Tableau noir - Page 9

  • Ecole, étude, boulot... Bof!

    Texte paru dans la Tribune le 23 octobre 2007 à la rubrique Opinion-l’invité (le titre est de la rédaction)

    Ecole, étude, dodo… Bof !

    L’initiative populaire genevoise « Accueil continu des élèves » est soutenue par un hebdomadaire gratuit qui tire à 220'000 exemplaires. Avec une telle publicité et des arguments plutôt démagogiques, elle ne devrait pas avoir de peine à recueillir les 10'000 signatures nécessaires.

    Cela dit, est-ce vraiment si évident d’accueillir les élèves à l’école de 7h30 à 18h00, cinq jours sur cinq ? Qui profiterait de cet horaire continu : les parents, les élèves ou les patrons et l’économie ?

    Le Parti radical ne cache pas que, selon lui, l’école doit s’adapter au monde professionnel et qu’il faut permettre aux deux parents de travailler à plein temps. Mais il est permis d’avoir une autre vision des choses. De faire remarquer qu’actuellement, à travail égal, les femmes touchent un salaire nettement inférieur à celui des hommes (env. 20% selon certaines études).

    C’est surtout par cet aspect que les femmes sont pénalisées. Vouloir ainsi créer des conditions pour que les femmes se fassent davantage exploiter n’est pas anodin. Une véritable initiative pour valoriser les familles favoriserait au contraire la possibilité de travailler à temps partiel en accordant par exemple, comme dans les pays nordiques, une indemnité-salaire à l’un des deux parents.

    Le comité d’initiative joue aussi sur la corde sensible de l’égalité des chances. Mais à lire le texte, on comprend que ces activités surveillées seront réservées aux élèves dont les deux parents travaillent. Vouloir exclure certains enfants au prétexte que leurs parents – abominables marginaux ! – ne se consacrent pas entièrement à une activité lucrative et ensuite parler d’intégration ne constitue pas la seule contradiction de cette initiative.

    Le parascolaire représente déjà une des plus grosses subventions du canton de Genève ; renvoyer le financement aux communes et aux parents consommateurs paraît peu crédible. Ou alors favoriserait le cercle vicieux qui consiste à se tuer au boulot pour payer son loyer, les assurances, la crèche… et demain les activités parascolaires.

    Métro, boulot, dodo pour les parents, et école, études, dodo pour les enfants ; chacun dans son monde… Et après ce seront les mêmes qui déploreront la perte des valeurs liées à la famille et dénonceront la démission des parents.

    Entre le tragique, la forme de maltraitance que peut constituer le fait de placer un enfant de 4 ans hors cadre familial onze heures durant et le cocasse, la surveillance à 7h30 des préaux du cycle d’orientation pour des élèves ados qui brilleront par leur absence, il y aura encore matière à revenir sur cette initiative.

    En attendant, il convient quand même de rappeler que Genève est un canton-ville où chaque élève du primaire peut se rendre dans une école publique à moins de 500 mètres de son domicile. Beaucoup d’élèves profitent déjà d’un restaurant scolaire à midi mais nombreux sont ceux qui rentrent chez eux ou vont chez un copain ou chez leurs grands-parents, etc.

    Bien des solutions existent et cette diversité est plutôt une richesse qu’il ne faudrait pas empêcher d’exister. Reste la question importante du temps après l’école. Mieux vaut en effet proposer des activités intéressantes à l’enfant plutôt que de le savoir avachi et passif devant la télévision.

    Les devoirs et les études surveillées, un peu à bien plaire, sont loin de donner satisfaction sous leur forme actuelle et creusent plus les inégalités entre les élèves qu’ils ne les atténuent.

    Avec un nouvel horaire de l’écolier, dont ne parle pas l’initiative, mais prévu à l’horizon 2011 si l’on en croit le département de l’instruction publique, l’instauration d’un temps d’études obligatoire pour tous les élèves, à ne pas confondre avec un temps d’enseignement, constituerait peut-être un début de solution équitable. A discuter…

     

  • Bébés capturés par l'écran

    Une nouvelle chaîne de télévision est lancée pour les enfants de 6 mois à 3 ans. Elle est proposée dans une trentaine de pays et ses émissions tournent vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Cette offre est hallucinante car il faut croire qu’il y a bien une demande et que des parents vont installer des bébés devant le poste, à toute heure de la journée ou de la nuit ; une tranquillité achetée à bon prix, au risque de décérébrer leur enfant. Il est tout d’abord stupéfiant de constater que, de facto, on puisse considérer que la télévision « normale » serait conçue pour les enfants dès trois ans. Rien n’est moins évident. L’exposition aux images télévisuelles pour des enfants en plein développement ne doit en aucun cas être banalisée.

