Tableau noir - Page 5

  • Noter les profs ?

    L’évaluation des professeurs par leurs étudiants, aussi inefficace et peu suivie d’effets soit-elle, est régulièrement relancée. Déjà plus ou moins obligatoire dans certaines universités et autres HES, elle vient d’être imposée à Genève (voir Le Courrrier du 4 nov. 2011 : Tous les enseignements de l’UNIGE seront passés au crible). La scolarité obligatoire est-elle à l’abri de cette tendance ?
    Vous êtes-vous déjà préoccupé de vérifier si le questionnaire que vous avez rempli à la fin de votre séjour était pris en considération par la direction de l’hôtel ? Probablement pas ; cet exercice vous avait distrait en vacances, donné l’impression fugace que votre avis comptait et que vos suggestions allaient améliorer le sort des touristes suivants. Vous vous êtes acquitté de cette petite tâche bénévolement, sans attendre le moindre remerciement. D’ailleurs, ça tombe bien, parce que jamais aucun retour, malgré l’adresse courriel que vous aviez fournie, ne vous a été fait… Il en va ainsi sûrement de même pour les étudiants qui retournent leurs fiches complétées à la fin des cours et ne voient jamais le moindre changement, ni ne sont informés d’une velléité de procéder à un quelconque ajustement.
    Vers le salaire au mérite ?
    Certains profs, ainsi que le contenu de leur enseignement, semblent immuables… Tant mieux ou tant pis, c’est selon, mais si l’opinion des enseignés importe en fin de compte si peu, autant abandonner une pratique vaine. C’est toutefois plutôt au contraire que nous assistons. Il faut dire que l’insistance pour systématiser l’évaluation des profs par leurs étudiants, et prendre véritablement en compte des résultats, peut avoir pour principale motivation l’instauration d’une forme de salaire au mérite. Ainsi, en France, la ministre de l’enseignement supérieur de l’époque, Valérie Pécresse, ne s’inquiétait pas de savoir pourquoi cette évaluation, pourtant obligatoire depuis 1997 (réforme Bayrou), n’était pas appliquée, mais revenait il y a trois ans à la charge car elle estimait que, notamment sur la base des appréciations des étudiants, il revenait à l’université non seulement d’établir une grille de critères pour le traitement salarial mais aussi « d’avoir un conseil d’administration stratège et de définir sa politique de primes » (Le Figaro, 22 oct. 2008). L’iniquité d’un système de rémunération individualisé, qui varie en fonction de la qualité supposée des prestations fournies, est patente mais il faudrait, pour appliquer cette méthode contestée, rajouter une modalité contestable. Peut-on réellement faire dépendre le salaire ou la carrière d’un professeur de la note attribuée par un étudiant plus ou moins bien luné ? Cette dérive inquiétante constituerait par ailleurs un drôle d’aveu de faiblesse de la part de l’institution qui reconnaîtrait son incapacité à évaluer les personnes qu’elle engage et entendrait laisser aux « clients » le soin de gérer en partie l’avenir du personnel.
    Perdre sa vie à la noter, à comparer…
    Il est certes difficile d’imaginer que des élèves mineurs, qu’ils aient quatre ou quinze ans, puissent noter leurs maîtres. Sauf à vouloir démontrer l’absurdité de la frénésie autour des notes – rien de plus facile que d’attribuer des points aux joueurs d’une équipe de foot à l’issue d’un match, d’évaluer un vin, de noter des pots de yoghourt, de comparer le jambon cru espagnol et italien, de classer un produit quelconque, une voiture, un ordinateur par rapport à ses concurrents, etc. et qu’importe l’échelle utilisée, sur 10, 20 ou 100, le consommateur lambda, aussi peu averti soit-il, la comprendra immédiatement – l’école publique n’a pas grand-chose à gagner en cédant à cette supercherie qui consiste à occuper la population entière en lui faisant croire qu’elle participe alors qu’elle subit pour l’essentiel. Cependant, dans une société telle que la nôtre où la consommation est reine, il n’est pas étonnant que le pendant des choix presque illimités (il suffit de songer à l’offre pléthorique pour un objet aussi banal qu’un téléphone, par exemple) soit le besoin presque compulsif de connaître le degré de satisfaction des consommateurs. Mais si les lois du marché et de la concurrence arrivent assez subtilement à autant tenir compte des goûts des personnes qu’à les dicter – ce qui n’est guère rassurant à contempler le monde actuel – il n’y a aucune raison pour que cette mainmise de l’économie dégouline sur le secteur de la formation.

  • Dégrader les conditions d'enseignement pour aider les élèves ?!?

