Tableau noir - Page 7

  • Une votation sur le cycle qui désoriente…

    Une victoire à la Pyrrhus, le recours gagné par les tenants de l’initiative 134 ? Personne ne disait véritablement le contraire hier soir sur le plateau de Léman Bleu. Et chacun s’accordait à : 1) déplorer que les élèves paient le prix du report de la votation ; 2) souhaiter que le vrai débat puisse enfin avoir lieu. Nous verrons si le délai imparti permettra d’engager des discussions sur le fond. Au vu des invectives qui ont fusé du côté de l’Arle, on peut en douter. Quant à la cohérence du cursus scolaire de l’élève, de 4 à 15 ans, elle n’était pas promise pour demain, mais elle s’éloigne encore plus, hélas. L’Arle et Réel étant toujours prompts à se présenter en victimes, il n’était certes pas très malin de leur tendre la perche en produisant cette fameuse page 18 de la brochure de la votation cantonale du 30 novembre. Mais accuser en retour le département de « mensonge » « tricherie », « tromperie », « forfaiture », d’avoir fourni « un matériel de vote fallacieux », etc. comme l’ont fait sur les ondes les représentants de Réel et de l’Arle montre que leur hargne conduit à certains dérapages. Le texte de la page 18 n’était pas à sa place car il ne présentait pas objectivement l’IN 134 ; il n’en demeure pas moins vrai que, globalement, les éléments avancés sont défendables. Nous ne saurons jamais si Réel engrangera davantage de votes en sa faveur grâce à cette décision de justice, condamnant la maladresse du Conseil d’Etat ou si, au contraire, le peuple agacé par ces péripéties rocambolesques sanctionnera les initiants. Mais il serait inquiétant que l’attitude plutôt indigne qu’ils ont eue face au conseiller d’Etat leur rapporte des points. Pour des enseignants du secondaire qui parlent des maîtres avec un grand ‘M’ et se gargarisent des mots « Respect » et « Autorité », ils ont donné un bien piètre exemple.

  • Réel : que des mensonges !

    « Attention aux mensonges ! » avertit Réel pour défendre son initiative sur le CO (IN 134). L’association se fend d’un texte de 4 pages ( http://www.reseau-reel.ch/contra-mensonges.pdf ) pour détailler les « nombreuses (sic) mensonges » (11 en tout) qu’elle a relevés dans la brochure de la votation du 30 novembre. Une contre analyse de ces gémissements et arguties serait fastidieuse. Mais la lecture de ce document vaut la peine car, assurément, pour le lecteur attentif, son contenu est révélateur de l’infaisabilité et de la dangerosité de ce projet très sélectif, et ne peut que le pousser à voter NON à l’IN 134. Par ailleurs, en admettant que certaines récriminations de Réel soient fondées, ne faudrait-il pas voir là un autre signe – à moins d’accuser formellement les autorités de mentir sciemment – que cette initiative, de par sa complication extrême et ses lacunes, laisse une part belle aux interprétations et se révèle de fait incompréhensible ? Lors d’une votation populaire, le peu de lisibilité d’un objet implique qu’il soit rejeté.

     

  • La Poste se fiche du monde depuis longtemps !