     

    Mais ce qui est proprement ahurissant, c’est le cynisme avec lequel des êtres humains, sous couvert de bonnes intentions éducatives, proposent purement et simplement à des adultes sûrement démunis de rendre leur progéniture dépendante de la télévision, quelle que soit l’évolution de cette dernière, pour toute leur existence. Il y a fort à parier qu’un bébé conditionné à porter son regard sur un écran recherchera encore à l’âge adulte, et sa vie durant, la présence permanente d’une télévision allumée. Sera-t-il même encore possible de l’éteindre ? Accrochés aux images davantage qu’à la vie, peu aptes à appréhender la réalité et à comprendre le monde, les futurs citoyens maternés par la télévision représenteront une manne inouïe pour les annonceurs et exploitants de tout poil. Un bain continuel d’images, au détriment de vraies interactions avec l’entourage, représente le meilleur moyen de disposer d’un peuple incapable de discernement, corvéable à merci. Vu que les scénarios les pires avaient déjà été écrits par des auteurs de science-fiction, on pouvait espérer que l’on ne s’empresserait pas de les réaliser, et obtenir ainsi un sursis pour l’humanité. Hélas, la capacité de nuisance par l’homme envers sa propre espèce est inépuisable et une nouvelle étape semble à nouveau franchie…

     

    Psychologues, psychanalystes et autres psychiatres, suivant qu’ils ont été consultés ou non par les concepteurs de ces programmes, expriment des avis divergents sur les risques que représente la télévision pour les tout-petits. Mais il ne devrait pas avoir lieu de tergiverser. Il faut mettre en garde les parents, leur dire qu’une telle chaîne met en danger le développement de leur enfant et, s’il n’est pas possible de l’interdire, faire en sorte qu’elle soit boycottée et disparaisse d’elle-même, faute d’être rentable.

  • Accueil continu des élèves : l’avis des parents !

    La faîtière des associations de parents, le GAPP, s’est prononcée sur la nouvelle initiative radicale-GHI. La Tribune de Genève n’ayant pas encore jugé utile de faire paraître le courrier que lui a envoyé la présidente du GAPP, je le livre ci-dessous in extenso :
    Réaction du GAPP à l'initiative populaire cantonale « Accueil continu des élèves »
    Une initiative qui prône une certaine démission !
    Vaste chantier aujourd’hui que celui de l’école primaire : direction d’école, conseils d’établissement, réseau d’enseignement prioritaire, école obligatoire à 4 ans…. Les enjeux sont multiples et les partenaires nombreux et divers : politiques, associatifs, syndicalistes. Une diversité d’acteurs justifiée puisque lorsqu’on parle Ecole, on parle de la société : celle d’hier, celle d’aujourd’hui, celle de demain, celle dont on rêve, celle dont on ne veut pas. Tout cela les parents le savent bien pour trop bien le vivre. Les horaires par exemple. Véritable casse-tête pour les parents qui travaillent et pour les spécialistes en éducation qui recherchent des conditions idéales pour l'apprentissage des enfants, notamment en difficultés. Les solutions ? Le parascolaire, les restaurants scolaires, l’accueil dès 7h30 dans certaines écoles. Elles sont insuffisantes, une réflexion est en cours pour les améliorer et explorer d’autres pistes. Changer les horaires, pourquoi pas ? Réduire la pause de midi, finir à 17h au lieu de 16h, inclure un temps à l’école pour les devoirs, travailler le mercredi…
    Pour le GAPP, laisser son enfant plus de 10h par jour à l’école, cinq jours de suite, même avec un encadrement parfait et une alimentation digne d’un restaurant 5 étoiles n'est pas une solution acceptable. Améliorer l'offre actuelle en matière de parascolaire est un défi important. Le GAPP s'y attelle activement depuis quelques années dans le cadre de concertation avec le GIAP, le DIP et d'autres partenaires avec des résultats indéniables comme l’accès cette année au parascolaire des élèves de 5P et 6P. Mais la réflexion est plus globale : quelle présence à la maison les parents choisissent-ils d'offrir à leurs enfants ? La qualité de vie passe pour une famille par l’équilibre entre la vie familiale et la vie professionnelle. Pas facile aujourd’hui d’être parent : laxistes, démissionnaires, nous ne fixerions plus de limites ou au contraire intrusifs, autoritaires, trop sévères...  Soutenir les familles, développer une véritable politique familiale ne signifie pas éloigner encore plus l’enfant de son foyer. Se coller au temps de l’entreprise, à celui de la compétitivité, remettre en cause le temps de travail partiel ne favorisera certainement pas son bien-être. Aujourd’hui tout va vite, on court et il faudrait que l’enfant coure avec, qu’il sache tout, vite. L’enfant n’a pas à s’adapter à la société des gens pressés. L’enfant est un être en construction et l’apprentissage, une affaire à long terme. Travailler et avoir des enfants nécessitent des choix, les parents les font, au détriment parfois d’une « carrière », concept qui reste à définir. Le GAPP voit d'un bon œil la possibilité pour les parents de récupérer les enfants avant 18h... pour passer davantage de temps avec eux. Aménager cette flexibilité au sein du GIAP n'est pas une tâche aisée, mais elle est possible, grâce au dialogue, à la compréhension mutuelle. Des éléments qui ne s'acquièrent pas à coup d'initiative et d'agenda politique opportuniste.