    61,4% des lecteurs sondés par la Tribune pensent que l’ajout du mercredi matin d’école va dégrader les conditions de travail des enseignants primaires. Mais la TG du 14 octobre 2011 ne s’attarde que sur un seul résultat, celui du 69,3% en faveur du changement d’horaire. Affichette (dans la rue), manchette (1ère page), gros titre des pages 2 et 3, etc. : tout est centré sur le fait qu’une majorité du panel représentatif choisi par le média est en faveur de quatre jours et demi d’école. Mais comment y croire, ou que faire de ces deux résultats qui s’annulent mutuellement ? En effet, personne ne peut soutenir que des conditions d’enseignement détériorées apporteraient un quelconque bénéfice aux élèves. La seule conclusion honnête à tirer de ces deux chiffres est que le mercredi matin d’école ne convainc pas vraiment.

  • Pas de quoi se faire mousser...

    On avait eu droit à l’inspecteur d’école traquant le string aux Avanchets, voilà maintenant un directeur qui s’attaque aux boissons énergisantes à Plan-les-Ouates (PLO) et interdit notamment la bière sans alcool… Mais que font les 83 directeurs des autres établissements primaires ?!? S’ils sont en panne d’imagination pour se distinguer et espérer faire la manchette des journaux, on peut leur fournir quelques suggestions susceptibles d’aff(ri)oler les médias...

    Sérieusement, si je suis évidemment opposé à la consommation de raides bulles et autres boissons gazeuses dites « sans alcool » à l’école, je ne crois pas que ce soit à cette dernière de le dire et d’interdire. Le service de santé de la jeunesse (SSJ), d’après l’article de la TG de ce jour, applaudit l’initiative du dirlo de PLO ; mais ne serait-ce pas plutôt à lui, le SSJ, de justement informer largement, au niveau du canton, de diffuser à tous les parents des recommandations émanant de professionnels de la santé, de rappeler les dangers liés à la consommation précoce de caféine et d’alcool ? Pourquoi cette mesure (pas vraiment applicable par ailleurs) ne concernerait-elle qu’un seul établissement sur les quatre-vingt-quatre que compte Genève ? Les écoles ont d’autres chats à fouetter que d’édicter des règles sur tout ce qui est bon et ne l’est pas pour l’élève. Surtout que la liste des interdictions, quand on commence ce petit jeu, est infinie...

  • Le SER soutient le référendum!

    Le syndicat des enseignantes et enseigants romands (SER) soutient le référendum contre l'augmentation de l'horaire scolaire.

    Cet apport de la faîtière romande est nécessaire et intéressant dans le contexte de désinformation permanente au sujet de l'école genevoise, phénomène accru dès qu'il est question de comparer Genève avec les autres cantons romands.

    Voici le communiqué du SER :

    REFERENDUM GENEVOIS - HORAIRE SCOLAIRE
    Prise de position du SER - 16 juin 2011

    AUGMENTER LA QUANTITE EN DIMINUANT LA QUALITE
    Réuni en séance le 10 juin, le comité du Syndicat des enseignants romands (SER), composé des présidents et vice-présidents des 9 associations membres, a décidé de soutenir les revendications pédagogiques légitimes des enseignants genevois.
    Il ne se prononce pas sur la question d’envoyer ou non les élèves à l’école le mercredi matin, considérant que la répartition de l’horaire scolaire sur la semaine est une question locale.

    Le SER rappelle que :

    • Genève a un temps de présence des élèves du cycle 2 dans la moyenne romande, comparable à ce qui se pratique dans les cantons de Vaud et Fribourg ;
    • Genève se distingue par la bonne organisation de l’encadrement parascolaire et le taux très important des enfants qui le fréquentent ;

    Le SER souligne que :

    • la focalisation sur l’introduction d’heures d’enseignement le mercredi matin occulte les véritables enjeux du changement de loi ;
    • les prises de position du chef de département, relayées par les médias, sont méprisantes à l’égard des enseignants et de leur professionnalisme ;
    • la concertation n’a pas fonctionné entre le Département et les interlocuteurs concernés lors des différentes phases préparatoires ;
    • le coût réel de l’augmentation du temps de travail des élèves a été sous-estimé ;
    • l’harmonisation des horaires entre cycle 1 et cycle 2, qui faisait de Genève un pionnier pour les familles en Romandie, est abandonnée (pas de mercredi matin au cycle 1).
    • de nombreux élèves passent leurs journées dans des structures scolaires et parascolaires, ainsi leur temps de présence est bien plus conséquent que dans les autres cantons romands. Ce fait a été écarté du débat, à tort ;
    • la nouvelle loi fera de Genève le Canton qui imposera le plus d’heures aux élèves du cycle 2, le Canton du Valais projetant de réduire le temps de présence des élèves ;
    • la nouvelle loi entraînera une baisse des prestations pédagogiques apportées aux élèves par la suppression d’heures d’enseignement par demi-classe et par la diminution des prestations de suivi des élèves à besoins particuliers.