    Le courrier A qui n’arrive pas le lendemain, c’est monnaie courante. Cela fait belle lurette que les délais, la Poste s’en tamponne ! Aussi, découvrir dans la presse du week-end qu’elle a enfin reconnu ce dysfonctionnement est assez plaisant. Mais qu’elle ose prétendre que les délais étaient encore, hier, tenus à 97% (Le Matin du 8 nov.) en dit long sur sa communication défaillante. N’aurait-il pas été normal, par ailleurs, que les utilisateurs que nous sommes aient été informés par la Poste que le fait d’affranchir le courrier en ‘A’ ne garantissait plus rien ? Au lieu des ronflantes publicités sur l’attente maximale au guichet dont on se contrefiche ? Car il vaudrait mieux ne pas supprimer les boîtes aux lettres ni fermer à tour de bras des offices postaux… Depuis que la Poste n’est plus un service public et qu’elle nous inflige dans ses halls des éventaires remplis de bombonailles et autres produits de consommation qui n’ont rien à faire en ces lieux, la priorité est clairement ailleurs que dans un acheminement postal digne de ce nom. En tant que responsable syndical, même si le volume de mes envois postaux est proportionnellement infime, je suis bien placé pour savoir que les lettres que j’envoie (en courrier A et remises avant 17h00 au guichet), par exemple aux quelque 200 écoles primaires du canton, ne parviennent pratiquement jamais aux collègues le lendemain. Le dernier envoi, une convocation à l’Assemblée des délégués, parti mardi est arrivé dans la plupart des cas le vendredi seulement, avec toutes les incompréhensions que cela peut susciter. Cela complique la vie des associations quand des documents sont par exemple censés parvenir aux membres quinze jours à l’avance. Les alternatives n’existent pas vraiment car la Poste vous fait bien comprendre, si vous osez réclamer, que si vous ne voulez pas payer le tarif A, alors, avec le B, là, il ne faudra pas vous étonner si ça prend 15 jours ! Etre obligé de payer le prix fort et n’avoir aucune garantie n’est pas normal. Il serait plus simple de n’avoir qu’un seul tarif – vu que par ailleurs la différence n’est pas toujours évidente, des courriers B étant apparemment livrés avant des A parfois… Mais il faudrait surtout que la Poste se concentre sur la tâche qui lui est normalement dévolue – transmettre le courrier, ce serait déjà ça ! - et que la population, elle, comprenne que le démantèlement des services publics auquel nous assistons, au prétexte d’amélioration des prestations grâce à la concurrence, de rentabilité de chaque secteur, ne peut que conduire à des iniquités de ce type, qui ne sont hélas pas terminées et dont la gravité ira croissant.

     

  • Une votation en deux temps sur le CO

    Les Genevois voteront le 30 novembre sur l’avenir du cycle d’orientation (CO). Cette votation ne connaît aucun précédent et s’annonce compliquée à bien des égards. Jamais le peuple n’a été amené à se prononcer sur deux initiatives portant sur le même objet. C’est pourquoi il votera d’abord sur l’initiative 134 « Pour un cycle qui oriente » et son contreprojet (PL 10176) en automne, et ensuite, au printemps 2009, sur celle de la Coordination Enseignement « S’organiser contre l’échec scolaire et garantir une formation pour tous les jeunes » (IN 138). Il y aussi fort à parier que la population peinera à comprendre les enjeux, voire à s’intéresser à des débats où chaque partie pourra sembler défendre des principes identiques (par exemple : retarder la sélection) mais en accusant l’autre de préparer le contraire. Et ce n’est pas la lecture des articles de loi proposés qui apportent une vraie clarification. Nous sommes à l’évidence loin de la petite initiative simpliste du 24 septembre 2006 (IN 121) qui tenait en trois lignes… Il y a toutefois une priorité : éliminer l’IN 134. En effet, l’initiative de Réel est dangereuse, méprisante vis-à-vis du primaire et doit perdre à tout prix. Imaginer que, dès le départ, suivant leurs résultats en sixième, des élèves feront leur cycle en quatre ans et que cette année supplémentaire servira à combler toutes les lacunes en dit long sur le peu de considération qu’ont les « Réeliens » pour le niveau d’enseignement qui précède, et sur leur propre suffisance aussi. Mais ce sont surtout les élèves qui paieraient cher cette manière absurde de perpétuer l’échec en les étiquetant de la sorte. L ’étanchéité relative entre les six ( !) sections dès la huitième, où il ne serait possible de bifurquer que vers les filières moins exigeantes, comme si les élèves ne pouvaient progresser au-delà d’un niveau prédéterminé, est aussi révélatrice de la vision fataliste et hyper sélective des initiants. Idem pour la conception passéiste des classes relais poubelles que promeut l’IN 134. Le NON s’impose donc. Faut-il pour autant dire OUI au contreprojet ? Le retour aux trois sections d’antan (latine-scientifique / moderne / générale) rebaptisées « Scientifique-littéraire », « Langues vivantes et communication » et « Communication et technologies », en remplacement des niveaux A et B (et C) n’a rien d’affriolant. Le PL 10176 a toutefois été remanié dernièrement et, s’il ne constitue toujours pas une solution acceptable en soi, on peut d’une part estimer que le système de passerelles où de véritables moyens seront offerts aux élèves pour évoluer, grâce à une aide individuelle, dans les différents niveaux suivant leur motivation est intéressant et, d’autre part, que sa réalisation, si d’aventure il l’emportait, permettrait des ajustements en cours de route (alors que l’IN 134 est simplement irréaliste rien que du point de vue de sa mise en place). Il est donc clair que l’on ne peut pas mettre sur le même plan l’IN 134 et le PL 10176, et qu’il convient de supprimer d’entrée de jeu celle qui est aberrante. Un OUI au contreprojet du Conseil d’Etat se justifie donc. Il ne faut toutefois pas oublier qu’une mobilisation importante en faveur de l’IN 138 sera nécessaire dans un deuxième temps pour faire aboutir le seul projet cohérent, qui prend en compte toute la scolarité obligatoire et davantage. Ce n’est pas un hasard si le corps enseignant primaire a récolté près de la moitié des signatures de l’IN 138 à l’époque. Et les idéaux sont toujours là. Les adversaires de l’IN 138 auront beau jeu de rappeler que la septième hétérogène a déjà été refusée par le peuple. Mais cela remonte quand même à huit ans (4 mars 2001), dans un contexte très différent ; il faudra mesurer l’évolution des mentalités, même sur une période aussi courte, et garder espoir. Car le pari d’éducabilité est valable pour tous, non ?