    Stéphanie Baron Levrat, présidente du GAPP

  • Ecoles ouvertes le samedi soir, une solution ?

    Le canton de Zurich ouvre des salles de gymnastique le samedi soir. Depuis huit ans, les jeunes sont invités à participer à des activités essentiellement sportives. Les communes qui ont adhéré à ce projet constatent une baisse des actes de vandalisme. Cette information lue dans Le Courrier de ce jour devrait offrir des perspectives pour notre canton. Plutôt que de placer des appareils à ultrasons pour faire fuir les adolescents, leur ouvrir les écoles en soirée pourrait constituer une solution heureuse afin qu’ils se défoulent. Les jeunes ont déjà une certaine tendance à se retrouver dans les préaux. Mettre à leur disposition une infrastructure offrant davantage de possibilités (et chauffée en hiver), naturellement proche de leur lieu de rendez-vous, serait apprécié. Mais cette intéressante approche a-t-elle une chance de voir le jour à Genève ? Actuellement, quand elles ne ferment pas les préaux, certaines communes installent des passes électroniques dans les écoles et interdisent même aux enseignants de se rendre dans leur bâtiment le week-end ou le soir… tout cela au nom de normes de sécurité auto-imposées. Organiser une réunion de parents le soir dans une école primaire demande bien souvent une série de démarches administratives aussi rebutantes qu’absurdes. On peut aussi parier que les coûts seront invoqués pour refuser l’ouverture des salles de gym puisqu’il faut bien que le concierge soit présent pour ouvrir et fermer les locaux. Une telle organisation, qui implique la participation des jeunes, dans le rangement et le nettoyage notamment, et intègre la notion de fair-play, n’est peut-être pas la panacée mais vaut largement mieux que toutes les initiatives visant uniquement la répression et l’exclusion pour lutter contre les incivilités. Une commune genevoise est-elle prête à tenter (ou a-t-elle déjà tenté) l’expérience ?

     

  • La semaine de 50 heures

    Les pleines pages vantant l’initiative radicale « Accueil continu des élèves » se succèdent dans le GHI. Mais peu de place est faite ailleurs aux débats ou critiques. Peut-être parce que tout le monde est d’accord – ou presque – sur le fait qu’un encadrement de qualité après les cours pour un élève de la scolarité obligatoire vaut mieux qu’un abandon devant la télévision avec des nourritures hautement caloriques à portée de main. Le problème n’est donc pas véritablement là.

    Lorsqu’on parle de mettre les enfants de 4 à 15 ans 10 heures et demi durant, cinq jours sur cinq, dans des structures scolaires ou parascolaires, on double simplement l’horaire hebdomadaire normalement consacré à l’école. Pour un enfant de 4 ans, cette surcharge – la semaine de 50 heures, quand même ! – n’est pas anodine. On peut même imaginer que bientôt ce sera l’inverse : ce sera au monde professionnel de se calquer sur celui de l’éducation… Les parents désœuvrés sans leurs rejetons, demanderont à davantage travailler…

     