    A l’heure de la mise en oeuvre d’une Convention scolaire romande exigeante, le SER enjoint les autorités à travailler avec les associations professionnelles d’enseignants à une réelle amélioration qualitative de l’école.
    Le SER déplore la prévisible et inéluctable baisse de qualité de la différenciation de l’enseignement qu’entraîne cette nouvelle loi, au moment où tous les cantons cherchent à l’améliorer. Il soutient le référendum afin que les citoyens genevois puissent se prononcer sur cette question.

  • NON au mercredi matin d'école!

    Les médias relèvent que le Mouvement citoyens genevois (MCG) soutient le référendum que le syndicat des enseignant-e-s (SPG) a décidé de lancer, y voyant une certaine incongruité, mais occultent le fait que le mouvement solidaritéS s’impliquera activement dans la récolte de signatures, de même que plusieurs associations de parents d’élèves. Pourquoi un soutien plus large qu’on ne veut le dire existe-t-il ? Les raisons sont multiples. En voici quand même quelques-unes :
    Augmenter les moyens, pas l’horaire
    L’école genevoise subit des réformes en continu depuis vingt ans sans que jamais les moyens nécessaires soient accordés. Le corps enseignant est épuisé par cette politique et les élèves en pâtissent. Dans ce contexte défavorable, l’augmentation de l’horaire de l’élève doit être combattue.
    Vouloir simplement dépasser les autres cantons en termes de minutes et de jours d’enseignement ne relève pas d’un projet crédible. Les élèves genevois ont avant tout besoin de conditions d’enseignement de qualité, propres à garantir et à accroître le niveau de formation de toutes et tous.
    Davantage de profs, moins d’élèves par classe
    Lorsque l’on sait l’importance des premiers degrés de l’école pour l’avenir des élèves et le fait que l’école va devenir obligatoire à 4 ans, il faut en priorité mettre des forces sur le cycle élémentaire (4-7 ans), en octroyant par exemple 3 postes d’enseignant-e-s pour 2 classes. La moyenne d’élèves par classe doit aussi être ramenée à 16 pour créer des conditions d’enseignement acceptables.
    L’horaire actuel satisfait les parents et les enseignant-e-s
    Le 90% du corps enseignant soutient l’horaire actuel. Le mercredi de congé pour les élèves ne constitue pas un problème pour la grande majorité des familles (84% ont au moins un parent disponible le mercredi – source SRED) car elles se sont organisées en conséquence et apprécient finalement cette modalité qui permet une autre qualité de vie. Si l’horaire devait être augmenté, les parents préfèrent logiquement allonger la journée plutôt que le mercredi matin.
    Large désinformation
    Genève n’a pas moins d’heures d’enseignement que les cantons de Neuchâtel ou du Jura. Pour comparer avec Fribourg, il faudrait enlever les 100 minutes hebdomadaires de cours religieux que dispense ce canton. L’harmonisation scolaire suisse (HarmoS) n’impose aucune augmentation de l’horaire. Les résultats genevois aux tests PISA (qui concernent les élèves de 15 ans) sont comparativement et compte tenu des caractéristiques du canton (plus forte proportion suisse de non-natifs et de classes hétérogènes) tout à fait honorables. Etc. Trop d’arguments erronés faussent le débat. Certaines vérités doivent être rétablies et le référendum doit y contribuer, pour que le peuple puisse ensuite se prononcer en connaissance de cause !

    Téléchargez le référendum ici

  • Encore une pétition sur l'école...