     

  • Enseignement à domicile ?

    On le sait sans trop y penser : c’est l’instruction qui est obligatoire et non l’école. La loi sur l’instruction publique (LIP-C1 10), Art. 9, dit en effet : « Principe : Tous les enfants habitant le canton de Genève doivent recevoir, dans les écoles publiques ou privées, ou à domicile, une instruction conforme aux prescriptions de la présente loi et au programme général établi par le département ». Bien peu de parents décident d’instruire eux-mêmes leur progéniture et de ne pas l’inscrire dans un établissement scolaire. Il est vrai que la fonction de gardiennage, gratuit, de l’école compte. Mais si demain le coût de l’élève, avec l’instauration d’un chèque scolaire, pouvait être remboursé aux familles qui assureraient l’instruction de leur(s) enfant(s), cela pourrait faire réfléchir. Au-delà du principe de solidarité dans l’impôt qui serait sérieusement mis à mal (faudrait-il ne pas payer la part affectée aux routes si l’on n’a pas de voiture ? Etc.), c’est l’identité de l’école publique qui risquerait d’être annihilée, avec de lourdes conséquences. Malgré tous ses défauts, l’école (encore un service public pour l’instant), sorte de creuset social, assure à elle seule une mission formatrice essentielle au niveau de la connaissance et de la culture qui permet à chacun d’évoluer dans la société. Faisons en sorte que l’école continue à jouer ce rôle.

     