    Trêve de plaisanterie ; aujourd’hui, pour un travail égal, lorsqu’un homme touche 50 francs, une femme n’en reçoit que 39. Cette différence est énorme et pour ainsi dire inconcevable dans notre pays depuis le temps que l’égalité est prônée et qu’une loi (1996) la rend obligatoire. Les mentalités et les habitudes changent très lentement, il faut l’admettre, et annoncer avec un sourire plein de bonnes intentions que si les enfants sont pris en charge à midi et à quatre heures, davantage de femmes chercheront un emploi, cela revient à favoriser une certaine exploitation. Ou, en tout cas, à prendre le risque de freiner, stopper, voire annihiler les maigres progrès constatés en matière d’égalité. Une chose est sûre, c’est que si l’économie dispose d’un plus large éventail d’une main d’œuvre bon marché, cela ne favorisera pas les conditions de travail, salariales en particulier, de l’ensemble des travailleuses et des travailleurs. Il est donc impératif de d’abord réaliser une vraie égalité hommes-femmes avant de vouloir mettre le plus grand nombre sur le marché du travail.

     

    L’initiative radicale entend aussi faire l’apologie du travail à plein temps. Il faudrait en effet que les deux parents soient occupés la journée pour que leur enfant ait droit aux activités parascolaires. Cette condition s’accorde mal avec la soi-disant volonté de lutter contre les inégalités et de favoriser l’intégration. La contradiction est évidente, puisqu’il s’agit en fait d’exclusion, révélatrice aussi des véritables intentions, et constitue, outre les risques liés à une exploitation accrue des femmes, le principal défaut du texte.

     

    Il est aussi assez gênant de constater que le coût de ces nouvelles structures, du personnel qualifié pour encadrer les élèves, etc. est plus ou moins éludé par les initiants. Pourtant, la proposition vise à occuper quelque 48'000 élèves 25 heures par semaine… Les montants alloués à l’instruction publique ne sont pas vraiment à la hausse et ceux qui viennent avec des idées à première vue généreuses sont en l’occurrence les mêmes qui sabrent dans les budgets de l’éducation.

     

    Enfin, sans tomber dans des clichés naïfs, il est quand même avéré que ce n’est pas en séparant au maximum les parents de leur progéniture que l’éducation des enfants trouve sa forme optimale ! Ça se saurait. Et d’ici que le couplet sur la démission des parents soit entonné à pleins poumons… par le même parti, aidé par la presse gratuite à grand tirage qui est de connivence, il n’y a qu’un pas. Une chanson ultra rabâchée, en continu, et pas près de s’arrêter, hélas.

     

    Incohérences, décalages entre volontés affichées et conséquences réelles ; promotion d’une société soumise aux diktats de l’économie et des patrons ; visions pédagogiques réductrices ; prise en compte partielle des besoins des familles ; qualité de vie familiale dégradée, etc. : la formation et l’éducation des élèves méritent mieux !

     

  • Le redoublement reste un problème, quoi qu’on en pense

    Le Haut Conseil de l'Education (France) publie un rapport : L'école primaire, Bilan des résultats de l'école – 2007. Un chapitre est particulièrement intéressant (p. 14) :

     

    Le redoublement précoce est inefficace et contraire à l’égalité des chances

     

    Extrait :

     

    « La France reste le pays qui pratique le plus le redoublement en Europe, alors que d’autres pays l’ignorent ou le refusent, comme le Danemark, la Finlande, l’Irlande, le Royaume-Uni et la Suède. Or il semble avéré que le redoublement précoce est inefficace. Son but est de remettre les élèves à niveau, mais il n’y parvient pas, comme deux enquêtes effectuées à plus de vingt ans d’intervalle l’ont montré. (…) Les opinions sur le redoublement restent tranchées : d’aucuns pensent que la menace du redoublement peut avoir des effets salutaires sur un enfant et sa famille ; d’autres sont convaincus que le redoublement précoce fait des dégâts psychologiques durables. Sans entrer dans ce débat et sur la base des seuls résultats, il semble raisonnable de conclure que, à l’école, le redoublement précoce est plus un problème qu’une solution. »

     

    Celles et ceux qui voudraient en savoir davantage peuvent consulter le document complet à l’adresse suivante :

     

    http://www.hce.education.fr/gallery_files/site/21/40.pdf

     

    En France, 38% des jeunes âgés de 15 ans déclarent avoir redoublé au moins une fois (Regards sur l’éducation-2006-OCDE). Genève est loin de ce taux, heureusement. Mais il faut quand même savoir que pour les élèves genevois, le 8,5% aura au minimum une année de retard à la fin de l’école primaire (SRED). Et que le taux de redoublement n’a pas significativement baissé ces quinze dernières années.