    Apparemment, un référendum contre l’horaire scolaire ne suffisait pas. Voilà le groupement des associations de parents d’élèves (GAPP) qui lance sa pétition. On peut se réjouir de ce frémissement du GAPP, plutôt habitué ces derniers temps à dire ni oui ni non bien au contraire et donc à ne prendre position sur rien – en particulier lors de votations populaires sur l’école, ce qui est un comble. Incapable de se déterminer lors de la consultation sur l’horaire scolaire, s’autorisant à fustiger l’avis des enseignant-e-s, tournant au moindre vent, le GAPP réclame tout à coup davantage de moyens, rejoignant les revendications du syndicat, exprimées elles clairement depuis des lustres. Mais face à un parlement majoritairement méprisant à l’égard de l’enseignement primaire et ignorant de la réalité des huit premiers degrés de l’école, à quoi peut bien servir une pétition ? A moins de faire plus que les 17'000 signatures récoltées pour le latin récemment, on peut avoir des doutes sur l’utilité de la manœuvre. On peut certes souhaiter que ce texte permette à toutes les citoyennes et à tous les citoyens qui ne peuvent signer un référendum (en particulier les parents qui n’ont pas la nationalité suisse) d’exprimer leur inquiétude sur la politique scolaire menée depuis deux décennies. En cela, la pétition jouera, je l’espère, un rôle complémentaire au référendum contre le mercredi matin d’école. Cependant, il faudrait être naïf pour ne pas voir dans l’initiative du GAPP une manière de détourner l’attention du vrai enjeu et de porter atteinte au référendum. Dans le débat toujours difficile qui règne dès qu’il s’agit d’école, il faut craindre que deux textes circulant en même temps ne soient confondus et que certain-e-s signataires de la pétition déclinent ensuite l’offre d’apposer leur signature sur le référendum, pensant à tort l’avoir déjà fait. Personnellement, sur les stands et ailleurs, je ferai signer les deux textes, en accordant une priorité bien naturelle au référendum. Je pense même que nombre d’APE (associations de parents d’élèves) procéderont de même. En effet, dès que le référendum contre le mercredi matin sera lancé (début juin), il faudra s’activer afin qu’au minimum 7'000 signatures valables soient récoltées en 40 jours.

  • Projet de nouvel horaire scolaire : préalables clairement exprimés

    Le conseiller d’Etat chargé du DIP, Charles Beer, regrette (Le Courrier du 21 avril 2011) de ne pas avoir eu connaissance des revendications du syndicat quant à un éventuel changement d’horaire scolaire. Voilà qui pourrait surprendre si sa stratégie visant à déprécier la SPG – et tout le corps enseignant par la même occasion – n’était pas aussi évidente. Faute de vrais arguments et après avoir largement manipulé la population, le DIP persiste donc à désinformer.

    Qui pourrait cependant imaginer que le syndicat aurait omis de poser ses conditions en termes de moyens et de postes ? Cela s’est fait, bien entendu, de manière constante dans les instances ad hoc et ailleurs. Par exemple, le DIP ne peut avoir oublié que lorsque le Cartel intersyndical a déposé 14 pétitions auprès du Conseil d’Etat le 17 décembre 2009, il y en avait une qui émanait de la SPG et qui énonçait trois revendications très claires (reproduites ici intégralement) :

    1. une nette amélioration du taux d’encadrement à la rentrée 2010, d’un point au minimum (16 au lieu de 17) selon le calcul en vigueur et les conditions actuelles, soit environ 100 postes supplémentaires, première étape pour aller vers le rétablissement progressif d’un ratio élèves/postes d’enseignement acceptable (14, comme au début des années 90) ;
    2. une diminution de la charge d’enseignement (revendication SER 2002), de 4 périodes (soit 24 périodes de 45’ hebdomadaires au maximum) dès la rentrée 2010 – avant tout éventuel changement d’horaire scolaire – et l’augmentation des postes en conséquence ;
    3. l’octroi de moyens spécifiques à l’enseignement spécialisé, dès janvier 2010, afin d’accueillir et d’intégrer tous les élèves à besoins particuliers ou handicapés dans de bonnes conditions, et sans enlever des ressources aux autres.

    Cette pétition de l’enseignement primaire (P 1707) avait recueilli quelque 1'500 signatures en un mois. Intitulée « Davantage de moyens pour encadrer les élèves ! Moins de charges de travail pour un enseignement de qualité ! », elle posait de manière concise les éléments à mettre en œuvre pour améliorer l’école primaire et les préalables à toute entrée en matière sur une éventuelle modification de l’horaire de l’écolier. Le Conseil d’Etat avait d’ailleurs affirmé accorder une grande importance à ces 14 pétitions et Charles Beer avait lui-même présidé une séance de quatre heures avec le Cartel pour passer en revue quelques-uns des textes touchant de près son département. Aujourd’hui, alors que le DIP n’a répondu à aucune des revendications, qu’aucun moyen supplémentaire n’a été octroyé à l’enseignement primaire, il est sans doute préférable de feindre l’ignorance.