  • Libre choix de l’école et chèque scolaire

    En tant que canton urbain, au territoire exigu, Genève peut parier que, même si les parents pouvaient choisir l’établissement scolaire pour leurs enfants, les élèves, du primaire en tout cas, dans leur immense majorité, continueraient à fréquenter l’école la plus proche de leur domicile. Le danger réside bien plus dans l’absurde idée de concurrence qui obligerait les établissements à un travail promotionnel probablement aussi vain, contre-productif, que déconnecté de la réalité – pour ne pas dire mensonger. Choisir ses vacances sur internet peut déjà donner lieu à quelques désillusions cruelles… Mais prévoir que les écoles racolent par le biais de leurs sites en vantant leurs qualités fait frémir. Le palmarès des écoles – sur quels critères ? – ne peut que se révéler néfaste, à moins que l’on pense que tromper sciemment la population soit une nécessité. L’imagination suffit dans ce domaine et il est amusant de voir qu’autant des élèves que des profs du post-obligatoire font des pieds et des mains pour se retrouver au collège Calvin, comme si le prestige du bâtiment lié à son histoire assurait un meilleur enseignement… Le chèque scolaire, lui, ajouterait une difficulté si on le conçoit en même temps que le libre choix. En effet, cette modalité qui consisterait à reverser aux familles le montant de leurs impôts qui aurait été dévolu au budget de l’instruction publique, renforce la conviction que des choix doivent être opérés, que les bons parents s’y attelleront, et l’ouverture sur les écoles privées multipliera les possibilités offertes. Mais un autre écueil guette l’école publique et la cohésion sociale avec les bons d’éducation, celui d’une instruction assurée entièrement par la famille, phénomène déjà observable aux Etats-Unis…

  • L'école privée gagne du terrain...

    L’école publique continue à être critiquée, quelles que soient les innovations ou les régressions voulues ou subies. Et, entre les attaques ciblées et les initiatives populaires, entre ceux qui prétendent vouloir la sauver et les autres qui souhaitent sa mort, il n’est pas toujours aisé d’imaginer de quoi demain sera fait et ce qu’il restera du métier d’enseignant. Avec environ 14% d’élèves dans le privé (SRED, 2008), Genève se démarque des autres cantons romands qui connaissent des pourcentages bien plus bas. Ce taux, bien qu’inférieur à la France voisine par exemple, augmente chaque année et les écoles privées ne se gênent pas d’annoncer qu’elles doivent refuser du monde. Nous savons que le statut de ville internationale n’explique pas à lui seul cet état de fait car les établissements privés genevois ne reçoivent pas que des enfants de fonctionnaires internationaux. Il est aussi patent maintenant que le cliché des familles aisées qui seraient les seules à pouvoir se passer de l’école publique est révolu. Des parents avec des revenus modestes inscrivent de plus en plus leurs enfants dans des écoles privées, au prix d’un effort important, et cette tendance ne doit pas être négligée. L’institution scolaire, en tant que service public, est mise en danger si elle n’est plus capable de drainer un pourcentage suffisant d’élèves, une masse critique garante d’une certaine cohésion sociale. Les raisons de cette désaffectation de l’école publique sont nombreuses et variées : cela va des carences supposées ou réelles du système éducatif à la recherche de pédagogies alternatives, en passant par des motifs religieux ou culturels et la crainte des violences scolaires ou du formatage étatique des têtes blondes… Il est clair également que le parent, phénomène de société, adopte davantage que par le passé un comportement de consommateur. Dès lors, la question n’est pas seulement d’analyser ces changements sociétaux mais de savoir comment résister – et jusqu’où faut-il aller pour ne pas tomber dans une attitude par trop défensive ? – face aux encouragements à délaisser ou à dénigrer l’école publique.

     

  • L'école finlandaise, eh oui, encore...

    Je relaie (plus bas) une information transmise par l’association Former sans exclure.

    La question que l’on devrait se poser, au-delà des considérations dignes du café du commerce (« l’école est une catastrophe, les élèves n’apprennent plus rien, ne savent plus rien, etc. ») est :

    - Est-ce que l’école genevoise prend la bonne direction ?

    La population, dans son immense majorité, désire que le niveau de formation augmente et lutter contre l'échec scolaire. Là réside la véritable volonté populaire. Celles et ceux qui voudront bien lire les lignes qui suivent (et pourquoi pas l’article complet sur le site) pourront répondre à la question. Et si la réponse est non, alors essayons de corriger le tir et de ne surtout pas céder au fatalisme !