     

  • Notes et sélection précoce : Vaud remet ça !

    La paix scolaire que nous, Genevois, étions soi-disant incapables d’instaurer – contrairement aux Vaudois qui étaient tellement mieux que nous – n’aura apparemment pas duré longtemps dans le canton voisin. Une nouvelle initiative populaire « école 2010 : sauver l’école » vient de voir le jour. Des degrés annuels, des notes dès la 1ère primaire, etc. pas besoin de lire très attentivement les quelque 50 articles ( !) proposés afin de modifier la loi pour saisir le côté rétrograde, inadéquat et indigeste de cette mouture visant à rigidifier l’école. On pourrait se gausser de ce retournement qui fait fi des accords politiques. Ou se risquer à prétendre que d’avoir voulu éviter le vote populaire revient à payer une addition plus lourde ensuite. Mais cette nouvelle pirouette des milieux anti-pédagogiques nous oblige quand même à répéter quelques questions, lancinantes à force d’être posées :

     

    Quand est-ce que les détracteurs de l'école publique comprendront que leurs attaques continuelles envers les professionnels de la formation, que leur négation des résultats de la recherche scientifique en éducation, etc. sont néfastes, détériorent l'enseignement, causent du tort aux élèves et aux enseignants, minent la confiance indispensable entre l'institution scolaire et la société ?

     

    Jusqu'à quand ceux qui parlent de paix scolaire mais allument des feux à tout bout de champ arriveront-ils à tromper la population à coups d'arguments simplistes, tronqués, populistes ?

     

    Si l'on veut réellement que le plus grand nombre réussisse, que le niveau général de connaissances et de compétences s'élève, alors il faut renoncer à la sélection précoce, promouvoir l'hétérogénéité des classes, injecter des moyens supplémentaires dans les budgets de l'instruction publique. C'est possible. Les professionnels de l'éducation y croient.

    Mais qui, du politique au citoyen lambda, le veut vraiment ? Tant que l'individualisme prévaut et que chaque parent se bat pour la réussite de son propre enfant - et tant pis pour les autres parce qu'il n'y a pas de place pour tous - nous tomberons de Charybde en Scylla. Si toutefois ce scénario se confirme, la facture sera extrêmement lourde, très bientôt. Et peu seront prêts à en endosser la responsabilité, ce qui, de toute façon, en regard du désastre qui existera, apparaîtra comme un moindre souci.

    Et si nous réfléchissions aujourd'hui ?

     

     

     

  • Les enseignants dénoncent les dérapages de la campagne électorale fédérale

    Pour la 41ème fois depuis 1866, le syndicat des enseignants romands (SER), fort de quelque 10'000 membres, a tenu son traditionnel Congrès le 22 septembre 2007. La pédagogie, que la rumeur et certains courants de pensée chargent de tous les maux, était à l’honneur ce samedi à Genève dans la salle du Palladium.

     

    Après avoir procédé à l’acceptation des lignes directrices de la politique syndicale du SER, le Congrès a dit son inquiétude face aux dérives du climat politique mis en évidence par la campagne pour les élections fédérales, au travers d’un appel solennel à la responsabilité du monde politique romand et suisse. Le voici in extenso :

     

     

     

    Appel solennel à la responsabilité du monde politique romand et suisse

     

    rendu public à l’occasion du 41e Congrès quadriennal du Syndicat des enseignants romands (SER)

     

     

     

    Depuis de nombreux mois et singulièrement lors de la présente campagne électorale fédérale, les messages politiques prennent une tournure de plus en plus dure.

     

    Des élu-es et des partis façonnent des déclarations ou publient des affiches qui caricaturent et réduisent les positions à des messages simplificateurs.

     

    Bon nombre de ces positions exacerbent les différences entre les habitants de notre pays. Surfant notamment sur un sentiment subjectif d’insécurité, ces élu-es du peuple amalgament en particulier les origines extra-helvétiques avec des faits de délinquance.

     

    Agissant dans une visée électoraliste réductrice, ils opposent une population présentée comme légitime et honnête - parce qu’indigène de longue date - à un autre pan de résidents de nos cantons, généralement plus fraîchement installés, en les stigmatisant et en les désignant singulièrement de manière récurrente comme de potentiels « abuseurs » ou fauteurs de troubles.