  • Vers une votation sur l'horaire scolaire

    L’Assemblée générale de la SPG réunie le 12 avril a décidé à la quasi unanimité (une seule voix contre - 200 favorables) de lancer un référendum contre la loi sur l’horaire scolaire. Plus de deux cents enseignant-e-s étaient présent-e-s pour exprimer leur ras-le-bol devant des conditions d’enseignement qui se détériorent depuis vingt ans. Face à un département qui, objectivement, n’a pas amélioré le taux d’encadrement des élèves, le corps enseignant n’est pas prêt à s’en laisser conter avec les promesses tardives de postes. Comment croire que des moyens pourraient surgir miraculeusement, alors que cela semblait impossible durant dix ans ? Comment accepter des postes, en admettant qu’ils existent un jour, qui, de toute façon, ne viendraient pas combler le manque de profs dénoncé depuis la fin des années nonante ? L’enseignement primaire avait à l'époque dû accueillir 6'000 élèves en plus (passant de 27'000 à 33'000 élèves en six ans) sans aucun poste supplémentaire (ou presque) ! Bref, la question de l’horaire de l’écolier est très complexe et il y aurait encore beaucoup de choses à dire : en attendant, la résolution prise par la SPG donne un signal fort, propice aux débats… et à une abondante récolte de signatures !

  • L'heureuse résistance des enseignant-e-s

    Il y a un peu plus d’un an, lorsque le département de l’instruction publique (DIP) envisageait d’augmenter l’horaire de l’écolier dès la rentrée 2011, seuls 80 postes supplémentaires étaient prévus. 80 postes pour couvrir un ajout de 4 périodes hebdomadaires à chacun des 8 degrés que compte l’école primaire : le projet était à l’évidence irréaliste et le syndicat ne s’était pas privé de dénoncer cette incohérence. Obligé de plancher un peu plus sérieusement sur le sujet, le DIP lançait ensuite, en mars 2010, une très large consultation sur un unique scénario, instaurant le mercredi matin d’école. Cependant, toujours mal ficelé et assorti d’aucun chiffrage de moyens convaincant, le projet d’un nouvel horaire scolaire était rejeté sans aucune équivoque par le 86% du corps enseignant. Une nouvelle fois, le DIP était contraint de revoir ses plans et annonçait finalement le changement probable d’horaire pour la rentrée 2013. Aujourd’hui, le DIP parle de 207 postes supplémentaires « pour assurer l’école le mercredi matin au cycle moyen » (TdG du 25 mars 2011). Le cycle moyen comptant 4 degrés, c’est bien une cinquantaine de postes par année scolaire qui serait ajoutée. Selon la première prévision du DIP, 10 postes supplémentaires en moyenne par degré auraient été suffisants … en voilà maintenant cinq fois plus ! Comment imaginer que cette stupéfiante progression (qui reste cependant totalement insuffisante) aurait pu exister si les enseignant-e-s n’avaient pas fait preuve de lucidité en dénonçant l’infaisabilité du projet et les soi-disant « évidences » à propos de l’horaire scolaire dont les médias et le DIP rebattent les oreilles des citoyen-ne-s ? La résistance du corps enseignant est salutaire à beaucoup d’égards et mérite d’être relevée. Elle doit encore se poursuivre. Etudier l’éventualité du lancement d’un référendum contre la loi modifiant l’horaire de l’élève se justifie pleinement.

  • Cyclokamikaze

    cyclo08.JPGDresser quelque 350 contraventions à l’encontre des cyclistes ne résout rien. L’opération de Pierre Maudet ne rassure personne et la police municipale devrait avoir mieux à faire que de traquer les cyclistes qui osent rouler sans sonnette. Pire, le conseiller administratif de la Ville de Genève aggrave la situation en usant d’un vocabulaire déplacé. En traitant les cyclistes de « cycloterroristes », il dresse les uns contre les autres. Rouler en vélo devient périlleux tant l’agressivité des automobilistes et de certains piétons va croissante. Beaucoup ignorent simplement les droits des cyclistes, ne les respectent donc pas, et se croient dans leur « bon droit » de coincer les vélos ou d’insulter leurs propriétaires. Et si les autorités les encouragent, cela devient insupportable. Essayez pas exemple de pédaler sur le trottoir du pont de la Coulouvrenière, là où c’est parfaitement autorisé… Quant aux conditions de circulation, elles sont épouvantables. On ne compte plus le nombre de pistes cyclables aberrantes, qui s’arrêtent sans crier gare. Impossible également d’utiliser une piste cyclable sans tomber sur un véhicule garé qui barre le passage. A propos, combien de contraventions pour stationnement illicite sur les pistes cyclables tombent-elles par mois ? Probablement zéro, tant il est vrai que l’on peut observer des voitures parquées pratiquement en permanence sur les bandes réservées aux cyclistes, et ce sans jamais le moindre papillon. Le summum est atteint quand il y a des travaux sur la chaussée. Là, les cyclistes ne comptent plus du tout. Dans le quartier de Saint-Jean, il y a des exemples ahurissants. Ainsi, en remontant la rue du Contrat-Social, la piste cyclable se termine brutalement à cause d’un chantier (aucune signalisation de travaux n’est posée en bas de la rue) et un aimable panneau invite les cyclistes à passer à gauche. Le problème, c’est que s’ils suivent l’indication, ils se jettent sur les voitures qui débouchent du chemin du Furet et qui n’ont aucune raison de s’attendre à voir des vélos arriver en sens inverse. Cette situation dure depuis plusieurs semaines et c’est une chance inouïe s’il n’y a pas encore eu un accident grave. Même si le bus 7 qui passe par là conduit à l’hôpital, aucun cycliste n’a envie de s’emplâtrer sur son pare-brise… à moins d’être un kamikaze et de vouloir se sacrifier pour faire avancer la cause.