    Le message de Former sans exclure (former-sans-exclure.org) :

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    Organisation et politique de l'école finlandaise, sur le site de l'Ecole démocratique (Belgique), juillet 2008

    Jusque dans les années 60 les jeunes finlandais n’avaient pas tous la possibilité de suivre un enseignement secondaire, l’enseignement n’étant pas encore organisé partout dans ce pays immense, à faible démographie et relativement pauvre. Mais l’égalité des chances étant alors une priorité politique, des réformes ont permis à l’enseignement de s’organiser et d’évoluer très rapidement. (...) L’enseignement actuel découle directement de cette politique volontariste des années 70. Il existait alors des écoles semi-privées et des écoles publiques, elles furent fondues en un seul réseau public, les écoles semi-privées ayant 7 ans pour se conformer aux normes des écoles publiques au risque d’être tout simplement fermées. (...) Le premier avis qui fut entendu sur la réforme, lorsqu’elle a été lancée dans les années 70, était que le niveau allait baisser, or les plus faibles ont été entraînés par les autres et les plus faibles de Finlande sont encore très forts par rapport à la moyenne européenne car tous les élèves à tous les niveaux ont au moins un niveau minimum acceptable.

    Grands principes :

    • Egalité d’accès - pas de sélection : toutes les écoles offrent la même qualité pédagogique et les mêmes équipements (les écoles de campagne sont éventuellement mieux équipées encore).
    • Pas de choix d’école jusqu’à 16 ans : c’est l’école du quartier d’office (mais toutes les écoles se valent). Choix possible après 16 ans.
    • Gratuité intégrale – école publique : scolarité, fournitures, matériel, instruments de musique, bibliothèques bien fournies, écran de taille moyenne, ordis, repas, transports, sorties de classes, voyages d’études, remédiation, logopédie, psychologue…
    • Tronc commun – pas de filière jusqu’à 16 ans (sauf un choix entre une troisième langue étrangère ou plus de maths).
    • Apprentissage précoce des langues.
    • Pas de notation avant 13 ans et pas de redoublement (car c’est pire et coûteux).
    • Toutes les matières doivent être réussies.
    • Remédiation précoce : tous les professeurs sont formés au repérage des difficultés (même avant l’âge de 6 ans), et à la remédiation ; si la tâche est trop importante, il peut faire appel au professeur ‘ultra-spécialisé’ dans la remédiation, celui-ci est disponible dans chaque école pour des cours particuliers.
    • Equipes pédagogiques soutenues (formation continue).
    • En classe on parle, on explique, on comprend ; c’est à la maison qu’on écrit.
    • Peu de travaux extra-scolaires et les instructions pour le travail à domicile et la motivation pour celui-ci sont travaillés en classe (pistes, exemples…).

    >> Le texte intégral sur le site de l'APED | html

  • L'autorité en question

    « L’école primaire complète l’action éducative des parents » (règlement C1 10.21, art. 1, al. 3) ; voilà qui est clair et ne devrait pas laisser place aux divagations sur la mission de l’école où, selon certains, il faudrait enseigner et non éduquer. Mais cette collaboration avec la famille ne se décrète pas et se renvoyer la balle sur la responsabilité supposée de l’une ou l’autre partie des carences éducatives n’améliorerait pas la situation. L’école ne peut assumer à elle seule l’éducation des élèves mais doit affirmer ce rôle primordial. Pour les élèves, le bon prof est celui qui sait bien expliquer et qui se montre juste envers eux. Un enseignant compétent qui exerce avec autorité sans en abuser, qui se fait respecter et respecte ses élèves et qui a aussi le pouvoir, conféré par la reconnaissance de son autorité, de leur faire comprendre les lois qui régissent notre monde, voire de les leur imposer, de leur expliquer la nécessité de les respecter et l’obligation de sanctionner les écarts. Vaste programme, auquel les profs auraient renoncé !? Assurément non, mais si l’école est décriée, aussi sur ce plan-là, ce n’est ni un hasard ni totalement injustifié. L’autorité est fondée sur trois dimensions principales : la tradition, les valeurs et la menace de la sanction. Trois points qui font étrangement écho aux discours des anti-pédagogues, empreints de nostalgie (la tradition), qui déplorent la perte de repères (les valeurs) et prônent les notes (la sanction). Les détracteurs de l’école ont beau jeu de dénoncer la prétendue « démission » des enseignants en tablant sur la confusion d’aspects et de sentiments différents. L’autorité est d’abord une position éthique qui permet d’exercer le pouvoir, en évitant la dérive violente de l’autoritarisme, et sa fonction est de proscrire, de dire non, de prescrire des valeurs et aussi d’autoriser, de dire oui. Elle reste paradoxale car elle doit gérer le conflit autant qu’elle le génère. Mais il est aussi vrai que l’autorité n’est jamais autant interrogée que quand elle dysfonctionne. C’est apparemment le cas aujourd’hui, alors saisissons l’occasion de ces critiques et essayons de trouver ensemble quelques réponses ! Rendez-vous aux Assises romandes de l’éducation le 27 septembre. L’autorité dans et à l’école : « Cadrer pour éduquer » ; inscriptions en ligne : http://www.le-ser.ch/ser/even/08_assises_accueil.html