     

     

     

    Les enseignantes et les enseignants recueillent au sein des écoles les fruits de ces déclarations.

     

    Aujourd’hui, ils rappellent qu’ils sont dépositaires de responsabilités éducatives et d’instruction envers tous les élèves, quelle que soit leur origine.

     

    Dans ce cadre, ils ne sauraient accepter de jouer les pompiers suite au fait qu’une approche populiste aurait engendré, accentué, exporté, ou même organisé, des conflits de classes sociales, interethniques ou interreligieux au sein de l’école publique.

     

     

     

    Dès lors, le SER dénonce cette approche qui rompt de manière grave avec l’histoire de notre pays, en particulier vue sous l’angle de l’accueil, de l’ouverture et de l’égalité de traitement.

     

    Il appelle les personnes concernées à se ressaisir et à décliner leur action selon une responsabilité citoyenne renouvelée.

     

     

    Genève, le 22 septembre 2007

     

  • Exploitation en continu?

    L’initiative « Accueil continu des élèves » propose une école et des activités en permanence, de 7h30 à 18h00, 5 jours sur 5, afin de permettre aux deux parents de travailler à plein temps. Mais qui profiterait vraiment de cet horaire continu : les parents, les élèves ou les patrons et l’économie ? Le parti radical ne cache pas que, selon lui, l’école doit s’adapter au monde professionnel. Il est toutefois permis d’avoir une autre vision des choses et de faire remarquer qu’actuellement, à travail égal, les femmes touchent un salaire nettement inférieur à celui des hommes (env. 22% selon certaines études*). C’est surtout par cet aspect que les femmes sont pénalisées. Vouloir ainsi créer des conditions qui autoriseraient en quelque sorte une exploitation accrue du personnel féminin n’est pas anodin. Une véritable initiative pour valoriser les familles favoriserait au contraire la possibilité de travailler à temps partiel en accordant par exemple, comme dans les pays nordiques, une indemnité-salaire à l’un des deux parents. * http://www.egalitedessalaires.ch/

     

  • Le disque rayé de Morisod

    Encore une initiative sur l’école… et à nouveau il est fait appel aux ténors pour camoufler le contenu pas très innovant du projet. Ainsi, l’initiative populaire genevoise « Accueil continu des élèves », soutenue par Alain Moridod, est parue en pleine page du GHI, hebdo gratuit qui tire à 220'000 exemplaires. Avec une telle publicité et des arguments plutôt démagogiques, elle ne devrait pas avoir de peine à recueillir les 10'000 signatures nécessaires. Morisod vient donc encore en renfort – Chevrier et Castella qui formaient avec lui un trio sur les culs de bus en septembre 2006 pour vanter les notes n’étaient peut-être pas disponibles ? – et pousse sa chansonnette, trouvant que l’initiative « tombe sous le bon sens ». Scie habituelle ; mais pourquoi changer de disque puisque ça marche ? Le musicien nous ressert la même soupe que pour la votation passée sur l’école et trouvera sûrement bientôt l’occasion d’affirmer que les sections au cycle d’orientation s’imposent d’elles-mêmes, que la matu en 3 ans est aussi une évidence, que plus la formation des maîtres est courte, meilleure elle est, etc.

    Et si le bonhomme, qui avouait avoir surtout fréquenté les collèges privés et n’avoir pas été un élève spécialement brillant, se contentait de faire chanter en play-back les 3 cloches et autres chansons nostalgiques aux conseillers fédéraux ? Cela ne requiert pas trop d’imagination, la partition est simple, mais il serait cependant, pour une fois, bien inspiré de la suivre…

     

  • Les vrais moutons, pas si cons!

    Le problème avec l’affiche xénophobe, c’est que tout le monde en parle. Et qu’à chaque fois, originale, maculée ou détournée, on la voit. Comme si le matraquage dans les rues ne suffisait pas, la voilà reproduite dans les médias, continuellement. D’une certaine manière, cela fait le beurre de ses auteurs. Celle placardée devant l’entrée de la SPG n’a pas tenu une journée et c’était assez plaisant de la voir disparaître au fur et à mesure en quelques heures… Je l’ai photographiée. Mais, même complètement lacérée, sans plus un seul mot visible, je me suis rendu compte qu’elle était encore tout à fait reconnaissable. J’ai donc renoncé à la transmettre. A la place, voici – une fois n’est pas coutume – une photo de mes vacances…
    moutons

     

  • Genève manquerait-elle d'ambition ?