  • Les doyens du CO ont fait grève. Et les maîtres adjoints du primaire ?

    Le vendredi 2 juillet 2010, dernier jour officiel d’école avant les vacances d’été, les quatre-vingts doyens du cycle d’orientation (CO) ont débrayé pendant une demi-heure ; c’est ce que nous apprend Le Courrier du 6 juillet. Cette action n’avait rien à voir avec le débrayage massif de l’enseignement primaire du 15 juin, et donc aucun rapport avec les menaces planant sur les caisses de pension. La nouvelle est passée plutôt inaperçue et, contrairement à la mobilisation du primaire, n’a pas suscité une réaction outrée du député libéral Pierre Weiss – pas d’interpellation urgente écrite (à ma connaissance du moins). Il faut dire que les élèves du CO étaient déjà libérés depuis une dizaine de jours…

    Mon propos n’est toutefois pas de commenter les raisons de cette mini-grève du secondaire 1. Mais plutôt de remercier les doyens d’attirer ainsi l’attention sur certaines réalités – ou plutôt disparités, devrais-je dire. Grosso modo, les quelque quatre-vingts doyens, à raison de quatre par CO, bénéficient chacun d’une décharge de 50% ; cela représente donc l’équivalent de 40 postes à plein temps. Au primaire, les maîtres adjoints effectuent des tâches comparables aux doyens. Mais les décharges uniques de 25% ou de 50% sont réservées aux grands établissements (de la taille d’un CO moyen). Ainsi, un établissement de 700 élèves ne bénéficie que d’un 50%, et le total de ces décharges pour l’enseignement primaire équivaut à 5 postes environ. En admettant que l’on veuille attribuer au primaire des forces de cet ordre égales à celles du CO, proportionnelles, il faudrait délivrer plus de 100 postes supplémentaires de maîtres adjoints.

    Le deuxième manque d’équité se révèle au niveau de la reconnaissance de cette responsabilité et de l’indemnité octroyée. Les doyens touchent 9'042.50 francs par an (753.55 fr. x 12 mois). Les maîtres adjoints, eux, peuvent tout juste compter sur environ 1'710 francs par an, quand les factures sont honorées… Cet éclairage n’est qu’un exemple de l’inégalité qui règne dans l’attribution des ressources au primaire et au secondaire 1. Des comparaisons entre les postes de secrétaires, bibliothécaires, infirmières, assistants sociaux, psychologues, etc. montreraient des différences similaires ou plus profondes encore. Dans ces conditions, et si aucun signe de correction n’est amorcé, comment imaginer la mise en place d’une scolarité obligatoire cohérente sur 11 degrés (de 4 à 15 ans) ? Comment croire à la création d’une direction générale de l’enseignement obligatoire, annoncée par le département de l’instruction publique (DIP) depuis un certain temps, et déjà reportée quelques fois… ?