  • Interroger le cadre scolaire

    Les enseignants et les éducateurs savent bien que les élèves dont ils ont la charge ont besoin de cadre. Une nécessité vitale pour se construire et qui se vérifie par le fait que ce cadre est souvent attaqué. En effet, pratiquement tout élève, une fois ou l’autre, suivant ses difficultés aussi, testera, contestera, parfois avec une rare ténacité, la solidité et la cohérence des règles qui lui sont imposées. Pour lui permettre de grandir, d’entrer dans les apprentissages, de simplement exister, les réponses des adultes à l’enfant ne devront pas être floues ou s’apparenter à des aveux de faiblesse. Ce travail constant de rappel et de redéfinition du cadre, sans abdication aucune, fait partie du métier, représente la condition sine qua non pour que les élèves retirent quelque chose de l’école. Les enseignants l’auraient-ils oublié ? Je ne le crois pas. D’abord parce qu’il faudrait être assez naïf pour considérer le corps enseignant comme une bande composée en majorité de soixante-huitards (attardés) qui s’obstinent à s’interdire d’interdire… Ensuite, parce que la remise en question de l’école n’est pas réservée à quelques turbulents, facilement repérables par ailleurs. Je veux dire par là que lorsqu’on parle de difficultés d’apprentissage, expression à la limite du pléonasme, chaque élève, à quelques exceptions près, est concerné. Car apprendre n’est pas aisé, demande des efforts et ne va pas de soi. Ainsi, il est normal de résister, de se montrer certaines fois récalcitrant, bref, de remettre en cause celui qui vous contraint à dévoiler vos lacunes pour mieux les combler. Bien sûr, il ne faut pas faire d’amalgame et confondre ce qui relève d’un processus normal d’apprentissage et des relations maître-élèves avec un comportement difficile, « hors-la-loi », d’un élève qui met, lui, l’institution, les autres et soi-même en danger. Toutefois, l’école semble bien en proie à une augmentation de cas d’élèves, toujours plus jeunes, qui déstabilisent le système. Les Assises romandes de l’éducation débattront de ce problème le 27 septembre. Inscrivez-vous !

    L’autorité dans et à l’école : « Cadrer pour éduquer » ; inscriptions en ligne : http://www.le-ser.ch/ser/even/08_assises_accueil.html

     

  • Vivace, la culture de l'échec...

