les atténuent.

Avec un nouvel horaire de l’écolier, dont ne parle pas l’initiative, mais prévu à l’horizon 2011 si l’on en croit le département de l’instruction publique, l’instauration d’un temps d’études obligatoire pour tous les élèves, à ne pas confondre avec un temps d’enseignement, constituerait peut-être un début de solution équitable. A discuter…

 

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