    La Confédération a bon dos lorsqu’il s’agit de sabrer la formation des maîtres. Un peu comme avec la loi sur le chômage où le gouvernement genevois a laissé croire que les emplois temporaires allaient de toute façon devenir illégaux en Suisse. Nous savons maintenant, grâce à un arrêt du Tribunal fédéral, que ce n’est pas vrai et que rien n’empêche notre canton de continuer à les proposer. Et d’ainsi permettre à environ 35% des personnes concernées de se réinsérer professionnellement.

    Pour la formation des enseignants primaires, le département de l’instruction publique (DIP) procède de la même manière en prétendant que nous ne saurions nous distinguer du reste du pays. En effet, la conférence suisse des directeurs de l’instruction publique (CDIP) estime que le baccalauréat (bachelor) est un titre suffisant pour enseigner au primaire. Grand bien lui fasse ! Le réveil sera douloureux au milieu d’une Europe qui demande depuis longtemps un niveau bac+5 pour les maîtres en charge d’enfants de 4 à 12 ans. Mais cette régression prévue n’a rien d’obligatoire.

    L’association professionnelle, la SPG, combattra donc l’argument spécieux du DIP qui prévoit une formation réduite pour le primaire au niveau baccalauréat (3 ans) en prétextant s’aligner sur les normes minimalistes suisses alors que l’exception de la licence mention enseignement (LME – 4 ans) prévaut depuis 11 ans à Genève et n’a jamais empêché, comme on essaie de le faire croire maintenant si le titre requis devenait la maîtrise (master en 4 ans et demi), d’engager des détenteurs de brevets ou diplômes des hautes écoles pédagogiques (HEP) d’autres cantons.

    La population n’a aucune raison de se laisser berner de la sorte et les citoyens devraient attendre de la part des dirigeants un peu plus d’ambition pour que Genève ne dilapide pas les formidables ressources en formation dont elle dispose et n’ait pas à rougir dans quelques années de sa petitesse de vue.

  • La formation des enseignants n’est pas proportionnelle à la taille des élèves !

    Les membres de la Société pédagogique genevoise (SPG) demandent une formation initiale au niveau de la maîtrise, telle que prévue dans le processus de Bologne. Quatre ans et demi de formation, ce n'est pas trop pour l'espace essentiel et difficile de l’enseignement enfantin, primaire et spécialisé. En effet, le métier se complexifie, le nombre de disciplines à enseigner augmente, l'autonomie partielle des établissements scolaires est appelée à se développer, les contacts avec les parents vont s'intensifier ; les élèves ont droit à des enseignants performants pour leur assurer l'acquisition des connaissances de base. C’est pourquoi la SPG continue à défendre le principe d'une formation à l'Université.

    Il faut dire que depuis 1930, à Genève, la formation des enseignants comporte, du moins partiellement, un volet universitaire. Actuellement, le titre requis pour enseigner au primaire est la licence mention enseignement (LME), mise en route en 1996 et obtenue en quatre ans. Il n'est plus temps de revenir en arrière sur ce principe, mais de regarder en avant pour améliorer la formation initiale des enseignants primaires. Par ailleurs, la tendance à rallonger les études et à les mener à l'Université est une pratique européenne. Ainsi, il n'est pas pensable que Genève, qui a toujours été un moteur dans ce domaine, notamment pour les autres cantons romands, reste à la traîne.

    Nous affirmons que la formation est au cœur des défis qui s’ouvrent au monde occidental et singulièrement à notre pays dans un contexte de compétition internationale du savoir et qu’ainsi on ne peut que défendre une formation des enseignants la plus élevée possible. Si l’on reconnaît la tâche primordiale des enseignants de l’école enfantine et primaire en ce qui concerne la socialisation et l’entrée dans les apprentissages (et notamment celui de la lecture), on ne peut que proposer une formation pour ces degrés à la hauteur de leurs responsabilités. Si l’on prône le développement du partenariat avec les familles, on ne peut que défendre la reconnaissance de la qualité professionnelle de l’ensemble des enseignants par un niveau de formation au moins à hauteur de celui des parents d’élèves.

    En conclusion, considérant que chaque enseignant de l’école obligatoire est responsable à la même hauteur des tâches d’instruction et d’éducation, même si elles peuvent être déclinées de manière différenciée au primaire ou au secondaire, la SPG, dans la lignée du syndicat des enseignants romands (SER), revendique un parcours de formation universitaire et de même volume pour l’ensemble des enseignants de l’école obligatoire, différencié dans son contenu, que l’on se dirige vers l’enseignement au primaire ou au secondaire.