    « Les notes ne changent rien » lit-on dans la Tribune du 23 août. Selon les chiffres du département de l’instruction publique, le retour des notes en 2007 (réintroduction des moyennes en fait) n’a pas engendré davantage d’échecs et « seul » un 2% des élèves de sixième primaire (6P) double. Mais il existe d’autres chiffres, soigneusement occultés. En effet, au 1er trimestre de l’année scolaire 2007-08 (novembre), avec le tout nouveau livret scolaire, 8% des élèves de 6P n’étaient pas promus au CO. Au 2ème trimestre (février), il n’y en avait plus que 5%... et en juin, à la fin de l’année, ô merveille, on retombait sur ce fameux 2%, politiquement acceptable semble-t-il. Il faut aussi savoir que le pourcentage d’élèves de 6P qui ne passent pas au cycle d’orientation (CO) n’a jamais fléchi, durant les treize dernières années, mais n’a non plus jamais atteint les 2%. En effet, la moyenne des redoublements de 6P, entre 1995 et 2007, se situe à 1,2%, et le plus haut chiffre est 1,7% (en 2004). Il y a donc bien une augmentation, même si elle est faible, du nombre d’élèves empêchés d’entrer au CO. Ces chiffres donneront lieu à diverses interprétations et il faudra vérifier si la dernière année du primaire devient réellement plus sélective. Mais une chose semble sûre : notes ou pas, rénovation ou pas, l’échec scolaire reste, inexorablement, ancré dans les mentalités. Autant un nombre trop important d’élèves laissés sur le bord de la route est inacceptable – et les enseignants et les autorités prennent des mesures, parfois discutables, pour éviter cet écueil –  autant réduire significativement l’échec scolaire, voire le supprimer, semble inimaginable, pour ne pas dire louche. Ainsi, sans vraiment le dire, le taux d’échec est quasiment fixé à l’avance, même si le département n’a pas le cynisme de le déterminer officiellement, et les réformes, quelles qu’elles soient, mais trop éphémères sans doute quand elles entendent s’y attaquer, n’y changent rien.

  • Cadrer pour éduquer

    Comment gérer les élèves qui sont à la merci du «pulsionnel et de la sauvagerie» ? Ces enfants et ces jeunes meurtris par la vie, hostiles à l’école, attachés à la facilité, ennemis du moindre effort, dédaignant ostensiblement les savoirs et ne partageant apparemment aucune des valeurs véhiculées par l’école ?

    Le syndicat des enseignants romands (SER) organise tous les deux ans les Assises romandes de l’éducation. Le prochain rendez-vous a lieu le samedi 27 septembre à Lausanne (Dorigny).

    Cette année, les Assises ont pour thème: Cadrer pour éduquer

    Cette manifestation est ouverte à toutes et à tous. Une occasion de débattre ensemble de l’école, non ? Alors, bienvenue aux Assises !

    (On peut s'inscrire en ligne: http://www.le-ser.ch/ser/even/inscription_assises08.php)

  • Théâtre sans cabots...

    Les molosses sont interdits à Genève en vertu de la loi, et sur scène aussi, apparemment. Le Courrier du 7 août nous apprend ainsi que la pièce « Inferno » devra supprimer l’ouverture de son spectacle prévue avec des chiens d’attaque. Voilà une conséquence assez inattendue de l’acceptation récente par le peuple de l’initiative « pour l’interdiction des chiens dangereux ». Si cette loi est passée si facilement, ce n’est pas par phobie ou délire sécuritaire mais bien parce qu’il n’était plus possible de rester bras ballants devant les accidents qui se multipliaient et dont les enfants étaient les principales victimes. Quel rapport toutefois avec une pièce de théâtre ?

    Si j’élevais un tigre dans mon appartement et que je l’emmenais promener au parc, cela créerait à coup sûr un certain émoi et on me confisquerait vite fait le fauve. Mais le cirque Knie est-il pour autant empêché de produire ses numéros avec lions, panthères et autres animaux féroces ? Si seulement, penseront certains… Mais la question n’est pas là.

    Des dérogations sont prévues et il n’a jamais été envisagé par les personnes qui soutenaient l’initiative contre les molosses que la loi servirait à censurer un spectacle. Les acteurs n’auront-ils plus le droit d’allumer une cigarette sur scène au prétexte que la fumée est interdite dans les lieux publics ? Nulle loi n’est parfaite mais essayons si possible d’éviter de les rendre absurdes par excès de rigidité.