  • Ecole obligatoire : la cohérence attendra

    L’école primaire risque-t-elle de se faire phagocyter par l’enseignement secondaire 1 ? Au motif que les deux niveaux devraient se rapprocher – ce qui est par ailleurs souhaitable – le projet de fusion des directions respectives est parfois évoqué, mais de manière allusive et sans réflexion ni imagination, au risque de laisser le modèle le mieux connu déteindre sur l’autre…
    L’école obligatoire à 4 ans (2012), l’introduction de l’anglais en 5ème primaire (prévue en 2013) et les attentes toujours plus nombreuses de la société envers l’école tendent à faire penser à un décalage, à un démarrage de l’école avancé de deux ans. Le cycle d’orientation (CO) – celui actuel, parce que le nouveau qui s’annonce en 2011, avec le retour des sections et ses multiples passerelles, sera plutôt coton ! – offre un système peut-être plus lisible, rassurant, avec tant d’heures de maths, tant de français, etc. ; il est aussi plus proche du vécu de chacun et donc mieux compris. Du coup, pourquoi ne pas appliquer aux élèves du primaire le régime réservé jusqu’à maintenant à ceux du CO ? Pourquoi ne pas leur imposer un horaire rempli de 32 périodes de 45 minutes ? En réalité, quantité n’est pas garantie de qualité. Mais un des problèmes principaux vient du fait que la majorité des acteurs a toujours de la peine à concevoir la scolarité obligatoire comme un tout. Onze degrés qui se suivent, sans scission, avec une progression cohérente du parcours de l’élève, serait-ce chose impossible ?
    Le département de l’instruction publique (DIP) avait bien annoncé la création d’une direction générale de l’enseignement obligatoire (DGEO) en 2009… Il n’en a rien été, bien évidemment, le projet est resté au point mort, et le CO continue à ignorer largement ce qui se fait au primaire. Après deux décennies au minimum de dénonciations d’incohérences diverses (par exemple, la généralisation de l’introduction de l’enseignement de l’allemand au primaire date de 1988 mais le CO n’en tient pas vraiment compte), les changements constatés par les enseignants sur le terrain sont minimes. Une DGEO ne constituerait pas la panacée, certes, surtout si elle se met en place dans la peur, l’incompréhension et le refus du corps enseignant secondaire qui craint notamment pour son statut. Mais faire perdurer deux directions générales ne se justifie pas, se révèle néfaste pour la formation des élèves ; une DGEO devrait donc se réaliser avant la fin de la législature. Il convient ainsi de discuter des conditions de mise en oeuvre pour que son avènement probable ne se fasse pas au détriment de l’une ou l’autre partie.
    En effet, la prépondérance du CO, si l’on considère par exemple qu’il lui revient d’accepter ou pas les élèves en provenance de l’enseignement primaire, existe bel et bien. Une situation inédite aurait pu permettre de modifier cela. En effet, le primaire d’abord puis le CO ont dû subir l’épreuve d’une votation populaire qui modifie leur organisation. Quoi qu’on pense de la traduction qui est faite de la volonté du souverain par les autorités, ce point commun aurait dû sauter aux yeux. Ainsi, le DIP aurait pu saisir l’occasion de fondre les règlements de l’enseignement primaire et du CO en un seul document, donnant enfin l’opportunité aux deux entités de commencer à construire l’avenir. Au lieu de cela, le primaire garde son règlement insatisfaisant et le CO modifie le sien précipitamment ; les territoires respectifs vont continuer à être gardés, avec avantage au secondaire qui conserve sa position dominante. Le paradoxe, c’est que le corps enseignant primaire voit bien l’intérêt qu’il y aurait à gagner en cohérence durant la scolarité obligatoire en regroupant les forces, et serait prêt à changer ses représentations pour le bien des élèves, mais que, au vu de la faiblesse et du peu de conviction de sa direction et du DIP, il résistera tant que les velléités de « secondariser » les huit premiers degrés de l’école ne seront pas clairement écartées.

  • Temps d'enseignement au primaire : Genève est dans la moyenne suisse

    Dans le cadre de la consultation sur le projet de nouvel horaire scolaire - qui ne concerne que l'enseignement primaire - d'aucuns pensent ou essaient de faire croire que les écoliers du canton de Genève sont ceux qui vont le moins à l'école.
    Or, les degrés de l'école primaire genevoise ont un temps d'enseignement qui se situe dans la moyenne suisse. Douze cantons sont moins bien dotés que Genève.
    Le vrai déficit se situe au secondaire I (au cycle d'orientation) où seul un canton suisse (NW) a un peu moins d'heures que le CO genevois.
    => Les deux tableaux extraits de L'Education en Suisse - Rapport 2010 (CSRE)* le montrent très bien.
    Il faut donc espérer que la consultation en cours permettra de révéler le manque de pertinence de l'unique scénario proposé afin de corriger le tir et de tenir compte de la réalité !
    *http://www.skbf-csre.ch/news.0.html?&L=1