  • Clause PERil ?

    A chaque rentrée ses nouveautés, effets d’annonce obligent. Ainsi, ironie du sort, grâce aux pourfendeurs des innovations, l’école primaire genevoise découvre un nouveau livret scolaire, une quatrième, voire une cinquième version pour certains élèves. Mais, pour faire bon poids et céder aux exigences des détracteurs de l’école genevoise, un plan d’études annuel est balancé au corps enseignant. Le classeur des objectifs d’apprentissage en vigueur de puis l’an 2000 serait-il bon à jeter aux orties ? Bien sûr que non. Mais le département préfère s’aplatir et pense contenter tout le monde en faisant procéder à un tiré à part du plan d’études (issu lui-même du GRAP*) contenu dans le classeur. Il berne ainsi ceux qui s’obstinent à voir dans les objectifs d’apprentissage un dangereux support de la rénovation et méprise les professionnels qui planifient leurs tâches depuis longtemps, sans avoir besoin d’un énième document pour leur dire comment procéder. Oh, bien sûr, tout le monde sait que dans ce bas monde tout est perfectible et d’aucuns trouveront des améliorations sensibles dans ce « tiré à part ». Mais le problème n’est pas entièrement là.

    En effet, si l’association professionnelle, la SPG, a contesté la parution de ce plan d’études, c’est non seulement à cause de la tromperie qui caractérise cette démarche mais surtout parce que la perspective de la mise en place du plan d’études romand (PER) était toute proche. Le PER constitue une réelle avancée et répond à la revendication du syndicat des enseignants romands (SER) de ne pas s’arrêter à un plan cadre destiné aux seuls concepteurs de programmes. En effet, si cette dernière option avait été retenue, elle aurait conduit à une déclinaison des objectifs différente dans chaque canton, avec pour conséquence un changement quasi nul de la situation actuelle. Cet écueil semble donc évité. L’inquiétude provient maintenant du fait que le PER était annoncé pour la rentrée 2008 (même si en fait il était prévu dans un premier temps pour 2007…) mais qu’aux dernières nouvelles son introduction ne serait pas possible avant 2009. Tous les prétextes sont bons pour justifier ce report. En gros, c’est la faute à pas de chance et aux Vaudois qui ont tardé à rejoindre dans leurs travaux les six autres cantons romands… Quelle clause d’urgence faudrait-il invoquer pour éviter que cette pirouette supplémentaire ne vienne compromettre – laisser en plan ! – un projet garant d’un début de cohérence de l’école romande ?

    De régressions en reculades, l’école, romande ou genevoise tout court, piétine et s’embourbe. Au lieu d’écouter les professionnels, les décideurs préfèrent déverser des discours lénifiants, assurant que tout est certes bien compliqué mais que l’évolution promise va se mettre en place tout doucement, comme par magie, demain ou après-demain, si ce n’est plus tard…

    * Groupe romand pour l’aménagement des programmes, version genevoise de 1989  

  • Des notes... et pas de chiottes!

    Un retour des notes et des WC fermés par mesure d’économie : voilà en résumé ce qui est censé caractériser la rentrée scolaire 2007. Une information éculée et tronquée d’une part puisque cela fait une année que nous savons que ce sont les moyennes qui sont rétablies de la 3ème à la 6ème primaire et, d’autre part, un scoop au niveau des égouts. Et dire que l’on nous annonçait que le débat sur l’école pouvait enfin avoir lieu et s’élever, maintenant que les rénovateurs étaient matés ; nous voilà servis.

     

    Les aspects et les enjeux intéressants de la formation sont ignorés car le débat sur l’école, trop compliqué peut-être, n’intéresse pas vraiment. Il aura fallu une initiative populiste sur les notes* pour que soudain des voix déplorent, souvent hypocritement, le manque d’attention et de moyens accordés à l’éducation. Mais la votation est passée et le soufflé est retombé, sans effet durable.

    Une nouvelle initiative populaire intitulée « Pour le maintien des chiottes à l’école secondaire » connaîtrait à coup sûr un franc succès… et permettrait peut-être d’attirer à nouveau l’attention de la population sur les vrais défis auxquels l’enseignement genevois est confronté.

     

     * « Pour le maintien des notes à l’école primaire »