  • Rentrée 2008: c'est mal barré...

    L’introduction au primaire de directions d’école, nouveauté de la rentrée 2008, ne convainc pas tout le monde. A commencer par la direction générale qui multiplie les directives par peur du pouvoir qui lui échappe. Tous les enseignants viennent ainsi de recevoir une missive du service des ressources humaines leur signifiant que « les séances de rentrée auront lieu dans tous les établissements le vendredi 22 août 2008, le matin ». Cette décision unilatérale, certes anecdotique – et qui ne sera pas respectée partout – est révélatrice des angoisses du centre, censément concerné lui aussi par la réforme, mais qui a en fait le plus de mal à se remettre en question. La crainte de la perte de contrôle et les fantasmes de la maîtrise absolue du système créent depuis longtemps des dysfonctionnements et ne semblent pas prêts de s’arrêter. Pourtant, les maîtres mots, à l’origine du nouveau fonctionnement du primaire, étaient bien « décentralisation », « déhiérarchisation » et « autonomie partielle ». Mais aujourd’hui, la direction générale éprouve le besoin de fixer la date de rencontre du corps enseignant, qui se réunit avant l’accueil des élèves, comme s’il y avait une quelconque importance à rassembler les profs au même moment dans tout le canton. Jusqu’à présent les équipes fixaient elles-mêmes le jour qui leur convenait le mieux dans la semaine qui précédait la rentrée scolaire, et personne ne trouvait rien à y redire. Assister à un tel resserrement avant même que l’école ait recommencé n’est pas de bon augure. Peut-être que la direction générale serait rassurée si bientôt tous les élèves du canton récitaient la même leçon à la même heure… De régressions en régressions l’école aura de la peine à évoluer. Et les directeurs des 91 établissements primaires auront des difficultés à justifier leur rôle s’ils se font sans arrêt contrarier par leur hiérarchie et dicter des futilités. Allez, il leur reste quand même, pour l’instant et pour bien débuter dans leur fonction, la grande responsabilité de fixer l’heure et la durée de la pause de la séance du 22 août – en concertation avec l’équipe, cela va de soi ! Mais espérons qu’on leur aura donné l’ordre d’amener les croissants, des fois que ces cadres supérieurs n’y auraient pas pensé tout seuls…

  • Maîtres adjoints au primaire : une polémique inutile et dangereuse

    Les enseignants doivent pouvoir se consacrer à l’enseignement et à leurs élèves. Le directeur d’établissement, à la rentrée prochaine, devra les décharger de tout ce qui les empêcherait d’assumer cette mission. Mais un directeur du primaire aura parfois à gérer un établissement de la taille d’un cycle d’orientation (plus de 600 élèves) formé de quatre écoles séparées. Il sera aussi appelé fréquemment à quitter son lieu de travail (séances avec le département, formation de cadre, réunions avec la commune, etc.). Désigner un maître adjoint par bâtiment est une mesure sensée. Il ne s’agit pas de créer un échelon supplémentaire ni de sortir les enseignants de leurs classes mais simplement de reconnaître qu’un travail important, hors enseignement, est indispensable au bon fonctionnement du système et ne peut être garanti par le seul directeur ni être effectué bénévolement par le corps enseignant. Les cris d’orfraie poussés par certains devant les maigres ressources dégagées pour cette fonction provisoire (elle sera évaluée au bout d’un an) relèvent de la mauvaise foi ou d’une méconnaissance profonde du primaire et du nouveau fonctionnement prévu. 1,4 million pour payer des heures supplémentaires et quelques bouts de postes représente le strict minimum pour démarrer. Cette goutte d’huile dans les rouages permettra peut-être à l’école de se désensabler peu à peu. Mais si le mépris et la mesquinerie l’emportent une fois encore quand il est question du primaire, il y a fort à parier que les dysfonctionnements d’aujourd’hui perdureront et aggraveront le manque de confiance envers l’institution.