  • Il faut éviter la "secondarisation" de l'école primaire

    Les spécificités propres à l’enseignement primaire sont-elles vouées à disparaître ? Méconnues, oubliées, moquées, minimisées ou ignorées, elles sont en tous les cas malmenées dans le contexte évolutif de l’école genevoise.
    Le concept de progression et de cohérence tout au long de la scolarité obligatoire est mis en avant depuis longtemps et constitue une priorité. Porteur d’un réel espoir, traduit d’une certaine manière avec le plan d’harmonisation scolaire suisse (HarmoS) qui adopte une nouvelle numérotation des degrés de 1 à 11, censé se concrétiser avec le plan d’études romand (PER), il bute en fait méchamment sur les représentations des uns et des autres, et en particulier sur celles des autorités. Dès 2000, le programme de suivi des acquis des élèves (PISA) a focalisé l’attention sur les résultats obtenus par les jeunes de 15 ans. La plupart des débats qui ont suivi, même quand ils avaient trait à l’enseignement primaire, ne parlaient en fait que des compétences et connaissances, acquises ou pas, au sortir de l’école obligatoire. Quelle que soit la véracité des propos – se résumant souvent, hélas, aux sempiternels lieux communs sur la baisse de niveau –, les discours ont démontré une vraie ignorance du travail effectué auprès des élèves de 4 à 12 ans. Aujourd’hui, la situation n’est pas meilleure, mais elle représente un danger accru au vu des projets en cours.
    Le changement de l’horaire de l’écolier, projeté pour 2011, est révélateur de la peine qu’ont les décideurs à appréhender la réalité du premier niveau d’enseignement. Le terme de « période d’enseignement », pratiquement jamais utilisé auparavant, est devenu soudain la norme. Il faudrait avoir tel nombre de périodes de 45 minutes de telle discipline pour réaliser les objectifs futurs du PER.
    Actuellement, il faut le répéter, la grille horaire est indicative. Il n’y a pas de découpage strict préétabli et les élèves n’interrompent pas leur activité au bout de trois quarts d’heure pour changer de classe. L’enseignant, professionnel responsable, doit trouver les moyens, en prenant en compte l’hétérogénéité de la classe et le contexte local, de conduire tous ses élèves à l’atteinte des objectifs d’apprentissage.
    Demain, s’il y a des maîtres spécialistes (MS) pour enseigner l’anglais, voire l’allemand (en plus des MS éducation physique, arts visuels et éducation musicale), si le temps passé à l’école par l’élève est supérieur à celui de son enseignant, il y a fort à parier que la grille horaire sera figée et que cette rigidité bridera à la fois la créativité et la différenciation pédagogiques. La notion d’enseignant généraliste s’évanouira, un métier s’éteindra, et les profs se croiseront dans l’école sans se connaître. La division du travail rendra davantage nécessaire l’élaboration de projets, engendrera la multiplication des réunions, des séances de suivi collégial, etc. pour tenter de sauver un semblant de cohérence… Un investissement lourd de conséquences, coûteux – il faudra à l’évidence diminuer la charge d’enseignement, déployer davantage de dispositifs d’appuis – et dont il n’est pas prouvé que les retombées seront bénéfiques.

  • Bientôt le couvre-feu ?

    La Ville de Genève continue à fermer ses préaux d’école. A cause des dealers dit-elle. Sous la pression des parents semble-t-il. Les conseils d’établissement ont trouvé un os à ronger plus consistant que le choix des saucisses de la fête de fin d’année. Cela tombe à pic pour cette instance nouvelle qui doit se trouver une raison d’exister. Hier, c’étaient les préaux des Eaux-Vives, des Vollandes et de Ferdinand-Hodler qui se voyaient cadenassés. Promis, juré cela ne devait être que des exceptions. Mais cela se poursuit. Aujourd’hui, c’est le préau du Seujet qui doit être barricadé ; et demain ? L’étau se resserre. Et à force de repousser le trafic et la consommation de drogue dans le quartier d’à côté, au lieu d’adopter une politique cohérente, ce sera bientôt la Ville entière qui sera concernée. La Ville de Berne vient de prendre la décision de fermer les préaux et les installations sportives de 22 heures à 6 heures, soi-disant pour lutter contre la consommation d’alcool et les déprédations. Une sorte de couvre-feu qui ne dit pas son nom mais entretient la peur et les délires sécuritaires. Quand tout sera bouclé et que les jeunes et autres citoyens ne trouveront plus ouvert un seul « lieu de vie » (cette appellation est encore censée s’appliquer aux préaux genevois), il ne faudra pas s’étonner des désagréments qui seront causés ailleurs. Mais pour certains, ce sera tout bénéfice car ils y verront la nécessité de prendre des mesures encore plus répressives…